Dimanche 8 décembre 2019

Sur les terres d’Alexandre le Grand

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2011 - 1230 mots

À travers la figure du conquérant, le Musée du Louvre relate l’histoire de la Macédoine antique depuis le XVe siècle avant notre ère jusqu’à l’Empire romain.

La mise au jour, en 1977, des sépultures royales du Grand Tumulus d’Aigai, parmi lesquelles figure la tombe de Philippe II, père d’Alexandre le Grand, a marqué un tournant décisif dans l’écriture de l’histoire de la Macédoine antique. Ces découvertes ont souligné l’importance du royaume de Macédoine en même temps que la richesse du patrimoine archéologique de la Grèce du Nord. Les fouilles se sont, depuis, multipliées dans la région, révélant le glorieux passé des cités d’Aigai et de Pella, les deux capitales de la dynastie des Téménides (souverains de Macédoines).

L’histoire a commencé en 1861, avec la mission scientifique menée sous Napoléon III par Léon Heuzey, épaulé par l’architecte Honoré Daumet. Tous deux posèrent pied sur le site d’Aigai sans se douter des trésors qu’il recelait. Mais il faut attendre les années 1950 pour que la Macédoine devienne l’objet d’opérations archéologiques d’envergure. En 1954, les archéologues découvrent l’une des plus importantes tombes macédoniennes à Lefkadia (antique Miéza), puis, dix ans plus tard, à Dion, cité sacrée des Macédoniens, ils exhument un théâtre, des remparts, thermes et sanctuaires. L’année 1980 est marquée par l’invention de la nécropole de Sindos (VIe-Ve siècle avant notre ère), située à proximité de Thessalonique, dont l’exceptionnel matériel funéraire témoigne des échanges avec la Grèce du Sud et l’Ionie. Quelques années plus tard, en 1987, les archéologues découvrent dans « l’îlot des Reines » de la nécropole royale d’Aigai une tombe qui pourrait être celle d’Eurydice, grand-mère d’Alexandre. Plus récemment, en 2008, ils dégagent la sépulture d’un jeune défunt qui pourrait être Héraclès, fils d’Alexandre et de Barsine, assassiné par Cassandre, futur roi de Macédoine.

Parcours mixte
C’est par l’évocation de ces découvertes archéologiques fondamentales et l’exposition de quelques morceaux choisis que s’ouvre la nouvelle exposition du Louvre. « À la lumière de ces avancées […], nous avons souhaité présenter l’évolution de la Macédoine depuis l’âge du bronze récent jusqu’au début du IVe siècle après J.-C. », expliquent les quatre membres du commissariat franco-grec d’« Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique » : Sophie Descamps, conservatrice au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines au Louvre ; Lillian Acheilara, directrice de la 16e Ephorie des Antiquités préhistoriques et classiques ; Polyxéni Adam-Véléni, directrice du Musée archéologique de Thessalonique ; et Maria Lilimpaki-Akamati, Ephore honoraire des Antiquités. À cet effet, ils ont construit un parcours chrono-thématique qui démarre avec la formation du royaume de Macédoine, de la deuxième moitié du IIe millénaire au VIe siècle avant notre ère. Il se poursuit avec la mise en place de la royauté, d’Alexandre Ier (498-454 av. notre ère) à Alexandre le Grand (356-323), avant de présenter une approche plus thématique à travers la vie quotidienne, la religion et la production artistique macédonienne. Parmi les pièces qui ne manqueront pas de susciter admiration et fascination : les impressionnants casques en bronze orné de feuilles d’or (dont la plupart sont exposés pour la première fois) qui recouvraient le visage des défunts guerriers, dont un exemplaire, daté vers 520 avant notre ère, a été choisi comme effigie de l’exposition. Au total, quelque 500 pièces ont été sélectionnées afin de relater les différents épisodes d’une histoire complexe, marquée par la grande expédition militaire menée par Alexandre le Grand en Orient. Cette opération de conquête s’était doublée d’une véritable mission scientifique d’exploration du monde antique avec une équipe d’historiens et géographes chargés de collecter et d’étudier les traditions des peuples rencontrés, comme le montrent les vestiges ici réunis.

