Scènes de famille chez les Thyssen

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 22 février 2008

Une bataille juridique opposant plusieurs membres de la famille Thyssen pourrait menacer la collection, vendue en 1993 à l’État espagnol, et aujourd’hui présentée au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid et au monastère de Pedralbes, à Barcelone.

LONDRES (de notre correspondant) - L’art et les affaires ont toujours été inextricablement liés dans l’histoire des Thyssen. En 1993, le baron Hans Heinrich Thyssen-Bornemisza a vendu 775 tableaux à l’Espagne au prix de 350 millions de dollars (lire le JdA n° 78, le 5 mars 1999), soit nettement en deçà de leur valeur réelle : un milliard de dollars. Les 350 millions de dollars ont été investis dans le Thyssen-Bornemisza Collections Trust, enregistré aux Bermudes, qui s’est également vu attribuer la propriété des œuvres d’art restantes, soit 500 tableaux ainsi que des sculptures, des bijoux et des céramiques, le tout estimé 400 millions de dollars. L’arrangement familial prévoyait également de répartir les parts des héritiers dans les deux holdings – le Continuity Trust et le Collections Trust –, son fils aîné Georg bénéficiant d’une part plus importante des bénéfices générés par les entreprises du groupe. Les autres héritiers se sont vu attribuer une partie des profits générés par les activités relatives à l’art.

Aujourd’hui, le baron, âgé de 79 ans, intente un procès à Georg, afin de reprendre le contrôle des bénéfices générés par le groupe Thyssen-Bornemisza. En représailles, si le baron gagnait le procès, Georg et les autres héritiers pourraient essayer d’annuler la vente des tableaux à l’Espagne. Le procès, en cours aux Bermudes, constitue une occasion exceptionnelle pour mieux comprendre les arrangements effectués par le collectionneur d’art le plus riche du monde.

Par un accord conclu en 1983, le baron a transféré la propriété de son empire financier, le groupe Thyssen-Bornemisza, à Continuity Trust, société enregistrée aux Bermudes qui pèse à présent plus de 2 milliards de dollars. De son vivant, le baron reste l’ayant droit et perçoit 30% des bénéfices annuels. Enregistrée à Guernesey, la société Tornabuoni veille aux intérêts. En 1983, le baron, alors en très bons termes avec son fils Georg, le nomme président de Tornabuoni et directeur général du groupe Thyssen-Bornemisza, avant que leurs relations ne se gâtent en 1995. Le baron accuse aujourd’hui Georg de comportement “immoral” et lui reproche de s’être approprié une partie de ses bénéfices. Selon lui, en comptant les intérêts, il s’agit d’une somme dépassant les 100 millions de dollars. Le porte-parole du baron a même déclaré que cette situation “pourrait l’empêcher de poursuivre ses activités de collectionneur d’art passionné”. Il demande à ce que les actifs du Continuity Trust soient transférés au Vlaminck Trust, dont l’unique ayant droit est sa cinquième épouse, la baronne Carmen “Tita” Cervera. Il aura fallu plus d’un an à ses avocats pour présenter ses griefs. Depuis janvier, ceux de Georg préparent la défense de leur client, mais l’affaire ne devrait pas être jugée avant l’année prochaine. D’ici là, les seuls frais engagés dans le procès par les deux parties devraient être supérieurs à 50 millions de dollars.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°122 du 2 mars 2001, avec le titre suivant : Scènes de famille chez les Thyssen

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