Suisse

Zurich vote l’extension de son musée

Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2012 - 745 mots

Les habitants ont approuvé par référendum l’agrandissement du Kunsthaus, malgré de vives oppositions.

ZURICH - Les Zurichois étaient appelés à voter par référendum le 25 novembre sur le projet d’extension du Kunsthaus de Zurich, et sur l’enveloppe de 88 millions de francs suisses (72,5 millions de francs), sur un total de 206 millions de francs (170 millions d’euros), allouée aux travaux. Bien que les oppositions aient pris de l’ampleur dans les semaines précédant le scrutin, ils ont approuvé à 53,9 % le projet d’extension du Musée des beaux-arts de la Ville. Ce vote devrait permettre à l’institution de devenir le plus grand musée de Suisse en termes d’espaces d’exposition.

Le projet, décidé en 2007, a été confié à l’agence d’architecture de David Chipperfield, commissaire de la Biennale de Venise en 2012. L’architecte a dû revoir sa copie en 2011, son premier projet étant jugé trop imposant par la municipalité. La future extension consistera en un bâtiment de forme rectangulaire, relié à l’actuel musée néoclassique par un passage souterrain, et sera principalement consacrée à l’art à partir de 1960. Le budget des travaux sera financé en grande partie par des fonds privés, qui s’élèvent à 88 millions de francs suisses (72,5 millions d’euros), le reste étant pris en charge par la Ville de Zurich et le fonds cantonal de loterie.

Avec un volume d’espaces ouverts au public multiplié par deux, le projet est de taille : il est vrai que le Kunsthaus, construit en 1910 par Karl Moser, était devenu trop exigu malgré une rénovation de ses espaces au début des années 2000. Les surfaces d’exposition passeront de 6 480 m2 à 11 520 m2, permettant l’exposition de 20 % de la collection du musée, contre 10 % actuellement.

Du côté du musée, on se réjouit de l’approbation du budget : « Le nouveau bâtiment offrira la place nécessaire pour présenter la collection d’art postérieur à 1960, accueillir des expositions temporaires et devenir un pôle majeur de la peinture française et de l’impressionnisme. » En effet, le Kunsthaus accueillera dans ses murs les chefs-d’œuvre de la collection Emil. G. Bührle, composée de quelque 200 peintures et sculptures, actuellement peu accessibles au grand public dans un musée excentré aux horaires très restreints. Parmi ces œuvres figure Le Garçon au gilet rouge de Paul Cézanne, objet, avec quatre autres pièces de la collection, d’un vol spectaculaire en 2008 et retrouvé en avril 2012.

Des artistes opposés
Le vote des Zurichois n’était pas acquis d’avance. Les habitants ont déjà dit non à plusieurs projets architecturaux, parmi lesquels un centre des congrès conçu par le célèbre architecte Rafael Moneo en 2008. La campagne autour de l’extension du Kunsthaus, qui semblait faire l’unanimité autour de sa nécessité, a cependant soulevé des oppositions au cours des dernières semaines. Plusieurs associations de protection du patrimoine se sont émues de la destruction de quelques bâtiments néoclassiques, envisagée pour faire place aux espaces verts et au « jardin des arts » encerclant la nouvelle architecture. Au sein du conseil municipal, le parti d’opposition UDC, allié aux Verts (pourtant dans la majorité), n’a pas soutenu le vote, craignant une explosion des coûts liée aux travaux. Certains artistes, dont Visarte, association professionnelle des arts visuels qui réunit 400 artistes suisses, ont dénoncé « une politique culturelle trop accès sur le marché international de l’art et trop peu soucieuse des artistes de son territoire ».

Le contrat de prêt à long terme signé entre le Kunsthaus et la Fondation Bührle continue d’être l’objet de critiques d’ordre moral et déontologique. Malgré les efforts de transparence et de documentation fournis par la Fondation pour justifier la provenance des œuvres acquises par Emil Bührle dans les années 1930 et 1940, plusieurs tableaux se trouvent encore au cœur de batailles judiciaires avec des héritiers qui estiment que les achats d’Emil Bührle durant cette période relèvent de la spoliation. Le Champ de coquelicots près de Vétheuil (vers 1879) de Claude Monet, pièce maîtresse de la collection, a été acquis en 1940 auprès d’un homme d’affaires juif dont le descendant réclame aujourd’hui les droits sur la peinture. La mise en lumière de la collection, qui occupera 1 000 mètres carrés de surface, médiatise les zones d’ombre sur la provenance de certaines œuvres.

Le vote des Zurichois était la dernière étape administrative avant le début des travaux. L’équipe dirigeante prévoit une ouverture de l’extension à l’horizon 2017, et compte accueillir 100 000 visiteurs supplémentaires, attirés par une collection permanente renouvelée et des expositions temporaires plus développées.

Légende photo

Le projet du Kunsthaus, Zurich. © David Chipperfield Architects.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°381 du 14 décembre 2012, avec le titre suivant : Zurich vote l’extension de son musée

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