Lundi 17 décembre 2018

Musées : le prix à payer

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 mars 2005 - 777 mots

Entre la gratuité de certains musées britanniques et les 20 dollars du MoMA de New York, l’éventail des prix des grands musées est très large. Les politiques tarifaires sont tout aussi complexes.

Les musées sont-ils trop chers pour le public ? Lors de sa réouverture en novembre dernier, le nouveau MoMA (Museum of Modern Art) de Manhattan relançait le débat avec un prix record affiché atteignant les 20 dollars (soit plus de 15 euros). Ce tarif le place désormais en tête du classement des prix des musées, devant le Guggenheim de New York et le Museum of Fine Arts de Boston, avec 15 dollars de droit d’entrée (11,4 euros), établissements aux tarifs élevés qui confortent la réputation de cherté des « palais des muses » américains, due à la quasi-inexistence de financement public. Pourtant, tous les musées d’outre-Atlantique ne pratiquent pas des prix aussi élevés.

Si le Metropolitan de New York « recommande » de débourser 12 dollars (soit un peu de plus de 9 euros) pour visiter ses riches collections – musée des Cloisters compris – le J. P. Getty de Los Angeles et surtout la National Gallery de Washington, détentrice d’une prestigieuse collection de peinture ancienne, sont tout simplement gratuits. La faiblesse actuelle du dollar face à l’euro place ainsi le « Met » à prix égal avec les grands musées de beaux-arts néerlandais que sont le Rijksmuseum d’Amsterdam et le Boijmans Van Beuningen de Rotterdam.

Ces derniers sont toutefois moins onéreux que le Kunsthistorisches de Vienne, où la visite des anciennes collections de la famille de Habsbourg coûte 10 euros, mais surtout que les musées du Vatican, les plus chers d’Europe, avec 12 euros (visite de la chapelle Sixtine comprise), devançant de peu la fondation installée par le célèbre marchand d’art moderne Ernst Beyeler aux environs de Bâle, avec 18 francs suisses (11,7 euros).

Le Louvre en milieu de tableau
Avec ses 8,5 euros, le Louvre se situe donc en milieu de tableau, malgré une augmentation récente de ses tarifs de 13 %. Mais sa visite reste plus coûteuse que celle de ses homologues italiens ou espagnols. À Florence, une plongée dans la grande histoire de la peinture italienne à la Galerie des Offices se paie 8 euros, contre seulement 5 à la Pinacothèque Brera de Milan. Malgré le doublement de ses tarifs au 1er janvier – de 3 à 6 euros – le musée du Prado à Madrid reste encore le moins cher des grands musées européens, avec un prix à peine plus élevé que ceux de nos musées de province.

Dans ce contexte, les musées britanniques font figure d’exception remarquable : depuis 2001, douze établissements jugés « d’importance nationale » (British Museum, National Gallery, Tate Modern, Victoria & Albert Museum...) sont en effet gratuits pour tous les visiteurs. Ces derniers sont toutefois réputés pour « compenser » en pratiquant des tarifs exorbitants pour leurs grandes expositions temporaires, restées payantes. Le sésame pour la rétrospective « Raphaël » de la National Gallery coûtait ainsi 9 livres sterling (près de 13 euros), alors que la Tate Modern propose des tarifs allant de 7 à 10 livres en fonction des expositions (de 10 à 14,3 euros). Des prix élevés, mais proches de ceux des grandes expositions new-yorkaises (18 dollars soit 13,8 euros pour les Aztèques au Guggenheim), alors qu’au Louvre, le tarif n’excède pas 8,5 euros.

Des tarifs sur mesure
La quasi-totalité des musées a toutefois choisi de privilégier certaines catégories sociales en les faisant bénéficier d’exonérations partielles (personnes âgées, jeunes de moins de vingt-six ans, étudiants, enseignants), voire totales (moins de dix-huit ans, chômeurs et handicapés). Pour les autres, il faudra opter pour le paiement forfaitaire, avec l’achat de cartes d’abonnement offrant divers avantages, dont souvent de précieux coupe-files. Pour qui visite plusieurs fois dans l’année un même musée, l’investissement est vite amorti. Quatre visites au bâtiment réaménagé et agrandi par Yoshio Taniguchi suffiront ainsi à amortir les 75 dollars (56,25 euros) d’abonnement annuel au MoMA. Il en faudra huit pour rentabiliser sa carte d’accès à la Pinakothek der Moderne de Munich, sept pour optimiser son abonnement aux Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles (mais à 5 euros le billet, est-ce bien nécessaire ?) et seulement six au Louvre (carte de la Société des amis du Louvre à partir de 50 euros). Pour les aficionados le calcul est donc rapide…

À moins de subir, patiemment, les longues files d’attente qui se déploient lors des jours de gratuité offerts par certains établissements (premiers dimanches du mois dans les musées nationaux français, derniers dimanches du mois au Vatican, tous les vendredis après-midi au MoMA). Preuve que l’argument financier est encore décisif pour l’accès à la culture.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°567 du 1 mars 2005, avec le titre suivant : Musées : le prix à payer

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