Dimanche 19 janvier 2020

Serge Nicole : La longue reconnaissance des métiers d’art

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 18 avril 2016 - 632 mots

L’Œil Une série de textes législatifs est en train de réformer le statut des métiers d’art, quel est l’impact concret sur le secteur ?
Serge Nicole
La cascade d’évolutions législatives que nous connaissons actuellement est très importante. Elle est le symptôme de changements profonds dans la société. Ces évolutions viennent de loin car la revendication des professionnels pour la reconnaissance de la dimension artistique des métiers remonte à quarante ans. Ce sont des changements qui se font par étapes, à travers un ensemble de textes législatifs coordonnés. Il y a d’abord eu la loi ACTPE du 18 juin 2014 (loi Artisanat, commerce et très petites entreprises). Une loi ancrée dans l’artisanat qui reconnaît que les métiers d’art sont un secteur économique, et non une notion marketing. C’est un énorme changement car cela confère un statut juridique, fiscal et social adapté aux réalités de notre secteur. Avant, les métiers d’art étaient affectés à la chambre de métiers sans dimension artistique, nous étions considérés comme des ateliers de savoir-faire et non de création. De longue date, la revendication principale de notre branche était justement la reconnaissance de la dimension artistique. Elle vient d’être inscrite dans la loi et c’est une formidable victoire. C’est quelque chose dont toute la société française peut être fière parce que nous sommes le seul pays au monde à avoir cela, à considérer les métiers d’art comme un secteur économique. Or, aujourd’hui où les secteurs de la création sont un enjeu mondial, c’est un facteur de développement pour notre branche mais aussi pour le pays tout entier parce que les métiers d’art sont une part de l’attractivité de la France.

Outre la reconnaissance artistique, dans quelle mesure ces textes valorisent-ils le secteur ?

La loi reconnaît que les métiers d’art sont au-delà de l’artisanat et non pas un morceau de l’artisanat. Qu’il s’agit d’un secteur économique à part entière qui a une dimension artistique, artisanale et manufacturière. Le second amendement à la loi Liberté de création, architecture et patrimoine que nous avons obtenu en mars est très important car il indique que la liste des métiers d’art ne préjuge pas de la façon d’exercer, donc du statut professionnel. On peut exercer un métier d’art en étant artisan, à titre indépendant, artiste-auteur ou bien salarié d’une manufacture. C’est fondamental car auparavant nous n’étions pas reconnus dans notre singularité comme créateurs en chambre de métiers et clandestins en maison des artistes.
La reconnaissance en tant que branche professionnelle va nous permettre de structurer le secteur. Cela veut dire que nous allons enfin avoir des codes d’activité économique, une convention collective des métiers d’art, une représentation syndicale officiellement reconnue et une filière de formation. Bref tout ce qui nous manque.

Pourquoi cette pleine reconnaissance a-t-elle été aussi longue ?
La société industrielle a entrepris la division du travail, les métiers d’art non. Ils ont voulu conserver un modèle qui est de réaliser l’intégralité de l’objet. Or dès le début du XXe siècle la conception a été nettement plus valorisée que la réalisation. Ce mouvement a occulté ceux qui réalisaient. Ces dernières années, on assiste à une évolution des mentalités. Les métiers d’art et ce qu’ils représentent ; l’identité territoriale, l’ancrage dans une culture et le rapport à la matière et à l’acte créateur, ce sont des valeurs profondément rayonnantes. La mondialisation et la virtualisation de la société nous ont rendus tendance.

Les métiers d’art
s’exercent dans le champ de la création ainsi que de la reconstitution, de la réparation et de la restauration
du patrimoine.

281
C’est le nombre de métiers qui figurent sur la liste des métiers d’art, il s’agit autant d’artisans d’art, d’artistes de la matière que de manufactures d’art.

8 milliards d’euros
D’après les estimations de Bercy, c’est le chiffre d’affaires généré par les 38 000 entreprises de métiers d’art en France.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°690 du 1 mai 2016, avec le titre suivant : Serge Nicole : La longue reconnaissance des métiers d’art

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