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Une galerie Chanel au Palais Galliera

Le Musée Galliera ouvrira en 2019 un espace semi-permanent et payant pour ses collections de vêtements, portant le nom de « Gabrielle Chanel » en remerciement du financement apporté par la maison de luxe

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2017 - 783 mots

Le Palais Galliera, qui abrite le Musée de la mode de la Ville de Paris, disposera en 2019 d’un espace pour exposer par rotation ses collections permanentes, sur une surface de 670 m² située en sous-sol. Les 6 millions d’euros de travaux sont en grande partie apportés par la Maison Chanel qui, en échange, verra le nom de sa fondatrice apposé sur les murs de cette galerie.

PARIS - Si Londres dispose du Victoria and Albert Museum et Madrid du Museo del Traje, Paris ne possède pas encore de lieu exposant en permanence des collections de mode. Le Palais Galliera conserve plus de 250 000 pièces du XVIIIe siècle à nos jours (vêtements, accessoires, photographies, documents d’art graphique…), qu’il présente au travers d’expositions temporaires, mais il est fermé plusieurs mois par an, « un reproche qui nous est souvent fait par les visiteurs », déplore Olivier Saillard, directeur du lieu.

Un financement public-privé
L’aménagement d’espaces permanents au sein de l’institution – vrai serpent de mer – a enfin été annoncé par la Mairie de Paris, tutelle du musée. Cette galerie ouvrira en 2019, après des travaux dans le sous-sol, notamment d’assainissement, qui doivent permettre de libérer 670 mètres carrés d’exposition – soit un espace un peu plus vaste que celui consacré aux expositions temporaires au rez-de-chaussée –, une salle pédagogique et une librairie-boutique qui font aujourd’hui défaut à l’institution. Des travaux qui seront financés à hauteur de 4,6 millions d’euros par le groupe Chanel, la Ville s’engageant pour sa part à verser 1 million d’euros. « Quand j’ai évoqué ce projet d’espaces permanents à Anne Hidalgo, elle m’a dit qu’il fallait trouver une construction budgétaire public-privé. Face à l’urgence de financer la rénovation du Musée Carnavalet, effectuer une deuxième tranche de travaux à Galliera [remis aux normes et restauré de 2009 à 2013, NDLR] ne pouvait pas être une priorité pour la Ville et l’idée a été de proposer un mécénat exclusif à un groupe de luxe », explique-t-il.

Arrivé à la tête de Galliera en 2010, Olivier Saillard, historien de la mode et performeur, n’a eu de cesse de tisser et cultiver des liens privilégiés avec les maisons de haute couture. Il a tantôt assuré le commissariat d’expositions directement prises en charge par les marques (telles « Louis Vuitton » au Grand Palais en 2016 dont la visée commerciale a pu être dénoncée), tantôt instauré une soirée de bienfaisance annuelle, où marques et créateurs donnent vêtements et argent afin d’enrichir les collections du musée. Si Galliera a négocié un tel mécénat avec Chanel, c’est « pour la portée du nom de “Gabrielle Chanel”, figure à part de la mode au-delà des querelles de chapelle », soutient Olivier Saillard. Un nom qui sera donné aux nouvelles salles du musée. La maison Chanel, trouve ainsi à Galliera une opportunité pour s’ancrer davantage dans le monde des musées, elle qui n’a pas (encore) de musée à son nom, comme c’est le cas pour Dior et bientôt Yves Saint Laurent.
Dans ce rapport entre le musée et la marque, il s’agira évidemment de ne pas léser le public, qui attend de l’institution muséale un regard scientifique et distancé sur le milieu qu’elle expose (le musée abrite nombre de pièces griffées Chanel). Les deux parties se veulent rassurantes : « Ce mécénat n’aura pas plus de contrepartie que les avantages classiques, tels que des visites et événements privés organisés pour la marque », indique Chanel. Pas de Chanel au conseil d’administration de Paris Musées (l’établissement public gérant les 14 musées de la Ville de Paris), pas de flacon no 5 dans la nouvelle boutique et pas de Chanel surreprésentée dans le parcours, assure de son côté Olivier Saillard. Il ne cache cependant pas qu’une des expositions temporaires à venir de Galliera pourrait être consacrée à Chanel, justement.

Des espaces semi-permanents

Comment exposer de manière « permanente » des collections qui ne peuvent être présentées que de manière temporaire ? La conservation préventive des textiles exige en effet une rotation continue des pièces, celles-ci, particulièrement fragiles, ne pouvant être soumises à la lumière plus de quatre mois consécutifs tous les quatre ans (des exigences muséographiques que Galliera contourne régulièrement). Olivier Saillard indique que les présentations « varieront tous les six mois en faisant tourner des pièces à l’intérieur de ces créneaux ». À noter que cet espace semi-permanent, dont le parcours annoncé ne devrait pas être « strictement chronologique », ne sera pas gratuit comme les collections permanentes des musées de la Ville de Paris. « C’est une volonté de Paris Musées », ajoute le directeur, précisant que la gratuité des collections permanentes des musées de la municipalité serait de nouveau à l’ordre du jour dans quelques années…

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Une galerie Chanel au Palais Galliera

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