Vendredi 23 février 2018

Enseignement

Malaise sur les arts à l’école

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 24 septembre 2007

Alors que les ministères de l’Éducation et de la Culture ont rappelé le rôle primordial de l’enseignement artistique, aucune mesure concrète n’est prévue. L’heure est plutôt à l’inquiétude.

PARIS - Un effet d’annonce. Ainsi pourrait-on résumer la communication faite en Conseil des ministres, le 3 janvier, par les ministres de l’Éducation nationale et de la Culture, François Fillon et Renaud Donnedieu de Vabres, qui présentaient leurs orientations en matière d’éducation artistique. Répondant à l’inquiétude générale du milieu enseignant, les deux ministres ont précisé qu’il n’était « pas question de suppression », mais de « mise en cohérence et de rationalisation dans un contexte budgétaire contraint ». À savoir : aucun crédit supplémentaire ne sera affecté à l’éducation artistique, même si François Fillon se félicite des fonds dévolus à l’enseignement scolaire pour 2005 (plus d’un milliard d’euros) et des 17 millions affectés l’année dernière pour des « dispositifs d’éducation artistique et d’action culturelle ». Le texte revient sur le sort des « classes à PAC » (classes à projet artistique et culturel) – principale nouveauté du « plan de 5 ans pour les arts et la culture » lancé en 2000 par Jack Lang et Catherine Tasca –, qui était financées par le ministère de l’Éducation, en partenariat avec les collectivités territoriales et les directions régionales des affaires culturelles (DRAC, ministère de la Culture). Activité scolaire autour d’une réalisation artistique (création musicale, théâtrale ou plastique, découverte d’un monument), avec le concours d’un artiste ou d’un professionnel de la culture, les classes à PAC avaient connu un réel engouement, avec près de 25 000 ateliers mis en place en l’espace d’un an et demi, jusqu’aux restrictions budgétaires de 2003 (lire le JdA n°161, 20 décembre 2002). La communication précise que « le principe des classes à PAC est maintenu, même si leur nombre est en légère diminution » – un euphémisme puisque les classes à PAC ont diminué de plus de la moitié entre 2003 et 2004 –, mais rien n’est prévu pour relancer cette initiative déjà mise à mal par le précédent ministre de l’Éducation, Luc Ferry. Surfant sur la vague de la décentralisation, François Fillon se contente de rappeler que « les classes à PAC suivent cette évolution et deviennent un dispositif de plus en plus partagé avec les DRAC et les collectivités territoriales ». C’est d’ailleurs, semble-t-il, grâce à ces dernières, que les classes à PAC n’ont pas totalement disparu du paysage scolaire français.

Terrible indifférence
Pour « développer l’éducation artistique et culturelle », les deux ministres ont choisi de « recentrer l’action de l’État et [de] donner une place prioritaire au partenariat », de « former les intervenants en décloisonnant les mondes de l’enseignement et de l’art », et aussi de « mobiliser les établissements du ministère de la Culture en donnant un nouvel élan vers les publics exclus et une attention particulière aux nouvelles technologies ». En bref, aucune mesure concrète n’est donc prévue, à peine est-il question de sauver les meubles. Le Haut Comité des enseignements artistiques est, pour sa part, transformé en Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle. Il devra procéder à un « état des lieux » pour faire ensuite une série de « propositions » afin d’améliorer l’éducation artistique à l’école, que le président Jacques Chirac souhaite plus « ambitieuse », comme il l’a indiqué le 3 janvier. Dans la journée, les ministres de l’Éducation et de la Culture ont signé une circulaire d’orientation destinée aux préfets de Région et aux recteurs d’académie, dans laquelle ils reviennent en détail sur la communication. Pour les syndicats d’enseignants SNES et SNEP, « cette circulaire ne répond en rien sur le fond à l’attente des enseignants et des élèves et ne prévoit aucun financement ».  De son côté, l’Assemblée nationale a lancé, le 27 janvier, une mission d’information sur « la politique des pouvoirs publics dans le domaine de l’éducation et de la formation artistique »… Déjà, en avril 2003, l’artiste Claude Lévêque s’étonnait de la situation : « Pourquoi l’éducation artistique, si souvent proclamée comme une priorité par les ministres successifs de la Culture et de l’Éducation, a-t-elle tant de mal à se mettre en place ? Pourquoi apparaît-il si impossible de soutenir des initiatives déjà existantes et structurées à défaut de les développer ailleurs ? Pourquoi ces expériences reconnues comme essentielles s’exercent-elles  avec un tel mépris et une si terrible indifférence ? ». Autant de questions auxquelles le ministre actuel de l’Éducation nationale, et son homologue à la Culture, n’apportent aucune réponse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°208 du 4 février 2005, avec le titre suivant : Malaise sur les arts à l’école

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