Vendredi 20 septembre 2019

Spécial Fiac 2010 - Révisez vos classiques

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 28 septembre 2010 - 2035 mots

On l’oublie un peu vite, mais au moins deux générations de créateurs se sont succédé depuis les années 1950, qui marquent traditionnellement les débuts de l’art contemporain. C’est largement suffisant pour que le tamis du temps ne laisse passer que les « contemporains-classiques ». Aux côtés des grands anciens, dont on peut mesurer l’importance aux rétrospectives qui leur sont dédiées (Caro, Arman, Villeglé, Serra, Soulages, Bourgeois...), cohabitent les talents confirmés (Boltanski, Richter, Cognée...), même si les stars tapageuses (Koons, Murakami, Hirst...) font une timide apparition.

Daniel Templon (Paris)
Grand Palais - Comme à son habitude, Daniel Templon aménage son stand en une exposition collective offrant un large panel de ses artistes, montrant aussi bien les confirmés (Caro, Cognée, Fabre, Longo…) que les émergents, comme la jeune peintre allemande très prometteuse Oda Jaune. Sont aussi exposées pour l’occasion des pièces récentes jamais montrées jusqu’alors : une sculpture en néons du Chilien Navarro, un Pinocchio en bronze de l’Américain Jim Dine ainsi qu’une peinture sur le thème de Faust par « l’intranquille » Gérard Garouste.

Georges-Philippe et Nathalie Vallois (Paris)
Grand Palais - La rétrospective Arman au Centre Pompidou donne à la galerie Vallois [lire p. 20] l’occasion de montrer une œuvre monumentale de l’artiste, La Chute des courses, une accumulation de chariots de supermarché qu’il réalisa en 1996. Jacques de la Villeglé, exposé au même moment à la galerie pour l’anniversaire du Nouveau Réalisme (une des spécialités de la galerie), lui tiendra tête, épaulé par un Gilles Barbier très en forme avec une œuvre-mystère et un Alain Bublex baroudeur, de retour d’une expédition à travers la Sibérie !

Almine Rech Gallery (Paris, Bruxelles)
Grand Palais - De nouveaux venus font partie cette année de la sélection de la galerie aux côtés d’Ugo Rondinone, Ida Tursic et Wilfried Mille, Aaron Young et, notamment, Teresita Fernández. Représentante de la scène américaine, elle a construit sa réputation sur des installations « ambientales » manœuvrant illusions d’optique et jeux cinématographiques. Du grand spectacle allié à une réflexion puissante sur les enjeux de la réalité qui devra négocier l’espace du stand avec Peter Peri ou encore Patrick Hill, eux aussi fraîchement intégrés à l’équipe.

Gagosian Gallery (London, Beverly Hills, New York, Paris)
Grand Palais - Larry Gagosian, le marchand roi de Manhattan qui ouvre fin octobre une galerie parisienne dans le revigoré quartier Matignon, semble, une fois encore, miser sur un « cheptel » international de valeurs sûres. Apparemment, les poids lourds seront là, tant américains (Richard Prince, Richard Serra, Cy Twombly) qu’européens (Piotr Uklanski et Franz West).

Di Meo (Paris)
Grand Palais - Partageant leur espace avec la galerie Tega de Milan, les Di Meo proposent une exposition thématique sur les artistes italiens de renommée internationale. Morandi, De Chirico, Fontana, Rotella : autant de grands noms de l’art moderne et contemporain invités à partager les cimaises du stand avec des plasticiens transalpins actuels. Et lorsqu’on connaît les peintures aériennes de Piero Pizzi Cannella ou les œuvres en pain fort attractives de David Reimondo, on imagine aisément que le dialogue entre les générations va s’avérer passionnant.

Ditesheim (Neuchâtel)
Grand Palais - Sous le titre « Du dessin au tableau, work in progress », la galerie suisse choisit de présenter un solo-show de l’artiste français François Rouan, né en 1943 à Montpellier. Aux côtés d’œuvres plus anciennes, dont une superbe Villa des Mystères (1976), on trouve des œuvres de ces dernières années qui, en mixant tressages et collages sur papier, explicitent le processus créatif. Du dessin pour arriver à la toile : voilà le sentier à parcourir pour deviner comment l’artiste parvient à « faire tenir dans le tableau une expérience irréductible et singulière ».

Jeanne-Bucher et Jaeger Bucher (Paris)
Grand Palais - Fidèles à leur volonté de croiser les cultures orientales et occidentales, les deux galeries présentent dans un grand espace commun une sélection d’œuvres importantes de l’Américain Mark Tobey (1890-1976). Ce peintre profondément imprégné de calligraphie orientale est invité à dialoguer avec un panaché maison de plasticiens épris, eux aussi, de philosophie zen (Fabienne Verdier, Pat Steir, etc.). Dans ce dialogue ouvert autour de la ligne aventureuse, les figures historiques de la galerie (Bissière, Vieira da Silva, Dubuffet…) sont également de la fête.

