Vendredi 14 décembre 2018

Profession

Consultant en ingénierie culturelle

Le Journal des Arts

Le 16 avril 2004 - 1027 mots

Le consultant en ingénierie culturelle accompagne et conseille les collectivités locales dans la mise en œuvre de projets culturels ou la valorisation d’un patrimoine.

Composante d’une ingénierie plus globale dite de « loisirs, culture, tourisme », l’ingénierie culturelle existe depuis une trentaine d’années seulement. Né à la faveur du développement des activités culturelles et de loisirs, ce secteur spécialisé dans le conseil et l’assistance technique aux collectivités locales, institutions publiques ou entreprises privées compte aujourd’hui une quinzaine de cabinets – contre environ 200 dans la sphère touristique. Expertes dans le domaine culturel et patrimonial, ces agences (Les Maîtres du rêve, Public et Culture, Mérimée Conseil, Objectif Patrimoine, Option Culture, Bureau d’ingénierie culturelle de la fête et des loisirs…), officiant à Paris et en province, travaillent principalement sur appels d’offres et assurent des missions variées. « Nous sommes des accoucheurs de projets, explique Luc Bonnin, consultant au sein de l’agence Jean Saint Bris Culture et Communication. Notre rôle est d’accompagner nos clients dans les différentes phases de mise en place d’un projet, de son élaboration à sa programmation, voire à sa réalisation finale. Et ce dans des domaines très vastes. Cela va de la conception d’espaces à thème à la valorisation de sites patrimoniaux, naturels ou industriels, en passant par l’extension de musées, la recherche de stratégies de développement pour des territoires, la promotion et la mise en marché d’équipements culturels ou la conduite d’études de faisabilité. » Ce dernier domaine représente l’une des principales activités des cabinets d’ingénierie culturelle. « Une collectivité est dépositaire d’un patrimoine (site archéologique, château, église, usine, habitat, parc…) et souhaite favoriser le développement culturel, économique et social de son territoire à partir de ce patrimoine. Elle fait alors appel à nous pour élaborer un projet (ou valider le sien) et mesurer sa faisabilité », résume Didier Moulin, du cabinet Mérimée Conseil. Les agences soumettent différents scénarios au maître d’ouvrage, avec qui s’instaure un dialogue. Ainsi pour le camp d’internement de Rivesaltes, dont le conseil général des Pyrénées-Orientales souhaitait faire, mais sans savoir exactement comment, un mémorial sur l’internement. « Il a fallu trouver un concept porteur, faire un projet de parcours et de scénographie, puis étudier la  faisabilité technique et économique (évaluation du budget d’investissement et de fonctionnement) du projet, et sa «mise en tourisme» (politique tarifaire, heures d’ouverture, personnel nécessaire) », raconte Luc Bonnin.

Floraison de formations
Autre grande mission type, la recherche de stratégies de développement pour des territoires. « Aujourd’hui, les collectivités cherchent à rentabiliser leurs investissements culturels sur le long terme. C’est le cas par exemple de la région Aquitaine, qui nous a demandé de concevoir un plan de développement sur six ans pour deux de ses sites majeurs, le château de Brantôme et la ville de Bourdeille », explique Didier Moulin.

Essentiellement à destination des collectivités locales, l’ingénierie culturelle requiert ainsi des savoir-faire multiples, en particulier en histoire de l’art ou du patrimoine, en urbanisme, architecture, scénographie ou droit territorial. Comprenant en moyenne entre deux et cinq consultants, les agences s’adjoignent donc, en fonction des nécessités de chaque projet, les services de spécialistes (ingénieurs touristiques habitués à manier les publics et leurs attentes, programmistes chargés de définir les fonctions, les dimensions et la hiérarchie des espaces du projet, experts en montages juridiques, etc.). « Le noyau dur des agences est constitué par les chefs de projet. Véritables chefs d’orchestre, ils doivent être capables de coordonner et de diriger les différents intervenants en présence », estime Luc Bonnin. Leurs points communs ? Une formation de haut niveau (qui en sciences politiques ou en école de commerce, qui en architecture, histoire de l’art ou nouvelles technologies), de l’ingéniosité et un sens aigu des réalités. « C’est un métier où il faut trouver des solutions et leur donner une réalité technique et financière », souligne Bruno Douzet, du cabinet Prospective et patrimoine.

Encore en quête d’identité voilà quinze ans, l’ingénierie culturelle est désormais en phase de professionnalisation et de structuration. La création en 1990 du Géfil, seul syndicat professionnel français représentant les cabinets de conseil dans les domaines du tourisme, de la culture et des loisirs, a joué à cet égard un rôle important. La récente mise en place, à l’initiative du Géfil et de l’Agence française d’ingénierie touristique, d’une procédure de qualification (sorte de label qualité), devrait contribuer à renforcer encore davantage la crédibilité des agences opérant dans ce secteur. Reste le problème des débouchés, pour l’heure très restreints en dépit de l’actuelle floraison des formations en ingénierie culturelle (lire l’encadré). « Nous sommes sur un micromarché, qui souffre de la concurrence des agences d’ingénierie touristique s’arrogeant des compétences culturelles, et de celle de nombreux cabinets d’architectes », témoigne Didier Moulin, également vice-président du Géfil. Plus optimiste, Luc Bonnin mise sur la décentralisation et sur l’accroissement de l’offre culturelle. « Les collectivités locales étant de plus en plus soucieuses de valoriser leur patrimoine et de ne plus investir à fonds perdus dans la culture, notre secteur est probablement appelé à se développer. » Un souhait partagé par l’ensemble de la profession.

Quelques formations en ingénierie culturelle

- Université de Perpignan, DESS « Formation et ingénierie culturelle et touristique », tél. 04 68 66 21 55

- Université d’Artois (à Arras), DESS « Ingénierie culturelle et nouvelles technologies », tél. 03 21 60 37 00

- Université de Lille-III, IUP « Ingénierie culturelle et touristique », tél. 03 20 41 60 00

- Université de Nice-Sophia-Antipolis, DESS « Médiation et ingénierie culturelle », tél. 04 92 00 13 30

- Université d’Angers, DESS « Chargé de développement territorial : tourisme et culture », tél. 02 41 96 21 99

- Université du Mans, DESS « Valorisation du patrimoine culturel et développement local », tél. 02 43 83 37 62

- Université de Cergy-Pontoise, DESS « Métiers du développement culturel et du tourisme » tél. 01 34 25 64 32

- Écoles privées : Institut d’études supérieures des arts (IESA), tél. 01 42 86 57 01 ; ÉAC (Économie, art, communication), tél. 01 47 70 23 83, etc.

Pour en savoir plus :

- Géfil (le syndicat national de l’ingénierie loisirs-culture-tourisme), 19, rue d’Arcueil, 75014 Paris, tél. 01 45 89 90 58. www.gefil.org.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°191 du 16 avril 2004, avec le titre suivant : Consultant en ingénierie culturelle

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