Un plan Tasca-Lang pour les arts à l’école

Le Journal des Arts

Le 22 février 2008

Catherine Tasca, ministre de la Culture et Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale ont présenté le jeudi 14 décembre, lors d’une conférence de presse commune, un plan de cinq ans pour le développement des arts et de la culture à l’école. Les enseignants et leurs principaux représentants syndicaux sont partagés entre enthousiasme et scepticisme.

PARIS - “Le miracle de Noël”, “Presque trop beau pour être vrai” ou encore “Petit papa Noël est arrivé”... Les petites phrases ne manquent pas pour saluer un plan que tous les professionnels accueillent favorablement mais non sans une certaine réserve. Jack Lang et Catherine Tasca auront-ils le temps de le mettre à exécution ? Les enseignants savent que les ministres passent et que leurs projets restent souvent dans les tiroirs. Cependant, la majorité des syndicats d’enseignants s’accorde aujourd’hui à reconnaître que cette fois-ci les ambitions sont là et les moyens aussi, puisque 263 millions de francs ont été affectés à ce programme. “Ce plan constitue un réel effort pour promouvoir l’art et la culture de façon originale à l’école, mais l’extrême diversité et multiplicité des mesures et la précipitation dans laquelle il s’inscrit laisse des doutes quant à son application concrète”, souligne Philippe Niemec, délégué national du SE-Fen pour les écoles. Peu de disciplines artistiques semblent en effet avoir échappé à cette série de propositions : la musique, le chant, les arts plastiques, l’architecture, le théâtre, le cinéma, les arts du goût, le design... doivent désormais trouver leur place parmi les enseignements traditionnels du premier degré et cela dès la rentrée prochaine. Cette diversification des disciplines artistiques est fort louable, mais on peut raisonnablement s’interroger sur sa mise en œuvre réelle dans de brefs délais. Selon un sondage effectué en janvier 1999 par la Sofres à la demande d’un des syndicats d’enseignants, le SNUipp, presque 50 % des maîtres des écoles se déclarent insuffisamment compétents pour enseigner les arts plastiques à leurs élèves, le chiffre atteint 71 % en ce qui concerne la musique. La refonte de la formation des maîtres au sein des IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres), et la mise en place rapide d’une formation continue adaptée sont les outils essentiels de cette politique, or un long chemin semble encore à parcourir. “En première année d’IUFM, les arts plastiques ou l’éducation musicale ne sont actuellement que des modules optionnels. En deuxième année, ils deviennent obligatoires pour les candidats qui ne les ont pas pris en option lors de la première année. Le niveau est généralement très bas”, précise Lise Phierard, professeur d’arts plastiques au collège et enseignante en IUFM.

L’apport des intervenants extérieurs doit rester ponctuel et complémentaire
Dans le second degré, les mesures visant à augmenter les options artistiques facultatives dans les lycées risquent de rencontrer des difficultés similaires. “Des problèmes de compétences et de recrutement vont rapidement se poser, confie Denis Paget, secrétaire général du Snes. Des postes d’enseignants en musique, par exemple, sont actuellement non pourvus au Capes, les intervenants extérieurs ne suffiront pas à pallier le manque de professeurs.” Le rôle de ces intervenants (plasticiens, musiciens, professionnels du cinéma, comédiens...) est jugé essentiel, il est d’ailleurs l’une des priorités du plan, mais les syndicats craignent une dérive.  “On ne peut pas tout faire reposer sur les partenariats et les intervenants extérieurs, leur apport doit rester ponctuel et complémentaire, l’enseignant doit rester le pivot du dispositif. D’autre part, former des artistes professionnels de l’intervention en milieu scolaire n’est pas souhaitable”, conclut Denis Paget.

Les grandes lignes du plan

- Pour l’école primaire (maternelle et élémentaire), concerné en priorité par ce premier volet : élargir le champ des disciplines artistiques avec une attention particulière portée sur l’image et le cinéma, l’architecture et la ville et la musique à l’école ; former des formateurs et des acteurs de l’éducation artistique ; apporter un soutien à l’innovation en fournissant dès la rentrée prochaine aux enseignants des lecteurs de DVD ; recueillir et mettre l’information à disposition de tous en élargissant l’accès à l’Internet ; agir avec des ressources nouvelles et des partenaires privilégiés : multiplier les expériences avec des intervenants extérieurs, adapter les espaces et locaux pour accueillir les disciplines artistiques dans de meilleures conditions
- Pour le collège et le lycée : renforcer et simplifier les dispositifs existants
- Le budget : 263 MF dont 71 MF pour l’école, 58 MF pour les collèges et lycées, 25 MF pour l’enseignement privé sous contrat et 109 MF pour les expositions et le budget du Centre national de documentation pédagogique (CNDP).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°118 du 5 janvier 2001, avec le titre suivant : Un plan Tasca-Lang pour les arts à l’école

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