Venise : la Biennale privatisée

Le conseil des ministres crée une société d’économie mixte

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 13 février 1998

Le conseil des ministres italien a adopté le 23 janvier le décret réformant la Biennale de Venise. Celle-ci perd notamment son statut d’organisme public autonome pour devenir une « société culturelle » dont le siège est à Venise. Le ministère pour les Biens culturels et l’Environnement, la Région de Vénétie, la Province et la Municipalité de Venise en sont membres de droit, tandis que 40 % du capital de la nouvelle société sont réservés à des personnes morales de droit privé.

VENISE - La Biennale de Venise vient d’être à moitié privatisée, à l’image des plus importantes entreprises dont l’État italien tient à garder le contrôle. Les pouvoirs de la société d’économie mixte sont répartis entre le président, le conseil d’administration, le comité scientifique, le collège des contrôleurs des comptes et – modification du projet initial – l’assemblée des actionnaires privés, tous nommés pour quatre ans. Le président n’est plus élu par le conseil de direction ; il sera nommé par le ministre pour les Biens culturels et l’Environnement, après audition des commissions parlementaires compétentes. Parmi les candidats en lice, Enzo Siciliano, l’actuel président de la Rai, fait figure de favori. Le conseil d’administration est considérablement réduit, à la fois en effectifs et dans ses fonctions, par rapport au précédent conseil de direction. Outre le président, il se composera du maire de Venise ou de son délégué, d’un membre désigné par le Conseil régional de Vénétie, d’un membre désigné par le Conseil provincial de Venise, et, enfin, d’un membre désigné par les actionnaires privés possédant plus de 5 % du capital de la société. Le cas échéant, ce membre sera désigné par le ministre pour les Biens culturels et l’Environnement. En revanche, si la participation du privé atteignait ou dépassait 25 %, le nombre des conseillers pourrait être porté à sept, le rapport entre les représentants du public et ceux du privé s’établissant ainsi de quatre à trois.

Les compétences du conseil d’administration couvrent la gestion, la nomination et la révocation des directeurs et du coordinateur général, les décisions d’affectation des différents secteurs, et tout ce qui concerne l’équilibre financier et les activités économiques. Le comité scientifique détermine les orientations artistiques et culturelles dans “une optique interdisciplinaire et une prospective interculturelle” ; il organise les expositions, les manifestations et les activités permanentes de recherche, d’étude et d’expérimentation. Ce comité est constitué par le président et les directeurs de secteurs, dont les mandats correspondent à ceux du conseil.

Les différents membres ne doivent plus obligatoirement avoir la nationalité italienne ; il est dorénavant prévu de pouvoir nommer des commissaires, éventuellement de nationalité étrangère, pour des manifestations temporaires. Outre l’Asac (Archivio Storico delle arti contemporanee, fermé pour trois ans pour restructuration), la “maison” est divisée en six secteurs, dont cinq traditionnels – l’architecture, les arts plastiques, le cinéma, le théâtre et la musique – et un nouveau – la danse. Mais “le statut de la société permet de définir, dans le cadre des secteurs existants, d’autres champs de recherche”. Cette dernière possibilité reste l’une des caractéristiques essentielles de la Biennale. Elle doit pouvoir évoluer, comme elle l’a fait dans les années trente en faisant entrer le cinéma dans les disciplines artistiques.

En définitive, le véritable défi reste celui du financement. L’État et les autres organismes publics – Région, Province et Municipalité – rempliront leurs engagements. En revanche, se pose la question du recours à des sponsors ou de l’exercice d’activités commerciales pour assurer des ressources. L’ancien conseil de direction vient de procéder à la reconduction de Felice Laudadio au poste de commissaire de la Mostra du Cinéma et à la nomination de Francesco Dal Co pour celle de l’Architecture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°54 du 13 février 1998, avec le titre suivant : Venise : la Biennale privatisée

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