Applicat-Prazan (Paris)
Grand Palais - Fort de l’inauguration toute récente d’une deuxième galerie avenue Matignon (VIIIe), Franck Prazan présente, après Atlan en 2008 et Soulages en 2009, une exposition personnelle du peintre français Jean-Pierre Pincemin (1944-2005). Accrochées dans un cadre certes classique mais offrant une réelle intimité avec les œuvres, quinze peintures inédites font découvrir la période charnière (1976-1989) de cet artiste libre, à mi-chemin ici des abstractions Supports/Surfaces et de la richesse chromatique de ses sculptures monumentales des années 1980.

Continua (San Gimignano, Pékin, Boissy-le-Châtel)
Grand Palais - Créée en 1990 à San Gimignano, la Galleria Continua a ouvert en 2004 un deuxième espace à Pékin puis un troisième il y a quatre ans à l’est de Paris, dans un moulin à Boissy-le-Châtel. De Daniel Buren à Pascale Marthine Tayou, l’ensemble des œuvres réunies à la Fiac compte parmi d’autres des noms aussi prestigieux que Subodh Gupta, Mona Hatoum, Anish Kapoor et Michelangelo Pistoletto. C’est dire si son enseigne est forte d’une dimension dynamique et prospective. Une dynamique que la galerie italienne s’applique à partager en invitant au moulin certains de ses confrères au moment de la Fiac.

Paula Cooper (New York)
Grand Palais - Première galerie de Céleste Boursier-Mougenot – repéré à New York bien avant de l’être à Paris –, la New-Yorkaise Paula Cooper n’a pourtant pas choisi de célébrer cette clairvoyance à l’heure du choix du prix Duchamp. Elle rebondit plutôt sur la présence de Walid Raad au Festival d’automne et en résidence au 104 en exposant ses nouveaux tirages. Christian Marclay, Yayoi Kusama et Sol LeWitt (ces deux derniers avec des pièces historiques de 1961 et 1972) complètent cette sélection de haut vol.

Yvon Lambert (Paris, New York)
Grand Palais - Nouveau venu chez Yvon Lambert, Roman Opalka vient d’y exposer en doublé à Paris et à New York. À la Fiac, son œuvre est le temps majeur du stand de la galerie parisienne. Depuis quarante-cinq ans, l’artiste, qui s’est engagé dans un projet d’œuvre en direction de l’infini en peignant l’ensemble des nombres entiers naturels, n’a de cesse aussi de figer son visage au rythme du temps de la peinture. Un tableau, quelques photos, tout est dit. Bertrand Lavier, Carl Andre, Candida Höfer et quelques autres tiennent compagnie au peintre, composant un tout d’une grande rigueur.

Luhring Augustine Gallery (New York)
Grand Palais - À la galerie new-yorkaise, on se dit ravi de s’installer sous la verrière du Grand Palais, de consolider les relations avec des collectionneurs français et belges ferrés l’an dernier. La sélection drastique du comité est également fort appréciée. Les photos noir et blanc de Daido Moriyama constituent le point nodal d’une exposition rassemblant les œuvres du sulfureux Larry Clark (exposé au même moment au musée d’Art moderne de la Ville de Paris), mais aussi de Christopher Wool et Johannes Kahrs.

Micheline Szwajcer (Anvers)
Grand Palais - Parmi les artistes choisis par la galeriste anversoise pour s’installer dans les 44 m2 du stand, des poids lourds du marché comme Ann-Veronica Janssens, Liam Gillick et Heimo Zobernig, il y a un intrus : Koenraad Dedobbeleer. Depuis longtemps repéré par le Frac Bourgogne, il reste relativement inconnu du public français. Il dérobe toujours ses matériaux au réel pour produire des associations hybrides. Ses sculptures finissent dans une abstraction dure et conceptuelle, à découvrir avec trois spécimens exemplaires.

Kurimanzutto (Mexique)
Grand Palais - On l’entend dire partout : Mexico est « la » ville qui monte dans le circuit de l’art contemporain grâce a une scène très active, des collectionneurs de bon goût et de nombreuses galeries. Kurimanzutto fait partie du phénomène avec l’une des meilleures sélections d’artistes : Gabriel Orozco (invité au Centre Pompidou), Allora & Calzadilla, Damian Ortega, Minerva Cuevas, Gabriel Kuri, entre autres, pour l’identité sud-américaine, Jimmie Durham, Monika Sosnowska ou Rirkrit Tiravanija pour l’international. Du très haut niveau.

Marian Goodman (Paris, New York)
Grand Palais - Marian Goodman, dans la lignée limpide de ses accrochages façon white cube, propose un assortiment maison de ses artistes, profitant pour certains d’une actualité récente les concernant. Ainsi, aux côtés d’artistes célèbres comme Christian Boltanski, Tony Cragg et Gerhard Richter, seront données à voir des pièces de William Kentridge, exposé tout l’été en France dans des cadres prestigieux (Louvre, Jeu de paume), et de Pierre Huyghe, bénéficiant à partir du 23 octobre 2010 d’une exposition personnelle à la galerie parisienne, rue du Temple.

Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg)
Grand Palais - Installée à Paris depuis vingt ans dans le Marais, la galerie Ropac compte parmi les plus importantes de la scène parisienne. Sa programmation offre à voir les plus grands noms de l’art contemporain. Parmi ceux-ci, on remarque sur le stand une surprenante sculpture d’Antony ­Gormley, au modèle de son corps, tout en boules de fer forgé, et un grand portrait peint lumineux d’Alex Katz, célébré l’an passé dans une magnifique exposition au musée de Grenoble. À leurs côtés, Georg Baselitz, Erwin Wurm et Sylvie Fleury, entre autres, y font très bonne figure.

Jérôme de Noirmont (Paris)
Grand Palais - Contrairement à l’édition précédente où Jérôme de Noirmont avait fait une proposition collective autour du désir, il n’y a pas de thème cette année, le galeriste préférant privilégier un classique medley de pièces importantes de valeurs assurées (Belin, Condo, Haring, Mach, Penck…). Voisinant avec un God de George Condo des plus kitsch, on peut découvrir également de l’inédit (des photographies signées Pierre & Gilles et Shirin Neshat) ainsi que des verres de Fabrice Hyber, combinant art et science, créés spécialement pour l’occasion.

Rodolphe Janssen (Bruxelles)
Grand Palais - Peintures, sculptures, photos et xylographies sont au programme de la réunion d’œuvres que Rodolphe Janssen a choisi de présenter au public parisien. Une sélection très éclectique de quelques-uns des artistes avec lesquels il travaille. Partagé entre compositions abstraites (Walead Beshty, David Ratcliff), figures fragmentées du corps (Kendell Geers, Thomas Lerooy) et des gravures construites légères et poétiques (Gert & Uwe Tobias), son stand fait fi des vents coulis à la mode au bénéfice d’œuvres singulières.

Lelong (New York, Zürich, Paris)
Grand Palais - Bonne nouvelle ! Barthélémy Toguo intègre l’équipe de la galerie de la rue de Téhéran et se retrouve ainsi aux côtés d’aînés comme Alechinsky, Voss, Kounellis et Rebecca Horn et d’artistes de même génération comme Plensa, Nalini Malani et Kiki Smith. Ses grands dessins à l’encre et à l’aquarelle montrent le profil de figures aux allures de sorcières qui multiplient têtes et mains dans des gesticulations cérémonielles. Quelque chose d’un corps souffrant y est à l’œuvre qui leur confère une dimension universelle.

Zwirner Gallery (New York)
Grand Palais - La venue de la galerie Zwirner (mastodonte new-yorkais aux espaces énormes à Chelsea) est un événement et atteste du niveau international atteint par la foire. C’est le seul artiste français de son écurie, Adel Abdessemed, qui est exposé pour l’occasion, et cela avec pléthore de nouvelles productions. La galerie ne prend donc pas sa présence à Paris à la légère : mappemonde colossale en cannettes usagées, chapeau de cow-boy en fil barbelé, collection de masques de lucha libre (ou lutte mexicaine), les œuvres s’annoncent coup-de-poing. „ Adel Abdessemed, Saturday, 2008, impression jet d’encre, édition de 6, courtesy galerie David Zwirner, New York.

Karsten Greve (Paris, Cologne, Saint-Moritz)
Grand Palais - Karsten Greve, en panachant une vingtaine d’artistes internationaux, orchestre un chassé-croisé de générations à la hauteur des forces en présence. De jeunes plasticiennes contemporaines, dont l’Écossaise Georgia Russell et la Londonienne Claire Morgan aux œuvres animalières des plus raffinées, côtoient des noms illustres : Joseph Beuys, Louise Bourgeois, John Chamberlain, Jean Dubuffet, Lucio Fontana, Jannis Kounellis, Piero Manzoni ou Pierre Soulages. Bref, que du beau monde !

Fiac Grand Palais et Cour Carrée

Fiac/Grand Palais
Du 21 au 24 octobre. Avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe. Métro : Champs-Élysées-Clemenceau. Horaires : de 12 h à 20 h.
www.fiac.com

Fiac/Cour Carrée du Louvre
Du 21 au 24 octobre. Rue de Rivoli, Paris Ier. Métro : Palais-Royal-Musée du Louvre. Horaires : de 12 h à 21 h.

Tarifs : 28 € et 15 €. Forfait entrée catalogue, 50 euros (catalogue seul : 35 euros). Laissez-passer 4 jours : 50 euros.
www.fiac.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°628 du 1 octobre 2010, avec le titre suivant : Spécial Fiac 2010 - Révisez vos classiques

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