Samedi 14 décembre 2019

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Bamako, pour un monde durable

Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2011 - 735 mots

Les 9es Rencontres photographiques témoignent des désastres écologiques et de l’exploitation humaine.

BAMAKO - Où va la Terre ? : l’Afrique refait le monde aux 9es Rencontres photographiques de Bamako (Mali) organisées par le ministère malien de la Culture en collaboration avec l’Institut français et l’Union européenne. Centrée sur le thème « Pour un monde durable », l’exposition phare panafricaine réunissait au Musée national du Mali quarante-cinq artistes et dix vidéastes engagés issus de vingt-sept pays. L’ensemble se divisait en essais documentaires virulents, et démarches métaphoriques ou fictionnelles. « Certains photographes et artistes africains sont dans l’urgence à témoigner, d’autres amènent des univers porteurs d’espoir », souligne Laura Serani, codirectrice artistique avec Michket Krifa de l’édition.

La vision infernale de désastres écologiques est juxtaposée à l’angélisme d’un nouvel Éden qu’évoque la série « Parrot Jungle », (2009) de Lien Botha (Afrique du Sud). L’exploitation de la main d’œuvre et des richesses du continent par des multinationales occidentales liées à des élites locales corrompues est dénoncée dans des œuvres telles que « Après mine » (2009), de Kiripi Katembo (République démocratique du Congo), ou « Permanent Error » (2009-2010), de Pieter Hugo (Afrique du Sud) – prix Seydou-Keïta 2011 pour ses portraits puissants de jeunes trieurs ghanéens de déchets électroniques occidentaux sur la décharge d’Accra. La série ironique performative « Halaal Art » (2008-2009), d’Hasan et Husain Essop (Afrique du Sud), questionne le rôle de ciment social de l’islam dans un monde consumériste ; les panoramiques de gratte-ciel et de mosquées du Caire sont estampés de motifs ésotériques pour la série « Cairo Flying Patterns » (2007), dans laquelle Amr Fekry (Égypte) insuffle l’âme de soufis. Dans un noir théâtral, « Turkana » (2009), de Jehad Nga (Libye), esthétise le drame d’une tribu du nord du Kenya touchée par la sécheresse.

Apocalypse pétrolifère
Où va l’Afrique ? Sept monographies oscillent entre réel cruel et poésie. Au Mémorial Modibo-Keïta, « Oil Rich Niger Delta », de George Osodi (Niger), révèle l’apocalypse pétrolifère qui empoisonne à petit feu les habitants de ce delta. Dès 2008, « L’enfer du cuivre », de Nyaba Léon Ouédraogo (Burkina Faso), remontait la filière du cuivre récupéré dans de vieux ordinateurs venus d’Europe et des États-Unis. En  Inde, ce métal est recyclé en bijoux destinés aux Occidentaux. « Ces photos nous renvoient à notre impéritie. Il est normal que ces artistes nous envoient des “pavés dans la figure” », estime Xavier Darcos, président de l’Institut français et ancien ministre délégué à la Coopération (2004-2005). En contrepoint, l’œuvre évanescente « From the edge to the core », de Nii Obodai (Ghana), l’une des révélations de cette édition, retrace, à la Galerie de l’Institut national des arts, son lumineux voyage intérieur au Ghana.

« La Biennale de Bamako n’est que la partie émergente d’un vrai projet photographique qui se développe pour donner plus de solidité à l’événement », annonce Samuel Sidibé, délégué général des Rencontres de Bamako et directeur du Musée national du Mali, qui inaugure la conservation de fonds historiques. En témoigne l’exposition « Mali, archives photo », autour de photographes de studio des années 1950-1970 tels que Malick Sidibé, Abderrahmane  Sakaly et Soungalo Malé, portraitiste méconnu du monde rural. « Difficile d’obtenir l’adhésion des ayants droit, qui voient leurs archives comme des mines de diamant depuis que les œuvres de Malick Sidibé font des gros prix », déplore Samuel Sidibé.

Collectionner prend la forme d’un acte politique et patrimonial aux yeux de Sindika Dokolo, homme d’affaires et mécène congolais vivant en Angola. Du portraitiste anonyme de rues qui a réalisé la somptueuse série « Saint-Louisiennes» (1915-1935) au contemporain Samuel Fosso, l’exposition « Un collectionneur invité » donne un aperçu du centre d’art africain qu’il ouvrira à Luanda. « Rendre près de mille œuvres accessibles au public africain sans devoir aller au MoMA (New York) ou au Centre Pompidou », explique Simon Njami, son conseiller et commissaire à succès de l’exposition « Africa Remix » [organisée au Centre Pompidou en 2005]. En sens inverse, l’Institut français devrait « organiser à Paris ou dans une ville proche une grande exposition pour que chacun puisse voir les Rencontres de Bamako », promet Xavier Darcos. 

« Pour un monde durable », 9es Rencontres de Bamako, Mali

Délégué général : Samuel Sidibé, directeur du Musée national du Mali
Directrices artistiques : Laura Serani, Michket Krifa, commissaire indépendante
6 expositions, 60 artistes, environ 900 œuvres

Jusqu’au 1er janvier 2012, www.rencontres-bamako.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°357 du 18 novembre 2011, avec le titre suivant : Bamako, pour un monde durable

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