Mercredi 16 octobre 2019

Bilan

TOP 10 des champions français à l’international

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 28 avril 2018 - 1712 mots

La culture est l’un des points forts du « soft power » français, mais on oublie souvent que la France dispose d’opérateurs culturels ou marchands capables de rivaliser avec les meilleurs de leurs pairs sur l’échiquier international.

François Pinault
François Pinault
Photo Fred Marigaux
©Pinault Foundation

Le Louvre, ambassadeur de la France 
Le Musée du Louvre n’est pas seulement le plus grand musée du monde, devant le MET de New York et le British Museum, attirant chaque année plus de 5 millions de visiteurs étrangers, c’est aussi une institution largement tournée hors des frontières. Ce n’est pas un hasard si de tous les projets en collaboration sur l’Île de Saadiyat, le Louvre Abou Dhabi est le seul aujourd’hui ouvert, dans des dimensions hors normes. Aussi emblématique que soit « Le Louvre des sables » d’une ampleur supérieure au Guggenheim Bilbao, il ne doit pas masquer les très nombreuses coopérations internationales : les quelque 900 prêts annuels d’œuvres, les dizaines d’expositions coproduites qui tournent dans les grands musées, la trentaine de fouilles en Europe et en Asie, les multiples collaborations scientifiques avec de nombreux pays (Tunisie, Irak, Iran…). Depuis Henri Loyrette, les dirigeants du Louvre sont de quasi-ambassadeurs de la France. Jean-Luc Martinez est à l’origine, avec son rapport, de la création du Fonds mondial pour la protection du patrimoine en Danger.

Jean-Christophe Castelain

Paris Photo leader des foires photos 
Dans le marché de la photographie Paris Photo est le rendez-vous de référence pour les professionnels. En vingt-et-une années d’existence, aucune autre foire ne l’a égalée dans son parterre de galeries tant en nombre (160), en variété de provenance des enseignes, qu’en champs photographiques ; ni l’Association of International Photography Art Dealers son aînée, ni Photo London ou Photo Basel les dernières nées. Dès sa première édition, son caractère international s’est affirmé. Sur les 51 galeries participantes, la moitié sont alors américaines ou européennes. La proportion a évolué rapidement à 70 % d’enseignes internationales. L’ouverture à l’Est, à l’Amérique du Sud, à l’Asie ou au Moyen-Orient a élargi le spectre. Le succès amorcé très tôt par Rik Gadella, son créateur, a été maintenu par le groupe Reed Expositions France, son repreneur en 2002 et les responsables successifs de la foire. L’installation au Grand Palais, il y a sept ans, associée à l’arrivée de poids lourds de l’art contemporain et la montée en puissance de galeries généralistes ont conforté sa suprématie. Le succès de l’édition 2017 confirme sa bonne santé. Mais comme pour la Fiac, Paris Photo n’est toujours pas présente dans d’autres pays (voir p. 37).

Christine Coste

La galerie Perrotin présente sur trois continents 
Emmanuel Perrotin a fondé sa première galerie en 1990 à l’âge de 21 ans. Il organise des fêtes qui font courir le monde l’art (Pharell Williams en concert privé) et a ouvert plus de dix-huit espaces différents. Hongkong en 2012, Séoul en 2016, Tokyo en 2017… Derniers en date : un immeuble entier dans le Lower East Side à New York, après avoir eu un espace sur Madison Avenue et un autre à Shanghaï, sur le Bund. Installée depuis 2005 à Paris rue de Turenne dans le Marais dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle, la galerie s’est étendue impasse Saint-Claude et au show-room inauguré en 2014 dans l’hôtel d’Ecquevilly dit « du Grand Veneur », portant la superficie totale à 2 300 m². Sur les pas des mastodontes internationaux, que sont Gagosian et Hauser & Wirth, Perrotin cumule les superlatifs : 110 collaborateurs, une vingtaine de foires par an, une cinquantaine d’artistes représentés et montrés dans le monde entier.

Stéphane Renault

Le réseau culturel à l’étranger, un colosse aux pieds d’argile 
« Avec plus de 1 500 implantations aux statuts divers, le réseau culturel français est le plus étendu du monde », écrivait la Cour des comptes dans un rapport en 2013. Les seuls Instituts français et les Alliances françaises subventionnées, soit 631 structures, sont largement supérieurs aux 149 Goethe Institut et 191 British Council. À cela s’ajoute le réseau des établissements scolaires à l’étranger, également le premier au monde. La Cour estimait le budget global de l’action culturelle à plus d’1,3 milliard d’euros en 2013. Par sa taille, ce réseau est un formidable outil d’influence de la culture française. Mais son efficacité est plus discutée comme en témoignent les multiples tentatives d’unification ou d’affranchissement à l’égard du Quai d’Orsay. L’une des difficultés repose sur l’hétérogénéité du réseau constitué notamment des Instituts français rattachés aux ambassades et des 812 Alliances françaises de droit local. Sans parler de la Fondation Alliance française, créée en 2007 pour animer les Alliances et qui traverse une période de Difficultés.

Jean-Christophe Castelain

La BNF, un meneur dans les instances mondiales
Moins connue que le Louvre dans le grand public, la Bibliothèque nationale de France (BNF) est pourtant indiscutablement une championne, voire une superchampionne. Par l’étendue de ses collections, en partie constituées du dépôt légal, sa taille est comparable à celle de la Bibliothèque du Congrès américain et de la British Library. Et son expertise dans le domaine du numérique est un atout de poids dans les instances internationales que sont le Consortium international pour la préservation de l’internet (IPC) ou celui sur le protocole IIIF (interopérabilité des images). Depuis le coup d’éclat de Jean-Noël Jeanneney contre Google et le vaste plan de numérisation interne des collections, dont on peut voir les bénéfices sur Gallica, la BNF multiplie les programmes de mise en réseau thématique, comme celui sur les manuscrits hébreux. Inscrits dans ses missions, les échanges internationaux mobilisent chaque année plus de 70 Collaborateurs.