Beauté et savoir
Les scénographes ont su présenter les pièces de manière dynamique, sans artefacts inutiles et en valorisant l’aspect scientifique du propos, fort bien servi par des cartels clairs et concis. Pour évoquer le palais d’Aigai, vaste édifice de 12 500 m2 édifié par Philippe II au IVe siècle avant notre ère, ils ont ainsi conçu un décor en trompe l’œil d’après la perspective d’un dessin réalisé par Honoré Daumet, avant d’y intégrer des éléments architecturaux conservés au Louvre, probablement envoyés au musée à la fin de la campagne de 1861.

Les pièces des époques classiques et hellénistiques font preuve quant à elles d’un grand éclectisme : objets du quotidien retrouvés dans les différentes maisons fouillées, statuaire, terres cuites, céramiques, verres, ivoires, pièces d’orfèvrerie témoignant de la diversité de la production artistique et soulignant une grande variété de cultes. En 168 avant notre ère, la Macédoine devient une province romaine. Elle demeure une puissance militaire de premier plan, qui, à la fin du Ier siècle avant notre ère, perd de sa superbe pour devenir une province paisible connaissant ponctuellement des soubresauts historiques. Entre mythes et réalité, la figure d’Alexandre conclut ce parcours brillant qui allie beauté et savoir.

Dans l'intimité de Pompéi

4 août 79 : la vie s’arrête à Pompéi ; la ville est tout entière figée dans la cendre après l’éruption du Vésuve. Depuis le XVIIIe siècle, le site fait l’objet de fouilles, révélant aux archéologues et chercheurs les vestiges de la cité et de ses habitants littéralement statufiés dans leur quotidien. C’est cette cité que la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, à Paris, évoque aujourd’hui à travers des prêts inédits sortis des réserves archéologiques de Pompéi par l’entremise de Patrizia Nitti. Actuellement directrice artistique de la fondation, elle avait assuré de 1986 à 1990 la direction des « Panatenne Pompeiane », mission destinée à valoriser le territoire du Vésuve. Le scénographe Hubert Le Gall a su tirer profit de ce lieu d’exposition peu commode pour restituer au public, vingt siècles après la tragédie, l’intimité d’une domus romaine et le mode de vie raffiné de ses résidants. Les cratères pour mélanger le vin à l’eau, ustensiles pour chauffer les liquides, bassins pour les ablutions ou apophoreta, ces petites statuettes de bronze et d’ivoire distribuées aux convives, évoquent les banquets qui s’y tenaient tandis que les figures sculptées des Lares, divinités de la santé et du bien-être de la maison, de Mercure ou de l’Isis-Fortune illustrent les nombreux cultes rendus au sein de la sphère privée. Miroirs, bijoux, peignes et autres éléments cosmétiques attestent du soin porté par les femmes à leur toilettes. Les mosaïques et fragments de fresques recomposées sont les précieux témoignages de la beauté des décors intérieurs et extérieurs de la demeure pompéienne. Ainsi de ce fragment peint figurant un oiseau au plumage multicolore posé sur une barrière qui ornait une paroi du jardin ou de la fontaine en mosaïque. La manifestation offre l’occasion, enfin, de rappeler le caractère unique de ce site d’une extrême fragilité, victime des coupes budgétaires drastiques opérées par l’État italien dans le budget alloué au patrimoine.

« Pompéi, un art de vivre », jusqu’au 12 février 2012, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, 75007 Paris, tél. 01 42 22 59 58, www.museemaillol.com, tlj 10h30-19h et 21h30 le vendredi. Catalogue, éd. Gallimard, 220 p., 39 euros.

À lire aussi : Eva Cantarella et Luciana Jacobelli, Pompéi. Un art de vivre, éd. de l’Imprimerie nationale, 232 p., 59 euros / Robert Étienne, Pompéi. La Cité ensevelie, éd. Gallimard (coll. « Découvertes »), 216 p., 14,60 euros.


AU ROYAUME D’ALEXANDRE LE GRAND

Jusqu’au 16 janvier 2012, Musée du Louvre, rue de Rivoli, 75001 Paris, tél. 01 40 20 55 00, www.louvre.fr, tlj sauf mardi et 1er janvier, 9h-18h et 21h45 mercredi et vendredi. Catalogue, coéd. Musée du Louvre/Somogy, 720 p., 49 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°355 du 21 octobre 2011, avec le titre suivant : Sur les terres d’Alexandre le Grand

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