Mardi 10 décembre 2019

Controverse avec le prince du Liechtenstein après la saisie d'un tableau attribué à Cranach

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 3 mars 2016 - 637 mots

PARIS [03.03.16] - Mardi 1er mars, la Justice a saisi un tableau de la collection du prince, à l'origine suspecte, pour déterminer s'il pourrait s'agir d'un faux. Le conservateur de la collection croit toujours dans son authenticité.

La Vénus, tableau donné à Lucas Cranach le Vieux (1472-1553), a été saisie par la juge financière Aude Buresi mardi dans une exposition à Aix-en-Provence, consacrée à la collection du prince de Liechtenstein. Faisant la « une » du catalogue, ce panneau de 40 cm sur 25 est le fleuron de cette exposition tenue dans l’hôtel de Caumont.

Cette saisie a fait vivement réagir le prince, qui dénonce une mauvaise manière à son encontre. « Elle n'a été précédée d'aucun échange avec les services d'enquête », se plaint son avocat, Me Eric Morain, rappelant que la collection entretient « des relations étroites et anciennes avec toutes les grandes institutions culturelles françaises et a prêté gracieusement des centaines d'oeuvres ». Cette allusion a été perçue par certains conservateurs comme une menace (1)  pesant sur les futures demandes de prêt adressées à l’une des plus grandes collections privées du monde, riche de 1 700 tableaux.

La composition présente des similarités frappantes avec la Vénus de Cranach datée de 1532, qui se trouve au Städel Museum de Francfort. Sa vente au prince de Liechtenstein avait été annoncée en 2013 par la galerie londonienne Colnaghi pour « plusieurs millions de livres ». Selon nos informations, la galerie de Konrad Bernheimer, qui se vante d'être un connaisseur du peintre allemand, l’aurait cédé pour 7 millions d’euros, après l’avoir acquis pour 3,2 millions en 2013 auprès du directeur d’un fonds d’investissement américain.

C’est d’abord son origine qui jette la suspicion sur une oeuvre aussi importante dont personne ne connaissait l'existence avant son apparition sur le marché. La galerie Colnaghi assure qu’elle aurait été découverte dans « une collection belge où elle se trouvait depuis le milieu du XIXe siècle ». Interrogée par Le Journal des Arts, la galerie n’a fourni aucun élément sur cette origine, qui est suspectée d’être une fiction, en se refusant à tout commentaire sur l’enquête ouverte en France.

Cette provenance obscure fait resurgir les doutes sur l’authenticité, qui s’étaient manifestés lorsque le panneau est apparu sur le marché en 2012. Selon nos informations, il avait été proposé à Christie’s, à Sotheby’s et à d’autres galeristes, qui ont préféré décliner l’offre. Colnaghi de son côté affirme néanmoins dans son catalogue que « l’attribution à Cranach a été confirmée » par trois grands spécialistes, Werner Schade, Bodo Brinkmann et Dieter Koepplin. Le conservateur de la collection du Liechtenstein, Johann Kräftner, nous a ainsi indiqué qu' « il croyait toujours dans l'authenticité de l'oeuvre » et se « refusait à répondre à des ragots anonymes ». Le prince a exprimé son intention de se porter partie civile, de même que Culturespaces, la société qui a organisé l’exposition d’Aix.

Lors de son apparition sur le marché européen, plusieurs experts avaient dit leur perplexité devant le réseau de craquelures de la couche picturale ainsi que par l’état du panneau, d’un bois très sombre, donnant pour certains l’impression d’avoir été trempé. Certains avaient émis des doutes sur la signature et le dragon l’accompagnant. Plus préoccupant encore, un examen en laboratoire s'interrogeait sur le traitement des perles, dans lesquelles l’azurite serait posée assez grossièrement et qui ferait apparaître du blanc de titane, pigment apparu au XXe siècle. Néanmoins, l’auteur de cette analyse n’excluait pas que des restaurations eussent pu provoquer cette anomalie. Plusieurs spécialistes avaient ainsi émis le voeu que l'oeuvre fasse l'objet d'examens plus poussés, ce qui sera l’objet de la procédure en France, lourde de conséquences pour le marché d’art à travers le continent.

Note

(1) Le Prince du Liechtenstein a par le passé déjà annulé des prêts comme en 2008 avec l'Allemagne et en 2009 au Royaume-Uni.

Légendes photos

A gauche :
Le tableau contesté de Lucas Cranach (1472-1553), Vénus (datée 1531) - Huile sur bois - 38,7 x 24,5 cm - Liechtenstein. The Princely Collections, Vaduz–Vienna © LIECHTENSTEIN. The Princely Collections, Vaduz–Vienna - Entré dans les collections en 2013 et acquis par le prince Hans-Adam II.

A droite :
Lucas Cranach (1472-1553), Vénus (1532) - Huile sur bois - 37,7 Á— 24,5 cm - Collection Städel Museum, Francfort

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