Dimanche 24 octobre 2021

Restitutions

Opération transparence

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2014 - 526 mots

BERLIN / ALLEMAGNE

L’Allemagne crée une agence sur les biens spoliés qui regroupera les institutions existantes et coordonnera les travaux de chercheurs.

MAGDEBOURG - La fédération allemande, les Länder et les représentants des communes ont entériné à Essen le 10 octobre la création d’un « Centre allemand sur les biens spoliés ». « Il est tout simplement intolérable que près de soixante-dix ans après la victoire sur la terreur nazie, des œuvres spoliées par les nazis reposent encore dans les musées allemands », a déclaré la ministre de la Culture, Monika Grütters, qui avait fait de la création de ce centre son cheval de bataille depuis son entrée en fonction en décembre 2013.

Ce centre, qui aura le statut de « fondation », sera créé avant la fin de l’année. Il regroupera à Magdebourg des institutions déjà existantes, autour de la cellule de coordination qui gère la base de données « Lost Art », et de la « task-force » provisoire qui tente d’élucider la provenance de la collection Gurlitt. La chaire de recherche sur la provenance de la Fondation du patrimoine culturel de Prusse à Berlin sera ainsi transférée à Magdebourg, ce qui accentuera son indépendance, de même que la commission Limbach, qui tranche sur les demandes de restitution visant les institutions publiques. Le centre coordonnera également les travaux de chercheurs indépendants sur la provenance des œuvres, et leur attribuera des fonds spécifiques.

La fondation, qui comptera dans un premier temps vingt employés, sera le point de contact au niveau national et international pour tous les sujets concernant la mise en œuvre de la déclaration de Washington de 1998. Celle-ci prévoit une obligation de restitution des biens spoliés par les nazis pour les institutions publiques, les seules liées par cette déclaration. Mais les ressources du centre seront également mises à la disposition des collectionneurs ou des musées privés qui souhaiteraient se soumettre volontairement aux principes de la déclaration de Washington.

En quête du « butin de guerre » de la Russie
Vivement critiquée pour la gestion de l’affaire Gurlitt, l’Allemagne fait ainsi un geste significatif pour montrer sa volonté de surmonter le passé. Mais elle espère aussi que la réciproque sera vraie : le centre aura ainsi également pour fonction d’enquêter sur les biens allemands spoliés pendant et après la guerre, notamment par les soldats soviétiques. Une des priorités exprimées dans l’accord de coalition de l’actuel gouvernement est d’obtenir la restitution du « butin de guerre » qui se trouve toujours en Russie. Enfin, le centre sera en charge de la liste des biens tombant sous la protection du patrimoine culturel allemand. Ces biens sont frappés d’une interdiction de sortie du territoire allemand.

Le Centre allemand sur les biens spoliés sera principalement financé par la fédération. Il disposera pour l’année 2014 d’un budget de 4 millions d’euros issu directement du budget de la ministre de la Culture. La fédération allouera à partir de 2015 un budget de 6 millions d’euros pour la recherche sur la provenance. Les Länder, quant à eux, poursuivront le financement de la chaire de recherche sur la provenance et de la cellule de coordination de Magdebourg à hauteur de 608 000 euros par an.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°421 du 17 octobre 2014, avec le titre suivant : Opération transparence

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