Jean-Christophe Castelain

Le centre Pompidou exporte ses collections
Le Centre Pompidou figure parmi les musées qui comptent en art moderne et contemporain. Sa collection, conservée au sein du Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle (MNAM-CCI) est l’une des plus importantes au monde avec celle du MoMA de New York et de la Tate Modern de Londres. C’est aussi la première d’Europe avec plus de 100 000 œuvres. En 2015, le premier « Centre Pompidou provisoire » situé à l’étranger a été accueilli à Malaga, en Andalousie. Plus récemment, l’institution s’est associée à la région de Bruxelles pour créer un musée dans un espace de 30 000 m2 abritant depuis les années 1930 un garage. Une antenne du centre devrait aussi ouvrir à Shanghaï en 2019.

Stéphane Renault

François Pinault, le marionnettiste
S’il est bien un champion qui a été fort discuté par la rédaction lors de la sélection, c’est bien l’homme d’affaires et collectionneur François Pinault. Pas simplement car il s’agit ici de distinguer des organisations plutôt que des personnes, mais parce qu’il bénéficie d’une telle complaisance dans les médias que cela devient embarrassant. Il est tellement omniprésent et puissant sur la scène contemporaine internationale, l’égal – pour le moins – des Eli Broad, Charles Saatchi ou Steve Cohen, que l’exclure serait suspect. Propriétaire de Christie’s, l’une des deux maisons de ventes les plus importantes dans le monde, il n’a pas de comptes à rendre à la communauté financière comme Sotheby’s. Il dispose de deux lieux époustouflants à Venise, ce qui lui permet de montrer sa collection au moment de la Biennale. Sa collection justement, objet de tous les fantasmes, est considérée comme l’une des plus belles de la planète, de sorte que tout artiste supposé avoir été acheté par lui voit sa cote grimper instantanément.

Jean-Christophe Castelain

Ces déménageurs qui traversent les frontières
Leur métier est moins glamour que celui de galeriste ou de commissaire d’exposition et pourtant il est indispensable à l’écosystème des musées et du marché de l’art : les transporteurs et stockeurs d’œuvres d’art. Tableaux et sculptures qui peuvent valoir des millions d’euros, sont fragiles et nécessitent une haute technicité pour être transportés. Deux entreprises françaises ont su garder leur indépendance et tenir tête aux leaders mondiaux que sont l’américain Masterpiece et l’allemand Hasenkamp : André Chenue et LP-Art. Portées par la circulation croissante des œuvres d’art dans le monde, les deux entreprises ont pour l’instant des stratégies différentes. LP-Art reste leader en France dans l’activité d’emballage et de transport, tandis qu’André Chenue veut se diversifier dans le stockage. Ce dernier, déjà présent au Brésil, vient de racheter Natural Le Coultre à Yves Bouvier, avec dans la corbeille les ports Francs de Genève.

Jean-Christophe Castelain

La Fiac dans le trio de tête des foires d’art contemporain
Donnée pour moribonde les dernières années à la porte de Versailles, la Foire internationale d’art contemporain a su renaître de ses cendres, lorsqu’elle s’est à nouveau installée en 2006 sous la nef du Grand Palais. À l’esprit du lieu s’est ajoutée une ouverture internationale, attirant la crème des marchands et collectionneurs du monde entier. Cette renaissance spectaculaire doit beaucoup à la reprise en main par Martin Béthenod (parti depuis) et Jennifer Flay, ancienne galeriste aujourd’hui à la tête de la manifestation. En 2017, la 44e édition a accueilli 193 galeries internationales venues de 30 pays. La foire a entraîné dans son sillon une kyrielle de foires off, mais aussi les institutions parisiennes, constituant une forme d’« Art week ». Cette stratégie lui a permis de se hisser dans le trio de tête des rendez-vous marchands dans l’agenda artistique international avec la londonienne et new-yorkaise Frieze et la suisse Art Basel, qui, elles, sont cependant présentes dans plusieurs pays.

Stéphane Renault

Les Ateliers Jean Nouvel sèment des musées sur toute la planète
L’inauguration en grande pompe, il y a quelques mois, du Louvre-Abou Dhabi l’a propulsé à nouveau sur le devant de la scène. Pour le meilleur. Avec ce mastodonte de 97 000 m2, Jean Nouvel – ou plus exactement, les Ateliers Jean Nouvel, soit 140 personnes, 42 projets actuellement au compteur et à travers la planète – apporte sa énième pierre à la production muséale internationale et démontre son expertise dans ce domaine. À 72 ans, l’homme paraît aussi à l’aise avec les projets à grande échelle, comme avec le Musée national d’art de Chine (130 000 m2) à Pékin en construction, ou le projet du Pudong Art Museum (54 000 m2), à Shanghaï, actuellement à l’étude, qu’avec ceux plus modestes, tel le futur Musée Klaus Rinke (2 300 m2), à Sankt Martin im Mühlkreis (Autriche), consacré à l’œuvre de l’artiste allemand et perché sur un promontoire dominant le Danube. À la fin de l’année, c’est un autre « colosse des sables » qui devrait être inauguré : le Musée national du Qatar (53 000 m2), à Doha.

Christian Simenc

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°500 du 27 avril 2018, avec le titre suivant : TOP 10 des champions français à l’international

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