Un paysage artistique en mouvement

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2010 - 686 mots

Les ouvertures de la villa Empain et de la résidence d’artistes LAP dotent Bruxelles de nouveaux lieux ouverts à l’art actuel.

Deux nouvelles initiatives privées viennent enrichir le paysage artistique bruxellois, à commencer par la réouverture de la villa Empain (lire p. 19), le 23 avril. Ce joyau de l’Art déco abrite désormais la Fondation Boghossian, créée en 1992 par une famille de joailliers libanais d’origine arménienne. Connue pour son action en faveur de la reconstruction de l’Arménie, la fondation a bâti des écoles et orphelinats, mais aussi un centre d’art contemporain à Erevan. La collaboration avec la Fondation Gulbenkian pour la réalisation d’une école technique à Beyrouth lui donne l’idée d’une infrastructure aussi professionnelle que celle de Gulbenkian à Lisbonne.

En 2006, les Boghossian – dont l’un des membres, Jean, habite à Bruxelles – rachètent la villa Empain pour en faire un centre de dialogue entre l’Orient et l’Occident. Dénaturé par les anciens propriétaires, saccagé par des squatteurs, le bâtiment de 2 800 m2 était alors dans un état de délabrement avancé.

Les Boghossian le restaurent à l’identique pour un coût de 6 millions d’euros, dont 1,6 million pris en charge par la région de Bruxelles-Capitale. « La réouverture est attendue, car c’est une maison très connue, qui a abrité pendant des années la [chaîne de télévision] RTL. Il y a aussi toute une mythologie autour de la famille Empain, qui est emblématique d’une certaine réussite de la Belgique », rappelle Christophe Dosogne, conseiller artistique du lieu.

Deux niveaux sont dédiés aux expositions temporaires et un troisième est dévolu aux conférences, concerts et projections. Intitulée « Itinéraire de l’élégance entre l’Orient et l’Occident », l’exposition inaugurale, organisée jusqu’au 31 octobre (1), offre un parcours entre art et art de vivre. « L’élégance est un préalable indispensable au dialogue, confie Diane Hennebert, directrice de la Fondation Boghossian. Bruxelles a besoin d’élégance, la ville a négligé les choses de grande qualité. La Belgique a eu un problème d’identité. On n’est pas fier d’être belge ; dès que quelque chose est beau, on le détruit. Le pays veut oublier qu’il a été important au début du XXe siècle, il veut être middle class avec beaucoup d’autodérision.

Nous sommes à contre-courant. » L’art contemporain aura une place dans l’exposition avec une commande spéciale d’un collier monumental en verre de Murano par Jean-Michel Othoniel, en clin d’œil à la profession des Boghossian, et avec une grande fleur vénéneuse de Rina Banerjee. L’art actuel sera sans doute plus présent dans la manifestation prévue à l’automne sur l’image de la femme orientale. La fondation n’entend pas s’arrêter au périmètre bruxellois. Des projets sont à l’étude à Venise, avec l’éventuelle réaffectation du Palazzo Zenobio appartenant à une congrégation arménienne, et à Héliopolis, dans l’ancien palais Empain, acquis en 2005 par le gouvernement égyptien.

Carte blanche
À côté de cette ouverture flamboyante, un autre espace prend discrètement ses marques. Début avril, la collectionneuse Agnès Rein a semé les graines d’une résidence d’artistes, baptisée Language and Art Project (LAP), permettant d’accueillir deux créateurs par an. « J’aime aider les artistes à produire, à faire un bout de chemin. Nous partageons un moment de vie et de création. Lorsque je vivais à Londres, j’avais déjà un espace où je recevais des artistes, comme Isaac Julien ou Pierre Ardouvin. J’ai voulu faire la même chose à Paris, mais je n’ai pas trouvé d’espace », explique la collectionneuse, qui a acheté un grand bâtiment en octobre dernier, situé non loin de la collection Vanhaerents.

Bien que l’immeuble nécessite encore près de trois ans de travaux, Agnès Rein en donne un aperçu en confiant une carte blanche à la curatrice Anne-Laure Chamboissier. Sous le titre loufoque de « Chim Chim Cheree », inspiré de Mary Poppins, celle-ci réunit jusqu’au 24 avril (2) une sélection d’artistes suisses. Des figures tutélaires comme John Armleder et Olivier Mosset, mais aussi des plus jeunes comme Philippe Decrauzat et David Renggli. Une réussite.





(1) Villa Empain, 67, avenue Franklin-Roosevelt, Bruxelles, tél. 32 2 534 60 85, www.villaempain.com, tlj sauf le lundi 10h-18h30

(2) Espace LAP, 35, boulevard de l’Abattoir, Bruxelles, du jeudi au samedi 14h-19h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°323 du 16 avril 2010, avec le titre suivant : Un paysage artistique en mouvement

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque