Dimanche 12 juillet 2020

Coup de froid sur les ventes aux enchères d’art russe à Londres

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 2 décembre 2014 - 720 mots

LONDRES (ROYAUME-UNI) [02.12.14] – Les ventes londoniennes de la semaine du 24 novembre ont montré un essoufflement de la part des acheteurs russes, en partie consécutif aux restrictions économiques imposées à la Russie par l’Occident.

Les ventes londoniennes d’art russe chez Sotheby’s et, dans une moindre mesure chez Christie’s, ont montré la vulnérabilité du marché de l’art face aux aléas économiques. Le marché de l’art russe étant dominé par les acheteurs russes, le New York Times se demande si la demande sera suffisamment forte pour soutenir cette catégorie de vente « nationale » dans le cas où l’économie russe entrerait en récession ou connaîtrait une crise géopolitique extrême.

Moins 50% par rapport aux ventes de 2007
Lundi 24 novembre, Sotheby’s a récolté un total de 4,9 millions de livres sterling pour sa vente d’art russe (6,1 millions d’euros). Seuls 12 lots sur 37 ont trouvé preneurs, soit 32 % des lots offerts. L’œuvre du peintre et metteur en scène russe Boris Kustodiev (Bakhchisarai) a été adjugée (à l’unique enchérisseur) 1,2 million de livres sterling (1,5 million d’euros). A titre de comparaison, l’année dernière la maison de ventes avait atteint un total de 7,8 millions de livre sterling avec 74 % des lots vendus.

Le jour même, la vente de Christie’s faisait un peu mieux, avec un résultat de 20,2 millions de livres sterling (contre 16,9 millions l’année dernière), notamment grâce à deux chefs-d’œuvre. Estimé entre 1,5 et 2,5 millions de livres sterling, le Portrait de Maria Zetlin, peint en 1910 par Valentin Serov, a été cédé pour 9,3 millions de livres sterling (le prix le plus haut jamais atteint pour une œuvre de l’artiste aux enchères). Selon la maison de ventes, l’acheteur serait un milliardaire russe basé à Londres et non en Russie (Viatcheslav Kantor, le principal actionnaire du fabricant d’engrais russe OAO Acron). Le portrait avant-gardiste d’Aleksandr Tikhonov réalisé en 1922 par Yuri Annenkov a quant à lui été adjugé 4 millions de livres sterling. Il n’empêche, le taux de lots vendus est passé de 71 % l’année dernière à 57 % cette année.

Mercredi 26 novembre, la vente d’art russe de Bonhams n’a pas brillé non plus. Seulement 38 % des 178 lots mis en ventes ont trouvé preneurs, cumulant un produit de 1,7 million de livres sterling. Chez MacDougall, commissaire-priseur spécialisé dans l’art russe, le taux de lots vendus s’élève à 34 %, pour un résultat de 7,8 millions de livres sterling.

La « semaine russe » londonienne s’est ainsi réduite de moitié par rapport aux résultats de 2007, lorsque les ventes se chiffraient à 96,6 millions de livres sterling.

Un marché très national sous l’emprise de la politique russe
Selon le marchand d’art londonien James Butterwick, spécialisé sur le marché de l’art russe, le résultat de ces ventes est « le miroir de ce qui se passe en Russie […]. Beaucoup des acheteurs habituels basés en Russie n’étaient pas à Londres », rapporte le New York Times. Le matin même des ventes, le ministre des Finances russe, Anton Siluanov, annonçait que les sanctions de l’Occident, ainsi que l’intervention de la Russie en Ukraine et la baisse de 30 % du prix du pétrole coûterait à l’économie russe 140 milliards de dollars. Le rouble a perdu le quart de sa valeur face à l’euro (le tiers par rapport au dollar), et l’inflation en Russie devrait atteindre 9 % d’ici la fin de l’année 2014.

Le quotidien new-yorkais explique qu’une certaine couche de la société russe est devenue immensément riche avec la liquidation des biens de l’Etat qui a suivi la dissolution de l’Union soviétique en 1991. Selon la base de données Wealth Insight, Moscou hébergeait ainsi 90 milliardaires en 2013 (deuxième ville milliardaire) alors que désormais, la ville n’apparaît même plus dans le classement des 20 premières villes millionnaires. « Les marchés nationaux sont un point d’entrée pour les clients aisés » selon le conseiller en art basé à Londres Wendy Goldsmith. « Ensuite ils se tournent vers d’autres spécialités. Mais il y a toujours de l’argent pour les chefs-d’œuvre russes ».

Le journal souligne par ailleurs qu’un nombre croissant de Russes choisit de s’établir à Londres et qu’ils investissent largement dans l’immobilier de la capitale britannique. Les estimations en dénombrent entre 150 000 et 400 000. La demande pourrait ainsi simplement se déplacer et provenir de Londres plutôt que de Russie.

Légende photo

Konstantin Egorovich Makovsky, Ivan Susanin, 1914, huile sur toile, 301 x 464 cm, non vendu par Sotheby's, estimé à 1,5 - 2,5 millions de livres - © Photo Sotheby's

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