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Zazie dans le micro

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 21 janvier 2000

Avec Machines à écrire et Alphabet, les lettres prennent la parole. Générateurs de textes dérivés des travaux OuLiPiens de Queneau et Perec, ou plongée dans un abécédaire coloré, ces deux cédéroms permettent aux petits et grands de jouer avec les lettres et leurs images.

“Nue sous neon” ou “Eau drue rade : le plaisir de l’“eodermdrome”, science cabalistique de l’écriture géométrique, enfin à la portée de toutes les mains grâce à l’informatique ! Machines à écrire permet à chacun d’écrire son vers à cinq lettres et de clamer son poème mathématique et automatique. De l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) à l’OuDinPo (Ouvroir d’Interactivité Potentielle), le cédérom traverse cinquante années d’écritures combinatoires, regroupant les littératures factorielles, ambulatoires ou encore exponentielles, comme le Code du discours universel à l’attention des apparatchiks polonais en manque d’inspiration. Représenté sous la forme d’une Voie lactée, cet univers où se côtoient Swift, Tzara, Burrough, Beckett ou les complexes Litanies de la Vierge de Jean Meschinot, prend comme fils rouges Georges Perec et Raymond Queneau. “Puisque les machines existent, autant s’en servir”, avait déclaré ce dernier en 1962, et rarement blanc-seing n’a été exploité aussi judicieusement. Générés aléatoirement à partir de l’horloge de l’ordinateur ou de savants calculs sur les lettres d’un mot, les Cent Mille Milliards de poèmes de l’auteur de Zazie dans le métro procurent à l’utilisateur un vertige devant plus d’un milliard de siècles de lecture potentielle. Plus modestes mais tout aussi systémiques, les deux cent quarante-trois cartes postales de Perec sont décortiquées par Bernard Magné, spécialiste du maître, suivant leurs ingrédients de base : localisation, considération, satisfactions, mentions et salutations. Les souvenirs de vacances sont riches : “Un petit mot d’Urbino. Il fait beau. Viva les scampi fritti et les fritto misto ! Sans oublier Giotto et tutti quanti. Amicales pensées”. Mais au texte, Antoine Denize, l’auteur du cédérom, a ajouté l’image et l’ambiance sonore. Épaulé par l’imagerie estivale d’Yvon, le “messager du bonheur”, le logiciel propose un équivalent iconographique au message de Perec. Au mot “plage”, la mer apparaît au dos de la carte, et ainsi de suite.

Thèmes rassemblés sous forme de nébuleuses, grilles de lettres prêtes à voler en éclat, l’interface graphique répond au ludisme des champions de l’OuLiPo. Mais les anicroches et palindromes sont encore des jeux d’adultes. Publié il y a un peu plus de deux ans sous forme de livre, Alphabet, de Kveta Pacovská, occupera les enfants pendant ce temps. Animées simultanément par la voix, le clavier et la souris, les lettres de l’alphabet dansent au son de leurs gargouillements. Entre animation et recherche typographique, le logiciel devrait attirer les plus jeunes à une redécouverte des vingt-six signes de notre écriture. Le “W” sera peut-être à la source d’émouvants souvenirs d’enfance.

- Antoine Denize, Machines à écrire, éditions Gallimard, 299 F.
- Kveta Pacovská, Alphabet, éditions Syrinx, 199 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°97 du 21 janvier 2000, avec le titre suivant : Zazie dans le micro

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