Sonia Rykiel

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 15 décembre 2008 - 571 mots

Longue panthère noire auréolée d’une crinière rousse, Sonia Rykiel nous reçoit à Saint-Germain-des-Prés dans son bel appartement aux allures de boudoir. Laqués de bleu marine, les murs sont tapissés de portraits de cette grande dame de la haute couture qui bouleversa, il y a tout juste quarante ans, les us de la mode et l’allure des femmes.

« Presque par hasard »
Élevée dans une famille juive d’origine slave éclairée et traditionnelle tout à la fois (son enfance a des accents de « Cerisaie tchékhovienne », mais avant la chute   !), la créatrice avoue, non sans une pointe d’amusement « un parcours assez anachronique ». « Chez moi, on parlait de politique, d’architecture, de théâtre, mais jamais de mode. Petite, je n’aimais pas les vêtements », résume-t-elle, laconique.
C’est donc « presque par hasard » que la jeune Sonia, tout juste mariée avec Sam qui possède une boutique de prêt-à-porter baptisée Laura, « tombe dans la mode » à l’aube des années 1960 en créant pour elle-même un petit pull-over…
On connaît la suite  : le succès foudroyant de ce « poor boy sweater » qui fera la couverture du magazine Elle et adoubera d’emblée Sonia Rykiel en « reine du tricot »  ! « J’ai joué, j’avais 20 ans », se rappelle la créatrice, qui élabore pourtant, peu à peu, l’alphabet personnel qui deviendra sa signature : apologie du noir et des rayures, coutures à l’envers, absence d’ourlets et de doublures, et surtout cette maille qui épouse le corps des femmes pour mieux l’exalter. Enceinte de sa fille Nathalie, Sonia n’hésite pas ainsi à mouler ses formes voluptueuses qui clament son bonheur d’être mère. « Mes robes étaient très larges, comme si j’attendais tous les bébés du monde », se souvient-elle avec émotion.

Des robes comme des Giacometti
Mais l’histoire de la maison Sonia Rykiel commence véritablement en 1968 avec l’ouverture de sa première boutique, rue de Grenelle. Déjà les livres se faufilent dans les vitrines et disent son amour profond, viscéral, pour la littérature. Car celle qui habille la femme rive gauche (intellectuelles, artistes, comédiennes, elles sont nombreuses à avoir adopté son style décontracté et vamp tout à la fois) vit entourée d’éditeurs et d’écrivains. Ses amis ont pour nom Antoinette Fouque, Hélène Cixous, Madeleine Chapsal… Sonia, elle-même, plonge dans l’écriture et publie en 1976, grâce à l’insistance bienveillante de Françoise Verny, son premier livre joliment baptisé Et je la voudrais nue. Un joyeux pied de nez, si l’on songe à son activité primordiale   !
Mais Sonia est avant tout femme libre, qui s’affranchit des a priori et des paradoxes. Si elle se nourrit au contact des expositions et des artistes (« Je viens d’aller voir Picasso, j’y ai trouvé des idées de couleurs »), si elle avoue plus que tout son amour pour la sculpture (« Je fais mes robes comme des Giacometti, j’aime beaucoup travailler dans l’ombre »), la créatrice est devenue, à son tour, muse et source d’inspiration. D’Andy Wharhol (qui fit son portrait en 1986) à Dominique Issermann, qui met « en clichés » son univers, ses amis artistes l’ont bel et bien hissée au rang d’icône…

Biographie

1930
Naissance à Paris.

1968
Première boutique.

1978
Premier parfum.

1987
Naissance de la collection enfant.

1990
Ligne homme.

1991
La marque se lance dans la cosmétique.

2001
La marque reçoit le « Fashion Award ».

2008
Sonia Rykiel affiche son soutien à Obama à travers ses créations.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°609 du 1 janvier 2009, avec le titre suivant : Sonia Rykiel

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