Mardi 11 décembre 2018

Profession

Antiquaire

Le Journal des Arts

Le 2 avril 2004 - 1024 mots

Ce spécialiste d’une époque, technique ou école doit conjuguer sens artistique et aptitudes commerciales pour dénicher l’objet rare et se faire connaître des collectionneurs.

À l’image des premiers « antiquaires », ces apprentis archéologues et amateurs d’art du XVIIIe siècle en quête du bel objet antique, les marchands d’art sont toujours à l’affût de la pièce rare ou inédite. Mais de cette passion, ils ont fait un véritable métier requérant des connaissances et des compétences spécifiques. Comme le précise malicieusement Cheska Vallois, installée rue de Seine (Paris-6e) depuis 1981, « dans notre profession, il ne faut aucune aptitude particulière pour débuter, mais il en faut de nombreuses pour durer ».
En théorie, n’importe qui peut, en effet, à la seule condition de disposer d’un stock et d’une mise de fonds initiale, monter sa galerie. Dans la réalité, une expérience préalable dans le marché de l’art, de solides notions en histoire de l’art, en droit et en gestion sont indispensables dans un secteur réputé fermé et difficile, et où la transmission familiale est la règle. Les antiquaires n’appartenant pas au sérail ont généralement débuté comme assistant chez un confrère déjà installé – ainsi Marie Watteau qui, après divers stages chez des experts et marchands, vient d’ouvrir sa galerie rue Saint-Anne (Paris-2e) – ou fait leurs armes sur les marchés aux puces et autres foires à la brocante, à l’instar de Bernard Steinitz ou de Camille Bürgi. Dans le métier depuis trente-deux ans, ce dernier a débuté comme grossiste (c’est-à-dire chargé de la vente aux marchands) à Montreuil, Saint-Ouen et Clignancourt avant de s’installer dans le quartier Drouot à Paris, et de participer aux foires les plus prestigieuses, telle la Biennale. « Les puces et une fréquentation assidue de l’hôtel Drouot constituent la meilleure école », estime le marchand, spécialisé dans le mobilier et les objets d’art XVIIIe et Empire. «Lorsque vous partez de rien, il faut aimer chiner, se lever tôt, assister aux ventes en province et être de tous les déballages », renchérit Marie Watteau, à la recherche de tableaux et dessins de la fin du XIXe siècle.
D’autres, comme Bob et Cheska Vallois, ont mis à profit leur goût de la chine pour découvrir une période encore inconnue des marchands et des collectionneurs. « Dans les années 1970, personne ne s’intéressait au style Art déco, considéré comme trop moderne », explique Cheska Vallois. Un flair qui lui a permis de progressivement s’imposer dans le cénacle des grands marchands, et de devenir une référence dans sa spécialité. Intuition, goût, audace se révèlent ainsi de précieux atouts, sans oublier la persévérance et la prévoyance, deux qualités fondamentales dans une profession où il faut des années pour se constituer un réseau – « un vrai travail de fourmi », estime Cheska Vallois –, et où l’on est soumis aux aléas de l’économie mondiale.

« Trouver une pièce inédite »
À la fois marchand et expert, l’antiquaire doit également pouvoir juger de la valeur et de l’authenticité d’une pièce avant de s’en porter acquéreur. Et être d’une honnêteté irréprochable. « Dans ce milieu minuscule, où tout se sait très vite, les réputations sont longues à faire, mais courtes à défaire », observe Cheska Vallois. Parmi les obligations auxquelles sont soumis les marchands : la tenue d’un registre (appelé communément « livre de police ») où sont consignés les coordonnées des vendeurs et le descriptif des objets acquis, l’affichage des prix de vente des œuvres en galerie, et, si l’acheteur l’exige, la délivrance d’une facture spécifiant la nature, l’origine et l’ancienneté de la pièce vendue. En cas de doute sur la provenance d’un objet, l’antiquaire doit en outre faire son enquête. « Car s’il s’abstient de toute investigation et qu’on s’aperçoit que cet objet a été volé ou détourné, il peut, sur le plan pénal, être condamné pour recel ou complicité de recel », explique le juriste et journaliste François Duret-Robert (1).
Les sources d’approvisionnement du marchand sont multiples : chine, ventes publiques, achats auprès des particuliers, voire auprès d’autres marchands. Toutes n’ont cependant pas la même saveur. L’acquisition d’une pièce mise à l’encan, parfois passée et repassée en vente et dont le prix d’adjudication est connu de tous, offre notamment beaucoup moins d’attrait que son achat chez un privé. « Nous faisons un métier confidentiel, et qui doit garder son mystère, estime Cheska Vallois. Le vrai plaisir consiste à trouver une pièce inédite ». C’est ce qu’on appelle « faire une adresse ». L’antiquaire est ainsi fréquemment amené à se déplacer. Déléguant parfois la vente en galerie, il confie en revanche rarement l’achat, activité aussi cruciale que délicate et requérant tout son sens artistique et sa connaissance du marché. Parallèlement à la prospection, la négociation et l’acquisition d’œuvres d’art, puis à leur éventuelle restauration, le marchand veille à l’accueil de la clientèle et à la gestion de son stock. Il doit faire en sorte de disposer de marchandise en quantité suffisante pour assurer l’activité commerciale, et renouveler ses pièces le plus souvent possible. « Les vrais amateurs sont à l’affût des nouveautés », souligne Marie Watteau. L’organisation d’expositions-ventes et la participation régulière aux foires et salons, qui apportent leurs lots de nouveaux clients, font également partie intégrante du métier. L’antiquaire peut enfin cumuler diverses casquettes, telles celles d’expert, de courtier ou de décorateur. Héritière d’une vieille dynastie d’experts-marchands, la maison Brame et Lorenceau conduit ainsi depuis un siècle, parallèlement à son activité d’antiquaire, un patient travail de collecte d’informations et d’images sur certains artistes du XIXe siècle. Une entreprise de longue haleine qui a permis aux catalogues raisonnés de Degas, Seurat, Toulouse-Lautrec et tout récemment Jongkind de voir le jour.

(1) in Vente d’œuvres d’art, éd. Dalloz, coll. « Dalloz Référence », Paris, 2001.

Quelques formations en histoire de l’art et marché de l’art

- École du Louvre, tél. 01 55 35 18 00, et universités. - EAC (groupe d’enseignement supérieur privé en ingénierie des arts et de la culture), tél. 01 47 70 23 83. - IESA (Institut d’études supérieures des arts), tél. 01 42 86 57 01. - Mastère « Droit et fiscalité du marché de l’art » de l’université Lyon-III-Jean-Moulin, tél. 04 78 78 75 20.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°190 du 2 avril 2004, avec le titre suivant : Antiquaire

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