Vu d’Europe

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2009

Plusieurs pays européens ont eux aussi recours aux subsides de la Loterie pour financer la Culture. C’est le cas de la Belgique, de la Finlande, de l’Italie et de l’Allemagne.

La Finlande a opté de longue date pour un mécanisme analogue à celui de la Grande-Bretagne. La Veikhaus, la Loterie nationale créée en 1940, utilisait déjà depuis fort longtemps une partie de ses recettes pour réaliser des investissements en matière sportive. Les bénéfices de la Loterie profitent désormais également à la culture, aux arts et aux sciences. En 1997, la Veikhaus a réalisé un chiffre d’affaires de près de 5 milliards de marks finlandais et enregistré un bénéfice de 1,9 milliard. 44 % de ces recettes ont été redistribués aux joueurs. Le reste a permis d’étoffer les budgets affectés aux arts (16,5 %, soit 127 millions de marks finlandais ; environ 140 millions de francs), au sport (8,1 %) et aux sciences (7,5 %). Le projet de budget pour 1998 a prévu de prélever  sur la Loterie plus de 2 milliards de marks finlandais, et les paris tomberont cette année dans l’escarcelle des instances gouvernementales chargées de la culture, de la science  et de l’éducation.

Cette pratique a également fait son chemin en Belgique, où la Loterie nationale existe depuis 1978. Une partie des bénéfices réalisés (7,2 milliards de francs belges en 1996 ; environ 1,16 milliard de francs français) est en effet répartie entre plusieurs secteurs, au nombre desquels figurent la culture, le social, les sciences, mais aussi le sport et la recherche scientifique. Le secteur culturel a reçu en 1996 une dotation de près de 490 millions de francs belges (environ 80 millions de francs français), répartie entre la musique, la littérature, le cinéma et les arts plastiques. Cet argent n’a pas manqué de réjouir les conservateurs de musées et les commissaires chargés de l’organisation de manifestations qui ont pu, grâce à ces nouveaux moyens, multiplier les expositions. Le Festival international de photos et cartoons de Knokke-Heist et plusieurs expositions, dont la rétrospective “Vlaminck” à Bruxelles et l’exposition “Léonard Misonne” dans le cadre du Salon des antiquaires de Charleroi, n’auraient pas eu lieu sans l’argent des jeux. Des musées belges ont également pu ainsi enrichir leurs collections. C’est le cas notamment des Musées royaux de Belgique, qui ont récemment acheté une série de carnets de James Ensor pour 600 000 francs belges, mais aussi de la Fondation Roi Baudouin à qui les subsides du Loto ont permis d’acquérir des tableaux, des sculptures et du mobilier.

L’Italie aussi
À la fin de l’année 1996, l’Italie prenait à son tour modèle sur la Grande-Bretagne, en décidant d’affecter à des projets culturels une partie des bénéfices générés par les jeux. Le gouvernement transalpin, prenant acte de la bonne santé du Loto qui attire un nombre sans cesse grandissant de parieurs – en 1997, les recettes ont augmenté de 41 % par rapport à l’année précédente –, a mis sur pied un nouveau tirage hebdomadaire dont les gains sont reversés au ministère des Biens culturels. Les crédits alloués à la conservation et à la restauration de biens culturels, historiques et archéologiques ont pu être augmentés de 40 %, “sans grever les finances  publiques”. Les résultats ne se sont pas fait attendre : 300 milliards de lires (environ 1 milliard de francs) provenant des recettes du Loto en 1997 ont été alloués à la restauration du patrimoine italien. La moitié de cette somme a été affectée immédiatement au profit de 49 projets, touchant notamment à l’architecture, à l’archéologie – dont 28 sont en cours, comme les travaux portant sur les temples grecs de Paestum, au sud de Naples, ou la consolidation de la cathédrale de Ravello, dans la même région. L’autre moitié des crédits, attribuée à partir de juillet, permettra de mener à bien des projets plus vastes encore, telle la restauration du Musée des Offices à Florence, endommagé par un attentat à la bombe perpétré par la Mafia en 1993. Ces fonds serviront en outre à financer la remise en état des monuments touchés par les séismes de septembre dans les Marches et en Ombrie. 40 milliards de lires iront aux bibliothèques et 25 milliards aux archives. Au total, 247 milliards de lires ont déjà été distribués ; les 50 milliards restants permettront de financer les projets des régions à statut spécial comme la Sicile, le Trentin-Haut Adige et le Val d’Aoste.  Le ministre de  la Culture, Walter Veltroni, a précisé que cet apport (300 milliards de lires) sera renouvelé chaque année jusqu’en l’an 2000 et servira en priorité à la restauration d’églises, de palais, de musées, de monuments et de bibliothèques.

À l’image de ces voisins européens, l’Allemagne s’est laissée gagner à son tour par ce nouveau mode de financement de la Culture. Trois Länder – Berlin, le Schleswig-Holstein et Rhénanie du Nord-Westphalie – ont adopté ce système avec succès. Qu’attend la France ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°55 du 27 février 1998, avec le titre suivant : Vu d’Europe

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