Dimanche 25 février 2018

architectes

SANAA, fragile et éphémère

L'ŒIL

Le 19 février 2008

SANAA - C’est le nom de l’agence commune à ces deux architectes qui représentaient le Japon l’été dernier à la Biennale de Venise (L’Œil n°519), Kazuyo Sejima, 45 ans et Ryue Nishizawa, 35 ans. Célébré en 1995, ce mariage de raison ne les empêche pas de développer dans le même lieu de Shinagawa à Tokyo des activités indépendantes. Auparavant, Kazuyo Sejima s’était déjà fait une réputation parce que femme (trait suffisamment rare dans la profession pour être remarquable) et parce qu’elle a longuement travaillé chez l’un des pères de l’architecture contemporaine japonaise, Toyo Ito (L’Œil n°515).

Dans les années 80, c’est elle qui était notamment à l’origine d’un de ses projets les plus poétiques sur la condition urbaine de la femme nomade à Tokyo. C’est un autre « projet de femme » qui lui confèrera une notoriété internationale : le dortoir pour femmes Saishunkan Seiyaku (1991). Toute l’essence de son architecture y est déjà présente : une sobriété spatiale expressive et perçue au Japon comme traditionnelle et contemporaine. Une adjonction cistercienne de pièces rectangulaires formant un bâtiment de facture industrielle, simple, léger, blanc, clinique, lumineux. A la fois très intimiste et très sociable, pudique comme le sont nombre de programmes japonais dédiés à la condition de personnes célibataires, handicapées ou âgées, à l’instar de ce qui est à la base de l’architecture d’un autre aîné, Riken Yamamoto (L’Œil n°509).

La dimension extravertie et foncièrement publique, qui ne pouvait s’exprimer dans la confidentialité de ce projet, se retrouvera dans cet autre programme caractéristique du Japon contemporain : le Pachinko. Dans le bâtiment Parlor II (1993), la transparence naît d’un jeu épais de façade où se stratifient feuillet de verre, lettres de vinyle adhésif et mur jaune sur lequel se dupliquent les romanji en ombre portée. C’est d’ailleurs cette translucidité fragile inimitable, cette invisibilité que développeront ensemble Sejima et Nishizawa.

Cette transparence a son histoire et ses raisons. Si Ryue appartient à ce qu’au Japon l’on nomme la « septième génération », Kazuyo appartient, par sa tranche d’âge, à la sixième. Elle fait donc partie de cette génération d’architectes qui ont vécu la fin de la « Bulle spéculative ». Le réveil des consciences et de l’économie de la construction passe donc au début des années 90 d’une période de surenchère stylistique à une sorte d’humilité éthique, jouant de sobriété et de matériaux pauvres : bois, plastiques, tôles perforées. D’un autre côté, culturel celui-là, il faut souligner que la quasi absence de délinquance et de vandalisme au Japon a favorisé l’essor de cette architecture fragile, faite de membranes plastiques. Mais il faut bien voir aussi l’adéquation de cette architecture éphémère avec la valeur exclusive du foncier et l’impératif de communication.

L’« image » de l’agence ne se vend que par les « images » de ses bâtiments neufs publiés de par le monde. L’architecture de SANAA tient précisément dans son image, pas dans son absence de durée de vie. Bien souvent, un bâtiment de Sejima et Nishizawa ne se visite pas au-delà d’une garantie décennale. Cette nipponité est observable aussi bien dans les logements à Gifu Kitagata (1998) que dans le magnifique projet du O-Museum (1999) en site historique. SANAA amorce désormais sa mondialisation avec sérénité, avec le chantier du Stadstheater à Almere (Pays-Bas) sur le plan urbain de Rem Koolhaas (L’Œil n°522) et la prochaine livraison du Musée d’Art contemporain à Sidney.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°525 du 1 avril 2001, avec le titre suivant : SANAA, fragile et éphémère

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