Stephen Deuchar : La Tate Britain revisite cinq siècles d’art britannique

Millbank, premier volet d’un réaménagement en deux temps, en attendant l’ouverture de la Tate Modern

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 3 mars 2000

L’ouverture de la Tate Britain, le 24 mars, concrétisera le démantèlement de la collection de la Tate conçu par son directeur, Sir Nicholas Serota. Désormais consacré à l’art britannique, le site de Millbank, encore en chantier, montre son nouveau visage, quelques mois avant l’ouverture du site de Bankside dédié au XXe siècle et à l’art contemporain. Présentation d’un accrochage repensé et entretien avec le directeur de la Tate Britain, Stephen Deuchar.

LONDRES (de notre correspondant) - L’ouverture de la Tate Britain dans les murs du bâtiment londonien de Millbank, occupé par la Tate Gallery depuis plus d’un siècle, offrira une présentation inédite de cinq siècles d’art britannique. Décrochée pour être transférée à la Tate Modern de Bankside, la collection anglaise se déploie maintenant dans tout l’édifice, à l’exception du North West Quadrant où des travaux de réaménagement – d’un coût 32 millions de livres sterling (320 millions de francs) – sont en cours pour achever la construction d’une nouvelle entrée sur Atterbury Street, de salles en sous-sol accueillant les expositions temporaires, et la rénovation des galeries existantes. De plus, pour la première fois de son existence, la Tate a opté pour un accrochage thématique. Sous le titre de “RePresenting Britain”, quatre thèmes divisent maintenant les collections : “Public and Private” (public et privé) traitent des scènes d’intérieur, du portrait ou de la vie urbaine ; “Literature and Fantasy” (littérature et imagination) croise les chimères de Blake et le rapport à l’écrit ; “Home and Abroad” (ici et là-bas) mêle le paysage et les scènes de guerre, et “Artists and models” (artistes et modèles) explore le nu ou le motif. Gainsborough, William Blake, Ben Nicholson et David Hockney seront respectivement mis à l’honneur dans ces sections par une présentation monographique. Directeur du “nouveau musée”, Stephen Deuchar revient sur ces choix.

Pourquoi inaugurer la Tate Britain cette année, alors que les travaux ne seront achevés qu’en 2001 ?
Attendre 2001 pour inaugurer la Tate Britain, après l’ouverture de l’extension de la Tate Modern à Bankside, n’aurait pu que nuire à l’identité de Millbank. Nous lançons donc la Tate Britain avant même que les travaux du nouveau bâtiment soient terminés.

Cette année, Millbank se consacre aux expositions thématiques. Pourquoi cette approche inhabituelle ?
Nous avons imaginé une série de galeries thématiques afin d’apporter un nouvel éclairage sur des œuvres connues. Sans prétention, ces thèmes servent uniquement à regrouper des œuvres partageant les mêmes sujets et la même idée de la vie en Grande-Bretagne au fil des siècles. À l’origine, nous avions décidé de séparer la collection en deux parties : l’une jusqu’au XIXe siècle, l’autre pour le XXe. Mais les conservateurs ont décidé de dépasser l’accrochage chronologique traditionnel. Ils ont apprécié ce défi, faisant preuve de beaucoup d’imagination pour outrepasser les conventions. Évidemment, cet abandon de l’histoire de l’art traditionnelle pourra être critiqué. L’évolution du style est peut-être plus difficile à percevoir ; on ne peut plus approcher les artistes en les comparant à leurs contemporains. Mais c’est une autre façon d’appréhender l’art et la Grande-Bretagne. Après tout, cet accrochage ne durera qu’un an au plus. Et nous sommes heureux de présenter la collection d’une manière vraiment inédite.

Comment avez-vous rassemblé des œuvres provenant de siècles différents ?
Ce fut très difficile, car il n’est pas question d’appliquer les critères esthétiques auxquels nous sommes habitués. Des images qui, a priori, n’ont rien à faire ensemble, sont regroupées et le visiteur est amené à faire plus attention aux différences qu’aux similitudes.

Avec l’ouverture de Bankside, la Tate Britain semble délaisser quelque peu l’art contemporain.
Pas du tout. “New British Art 2000” sera le plus grand événement consacré à l’art contemporain jamais présenté à la Tate. Cette manifestation, sur le thème de l’intelligence, inaugurera une série d’expositions qui se suivront au rythme d’une tous les trois ans. Son vernissage aura lieu juste après celui de Bankside et sera une excellente manière de signifier la continuité de notre engagement pour l’art contemporain. Les expositions du Turner Prize, d’octobre à janvier, se tiendront toujours à Millbank.

Quel rôle Nicholas Serota, directeur de la Tate Gallery, a-t-il joué dans le réaménagement de la Tate Britain ?
Il a su nous donner des orientations. Nicholas est un passionné d’expositions, et son rôle dans “Collecting British Art” (23 mars-28 mai), la présentation des acquisitions de la Tate au cours des dix dernières années, a été capital.

Une programmation panthéon

Pour son ouverture, la Tate Britain semble avoir mis un point d’honneur à célébrer ses héros : "Ruskin, Turner et les Préraphaélites" (9 mars-28 mai) marquera le centenaire de la mort de John Ruskin, théoricien social et artistique de l’Angleterre du XIXe siècle, en regroupant autour du champion de la modernité les œuvres de ses contemporains, et une autre gloire nationale, le romantique William Blake occupera les cimaises (9 novembre-11 février 2001). La création contemporaine sera également présente avec "New British Art 2000", une sélection de 21 jeunes artistes, (6 juillet-24 septembre). Auparavant, Mona Hatoum (24 mars-3 juillet) aura exposé ses gigantesques ustensiles de cuisine, série de sculptures spécialement conçue pour la Tate Gallery.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°100 du 3 mars 2000, avec le titre suivant : Stephen Deuchar : La Tate Britain revisite cinq siècles d’art britannique

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