Arteo

Au milieu de nulle part

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 19 mars 2004 - 543 mots

Depuis Paris, prendre l’autoroute du nord, en sortir vite, se faufiler entre Le Bourget et Roissy, filer en direction de Sarcelles, puis obliquer légèrement et aborder enfin aux rives de Villiers-Le-Bel, dans le Val-d’Oise, sorte d’étrange no man’s land, coincé entre ville et campagne. D’un côté une guirlande pavillonnaire, de l’autre des terrains encore agricoles. Et, pour qualifier le tout, un bâtiment sépulcral dont on découvre la vocation associative et culturelle, et dont le nom n’est pas si mal choisi face à ce plat pays propice aux aéroports : la Maison Jacques-Brel...
Et voici qu’apparaît dans ce désert une architecture résolument contemporaine, carapaçonnée à la manière d’une armure chinoise réticulée. Huit panneaux métalliques puissants et perforés qui paraissent, au fur et à mesure que l’on s’en approche, plus encore des boucliers qu’une armure. Et desquels on découvrira plus tard, depuis l’intérieur, qu’il s’agit en fait de larges écrans protecteurs, parties de cônes en aluminium perforés, disposés en avant du vitrage, atténuant les nuisances, bruit et soleil conjugués, et permettant de voir sans être vu.
Ce bâtiment, posé sur un socle en béton froissé, subtile variation de blanc, de gris et de noir, c’est l’Institut des métiers de l’artisanat, créé ici par la chambre des métiers du Val d’Oise, avec l’appui de la Région Île-de-France sur un terrain mis à disposition par la Ville de Villiers-Le-Bel. Tout juste inauguré, d’une capacité de 1 138 apprentis, l’Institut compte déjà 500 inscrits répartis en deux sections, le pôle alimentation et le pôle automobile. La formation des apprentis s’opère en alternance (une semaine passée à l’Institut pour deux semaines en entreprise), aussi bien pour les métiers de bouche (boulangerie, pâtisserie, cuisine, service en salle) que pour ceux de la réparation automobile (carrosserie et mécanique).
L’architecture, elle, est signée par le groupe Arteo (Anne Forgia, Léon Forgia, Didier Leneveu) auquel on doit déjà, entre autres, la gare de péage de Tonnay-Charente (Charente-Maritime) – pour laquelle il fut lauréat en 1998 du prix de la plus belle charpente métallique –, et le Centre d’études et de recherche Valéo à Limoges.
Dès l’instant où l’on pénètre l’Institut, la subtile variation de noir, gris et blanc cède la place à une déferlante de couleurs pétantes et crues qui se déclinent sur les murs et les plafonds, la signalétique et le mobilier. Un exercice de design graphique et polychromique signé Éric Fayolle qui a su adapter avec finesse un vocabulaire visuel très actuel.
Et puis, c’est la promenade au fil des rues intérieures ponctuées de perspectives, scandées par des patios plantés, dominées par des coursives et des passerelles. Une petite ville en quelque  sorte où se multiplient les découvertes et les surprises, les points de vue, les échappées belles et les « retiros ». Une réussite exemplaire en forme de contrepied à ce qu’il est convenu d’attendre d’un établissement scolaire. Non pas un bâtiment mais un semis de petites entités autonomes ; non pas des circulations mais un entrelacs de possibles… Au moment de quitter l’Institut se découvre, face à lui, un vaste terrain vague herbu qui ne le restera pas longtemps puisqu’il est prévu d’y édifier le futur commissariat de police de Villiers-Le-Bel. À croire que le souhait de Nicolas Sarkozy d’affecter un policier à chaque établissement scolaire s’est, ici, démultiplié.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°189 du 19 mars 2004, avec le titre suivant : Au milieu de nulle part

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