Olivier Poivre d’Arvor, l’homme de l’Année du Brésil

L'ŒIL

Le 1 mai 2005

Créée en 1922, l’Association française d’action artistique est l’opérateur délégué du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Culture et de la Communication pour les échanges culturels et l’aide au développement dans les domaines des arts de la scène, des arts visuels, de l’architecture, du patrimoine, et de l’ingénierie culturelle. Dirigée depuis 1999 par Olivier Poivre d’Arvor, l’Afaa est à l’origine de l’Année du Brésil en France et de l’Année de la France en Chine.

De mars à décembre pas moins de quatre cents manifestations feront vivre le Brésil en France, tous les arts seront représentés. Quels moyens mobilisez-vous ?
Ce que nous appelons « saisons » ou « années culturelles étrangères en France » coûtent aux pouvoirs publics 3 à 4 millions d’euros *, ce qui est modeste au regard des retombées diplomatiques, économiques, culturelles de ces événements, de leur effet d’entraînement auprès des collectivités locales, du tissu associatif, des entreprises, enfin de la fréquentation de ces manifestations par un large public. Pour l’Année de la France en Chine par exemple, le mécénat des entreprises a apporté 18 millions d’euros dont 13 en provenance de vingt-huit firmes françaises, le reste, d’une vingtaine de mécènes chinois.

Comment ces saisons sont-elles décidées, en fonction de quels critères ?
Cela est variable, elles peuvent l’être par les gouvernements ; nous-mêmes pouvons être force de proposition. Il y a eu vingt-trois « saisons » déjà depuis que l’Afaa existe, avec une accélération depuis quatre-cinq ans : le Maroc en 1999, le Québec en 2000, la Hongrie en 2001, la République tchèque en 2002, l’Algérie en 2003, la Chine et la Pologne en 2004, le Brésil et la France en Chine ainsi qu’un Festival letton cette année. En 2006 ce sera le tour de soixante et un pays francophones, en 2007 de l’Arménie et en 2008 probablement de la Russie. Dans le cas de l’Algérie et de la Chine il y a une forte volonté politique de rapprochement ; avec les pays d’Europe de l’Est ou d’Europe centrale cela s’inscrit dans la perspective d’intégration européenne ; avec l’Arménie c’est aussi parce qu’il y a une forte communauté arménienne en France ; enfin avec le Brésil c’est parce qu’il nous faut mieux connaître la culture de ce pays qui va jouer un rôle important dans l’avenir.

Vous dites que ces manifestations rencontrent un grand public, pouvez-vous nous donner des éléments plus précis ?
Pour l’Année de l’Algérie, plus de 3,3 millions de personnes sans compter les millions d’auditeurs et de téléspectateurs des dizaines d’émissions spéciales diffusées à cette occasion, ont suivi près de quatre mille manifestations à travers la France. Près de trois mille cinq cents artistes, créateurs, universitaires algériens se sont rendus dans l’hexagone et trois cents professionnels français de la culture ont voyagé en Algérie pour rencontrer leurs pairs. Pour l’Année de la Pologne, 1,6 million de personnes ont participé à une manifestation, pour celle de la Chine en France 3,5 millions, pour le Brésil on attend 3 à 4 millions de visiteurs.

Les fonds mobilisés ainsi par les entreprises et les collectivités locales pour ces opérations ne font-ils pas défaut pour des opérations culturelles plus modestes qui trouvent aussi plus difficilement des financements ?
Ces saisons associent une foule d’acteurs : pas moins de quatre mille associations pour l’Algérie par exemple. Même si on ne donne pas de moyens à chacune, on en labellise beaucoup ce qui leur apporte une lisibilité. L’ensemble des artistes bénéficie aussi d’importantes retombées presse : plus de dix mille articles sont parus dans la presse française, toujours pour l’Année de l’Algérie.

Les manifestations que vous soutenez irriguent-elles vraiment l’ensemble du territoire ou profitent-elles essentiellement à la capitale ?
Dans le cadre de la décentralisation culturelle nous avons signé des conventions triennales avec vingt-cinq collectivités territoriales, financées à parts égales par elles et nous. Les Drac y sont parfois associées. La première municipalité à contracter avec nous a été Nantes en 1995. Cette mise en commun de moyens et d’expertise permet de faire découvrir à l’étranger des artistes fortement implantés dans telle ville ou région, d’accueillir en retour dans ces territoires des artistes étrangers et de tisser des liens durables entre ces équipes artistiques. La communauté urbaine de Lille a
ainsi coproduit avec le musée d’Art contemporain de Barcelone l’exposition consacrée à Robert Filliou, les Biennales de design de Saint-Étienne et de Dakar ont établi des relations pérennes, la région Poitou-Charentes et celle de Zhuang du Guangxi en Chine ont joint leurs collections de porcelaine avec celles du musée Guimet pour monter une exposition à Poitiers, Grenoble travaille avec le Burkina Faso, la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur avec le Proche-Orient, etc. Les métropoles régionales ont la volonté de rayonner internationalement et de valoriser leurs fonds et leurs artistes. L’Afaa aide aussi les villes à exporter des manifestations comme la Folle Journée de Nantes, déjà à Lisbonne, Bilbao, et cette année à Tokyo, avec un million de billets vendus en trois jours. Le Festival letton qui se tiendra en novembre se déroulera autant à Paris qu’à Strasbourg, Lyon et Bordeaux.

*L’Afaa dispose d’un budget de 30 millions d’euros environ, dont 15 apportés par le Quai d’Orsay, 2 par la Culture et quelques autres ministères, 3 par les collectivités territoriales,
10 par le privé.

Une vie sous le signe de l’écrit

Né à Reims en 1958, Olivier Poivre d’Arvor a mené un double cursus : un DEA de philosophie à la Sorbonne et un diplôme d’acteur/créateur (méthode Alain Knapp). Il prépare un doctorat sur le thème Créateurs ou messagers ? Deux siècles de diplomatie culturelle. Comme son frère Patrick il possède un goût prononcé pour l’écriture et a commencé sa carrière comme conseiller littéraire chez Albin Michel et Balland, avant de piger pour le journal La Croix et de fonder TEL (revue de presse étrangère). Il enchaîne en cofondant la compagnie de Théâtre du Lion, puis en 1987 part aux États-Unis en tant que boursier de la Villa Médicis Hors les Murs. Directeur du centre culturel français d’Alexandrie de 1988 à 1990, puis de l’institut français de Prague de 1990 à 1994, conseiller culturel de l’ambassade de France au Royaume-Uni et directeur de l’institut français de Londres de 1994 à 1998, il possède ainsi de solides bases de tchèque, en plus d’une maîtrise de l’anglais et de l’allemand. C’est en 1999 qu’il prend les rênes de l’Afaa. Également écrivain, Olivier Poivre d’Arvor a rédigé trois essais dont une Apologie du mariage, huit romans dont Les Petites Antilles de Prague en 1994, prix du meilleur livre européen. Avec PPDA il a aussi rédigé Courriers de nuit et Coureurs des mers. Il reste fidèle à sa passion du théâtre puisqu’il a interprété et mis en scène plusieurs spectacles de Calderón de la Barca, Cocteau, Marivaux, Genet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°569 du 1 mai 2005, avec le titre suivant : Olivier Poivre d’Arvor, l’homme de l’Année du Brésil

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