Vendredi 14 décembre 2018

Musée

Paris perd deux panneaux de Jean Dunand

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 10 septembre 2004 - 409 mots

Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris a dû les rendre cet été à leur propriétaire, la société maritime CMA-CGM.

PARIS - Les nostalgiques des paquebots gardent en mémoire les spectaculaires panneaux en laque de Jean Dunand (1877-1942), conçus pour le fumoir du Normandie sur le thème des « Jeux et des joies de l’humanité ». En 1960, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris avait obtenu le dépôt de deux panneaux par le propriétaire du navire, la Compagnie générale transatlantique (CGT). Ces œuvres représentant la Conquête du cheval et la Pêche n’ont pas été présentées souvent au public. Tout juste les avions-nous revus en 1997 lors de l’exposition « Les années 1930 en Europe 1929-1939 : le Temps menaçant ». Coup de tonnerre au printemps dernier, lorsque la société maritime CMA-CGM revendique soudain leur propriété. Elle a obtenu cet été gain de cause. En passant en revue les actifs « artistiques » de la CGT dont elle a hérités par un jeu de fusion-privatisation, l’entreprise avait déjà récupéré en 2002 la statue de Neptune de Carlo Sarrabezolles, érigée devant la gare maritime du Havre, et installée depuis à l’entrée de son siège marseillais. Vu la précipitation avec laquelle cette nouvelle affaire a été traitée, on peut se demander si la Ville de Paris a vraiment usé de son poids pour conserver les panneaux. « Les juristes ont étudié la question, mais il n’y avait pas eu de don explicite de la part de la CGT. Ils restaient donc propriété de la compagnie. Nous avions des arguments sensibles et moraux, mais on s’incline devant la loi », nous a expliqué un conservateur du musée. CMA-CGM récupère aussi les éléments métalliques d’accrochage, moyennant une obole de 15 000 euros à la Société des amis du Musée d’art moderne. La pilule est amère, d’autant que le musée avait complété l’ensemble en achetant en 1980 un troisième panneau dédié au Sport pour 140 000 francs chez Ader-Picard-Tajan. Le porte-parole de CMA-CGM nous a déclaré ignorer encore la destination future de ces œuvres. D’après les professionnels, l’éventualité d’une revente, du moins à un particulier, est improbable en raison des dimensions. Mais si d’aventure l’entreprise les met sur le marché, espérons que l’État saura les classer trésors nationaux et en interdire l’exportation. Ainsi avait-il procédé en 2000 avec d’autres panneaux plus modestes de Dunand que le collectionneur Laurent Negro avait achetés pour 1,5 million d’euros à la Biennale des antiquaires.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°198 du 10 septembre 2004, avec le titre suivant : Paris perd deux panneaux de Jean Dunand

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