Mardi 18 décembre 2018

Une foire au-delà du commercial ?

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 6 février 2004 - 1005 mots

À Madrid, la 23e édition de l’ARCO réunit près de 300 galeries d’art moderne et contemporain. Au-delà de sa vocation marchande, la manifestation est réputée pour la place qu’elle ménage aux découvertes.

En nombre de participants, l’ARCO, la foire madrilène d’art moderne et contemporain, fait jeu égal avec Bâle. Pour sa 23e édition, elle accueillera à partir du 12 février 277 galeries, dont 93 venues d’Espagne. Sur le papier, ces proportions ressemblent à une sélection très internationale ; physiquement, elle débouche sur une foire scindée en deux pavillons, au Parc des expositions Juan-Carlos-Ier, dans la périphérie de Madrid. Une géographie qui symbolise assez bien la dualité de l’ARCO. La foire est, d’un côté, un événement réunissant des galeries locales avec des maîtres espagnols, vedettes incontestées du marché de l’art, de l’autre, une manifestation qui, tout en accueillant des enseignes prestigieuses dans le domaine de l’art moderne, est résolument « cutting edge » – pour employer le terme consacré. La découverte et la prospection y sont à l’honneur. Si la mode est au flou entre événements commerciaux et manifestations artistiques, l’ARCO joue cette carte depuis longtemps, s’entourant de commissaires d’exposition et de critiques. Sous l’intitulé de « Multi Pass », la section « Project Room » réunit ainsi 26 projets sélectionnés par le commissaire indépendant Víctor Zamudio-Taylor, la directrice du Moore Space de Miami Silvia Karman Cubiñá, et Peter Doroshenko, le nouveau directeur du SMAK (musée d’art contemporain) à Gand.

Foire à projets
Cette année, outre une vidéo de Carlos Amorales (Annette Gelink, Amsterdam), les sculptures molles de Loris Cecchini (Galerie Continua, San Gimignano), on y verra les installations de Joseph Havel (Devin Borden/Hiram Butler Gallery, Houston) ou de Louis de Cordier (Fortlaan 17, Gand). La galerie Nadja Villene vient de Liège avec une œuvre inédite de Joëlle Tuerlinckx. « Cette grande installation renvoie simultanément à la pièce que nous présentons en ce moment à la galerie et à l’exposition actuelle de Joëlle au Mukha [Musée d’art contemporain d’Anvers], explique Jean-Michel Botquin. Notre stand sera transformé en solarium, un espace dans lequel l’artiste a disposé des papiers qui, sous l’effet des ultraviolets, vont vieillir artificiellement pendant les cinq jours de la manifestation. La présentation de cette œuvre répond parfaitement aux possibilités offertes par l’ARCO : une foire à projets, avec une politique d’invitations et des conditions financières intéressantes pour les jeunes galeries. Toutes les foires ne peuvent pas se le permettre. En Europe, c’est peut-être la manifestation qui autorise les meilleurs contacts avec les institutionnels et les commissaires d’exposition. »
Parallèlement à sa tenue, l’ARCO organise en effet un important programme de discussions entre professionnels, doublé cette année d’un séminaire d’histoire de l’art confié à Hal Foster (rédacteur en chef de la revue américaine October). L’expérience de la foire dans le domaine est telle qu’à la suite d’un partenariat elle proposera  des événements comparables lors de la tenue de la prochaine édition de l’Armory Show à New York.
« L’ARCO est un vaste showroom, s’enthousiasme la Parisienne Valérie Cueto. La foire accueille le plus beau panel de “curateurs” au monde. Ce n’est peut-être pas là que l’on vend le plus, mais les artistes que j’y ai présentés ont vu à chaque fois leurs expositions se multiplier par la suite. » Pour la troisième année consécutive, la galeriste sera présente dans le secteur « Project Room ». Elle y montre une œuvre monumentale de Wang Du. Vaste container foutraque de l’information, No comment 2 est composée de cinq poubelles géantes remplies de téléviseurs et d’ordinateurs obsolètes. Si elle a vendu les années précédentes à des collectionneurs espagnols et américains, Valérie Cueto note que le pouvoir d’achat des institutions locales est important pour des artistes contemporains confirmés.
Invitée l’an passé alors que la Suisse était à l’honneur, la galerie zurichoise Mai 36 revient cette année. Depuis une participation non reconduite à la fin des années 1980, son directeur, Victor Gisler, a constaté une amélioration de la manifestation. En choisissant de s’installer dans le secteur « classique », la galerie entend créer la surprise pour des collectionneurs plus habitués à l’art moderne. « Peut-être y rencontrerai-je des gens qui n’ont jamais vu un Gursky », plaisante Victor Gisler. Avec un accrochage mêlant valeurs établies (Gursky, Baldessari) et jeunes premiers de la galerie (Rita McBride, Pia Fries), il souhaite donc conquérir une nouvelle audience. « Le marché “latin” au sens large est en train de se développer. Je l’ai observé l’an dernier à l’ARCO, mais aussi à Bâle et à Miami. Les collectionneurs et les institutionnels espagnols, portugais et d’Amérique du Sud sont de plus en plus nombreux. »

Un lieu d’avenir
Le continent latino-américain est traditionnellement à l’honneur à l’ARCO. Une habitude qui, avec l’émergence sur la scène artistique de nombre de ses représentants, a fait de la foire un lieu d’avenir. Le jeune Costaricain Federico Herrero est représenté par Juana de Aizpuru (Madrid) et Sies & Hoke (Düsseldorf), tandis que la galerie Kurimanzutto (Mexico) exposera des œuvres de Damián Ortega, Daniel Guzmán et Jonathan Hernández et qu’Enrique Guerrero (Mexico) consacre son stand à José Dávila. L’Argentine, comme le Brésil, Cuba, la Colombie, le Pérou, Puerto Rico, l’Uruguay et le Venezuela, sont également très présents. Mais une fois encore, c’est par la voie des programmes spéciaux que l’ARCO acquiert une dimension véritablement internationale. D’abord par le pays invité (la Grèce pour 2004 avec quinze galeries) et ensuite par le secteur « Futuribles », dont les six sections ont été imaginées par une vingtaine de critiques : « Les Amériques », dédiées au continent américain dans son ensemble, « Complex Projects », qui fait la part belle aux nouvelles technologies, « Asian Party, Global Game (IV) », « Nordic Countries », « Fragments d’Afrique » et enfin « Crossroads », consacrée à l’Europe. Bien sûr, les amateurs d’art contemporain sont parfois aussi des collectionneurs...

ARCO

Parque Ferial Juan-Carlos-I, halls 7 et 9, Madrid, vernissage le 11 février à 19h, journées professionnelles le 11 à partir de 16 heures et le 12 à partir de 11 heures, jeudi 14h-21h, vendredi à dimanche 12h-21 h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°186 du 6 février 2004, avec le titre suivant : Une foire au-delà du commercial ?

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