Mercredi 23 septembre 2020

Louvre-Lens : des enjeux régionaux élevés

Le Journal des Arts

Le 27 novembre 2012 - 1202 mots

L’arrivée du Louvre-Lens suscite espoirs et enthousiasme. En attendant les développements à venir, le territoire change lentement de visage.

Près de 700 000 visiteurs la première année, 550 000 les années suivantes : l’étude de fréquentation réalisée par les équipes du Musée du Louvre en 2006 contraint le travail des équipes chargées de préparer la venue de l’institution parisienne dans un bassin minier en quête de reconnaissance et de reconversion. Le pari est risqué : Lens, choisie en 2004 comme ville d’accueil de la décentralisation du Louvre, brille plus par son club de football, le RC Lens (pourtant sur le déclin), que par sa dimension patrimoniale et son attractivité culturelle. Les études prospectives se succèdent depuis, pour cerner les faiblesses d’un territoire déjà en mutation vers des activités tertiaires.

Ce territoire, c’est la ville de Lens (36 000 habitants au dernier recensement de 2009), mais également une communauté urbaine de plus de 250 000 habitants si l’on considère la conurbation des villes de Liévin, Douais, Arras, Béthune ou Hénin-Beaumont, dont les réseaux et les infrastructures s’entremêlent, plus de 500 000 habitants dans la totalité du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais (750 km2). Un bassin de population large et disparate, qui travaille souvent dans la grande agglomération lilloise. Pour mener à bien le projet, l’association Euralens est créée en 2009, pour fédérer les projets du territoire, et permettre que les acteurs publics et privés « apprennent à travailler ensemble, ce qui n’était historiquement pas évident », selon le délégué général d’Euralens, Bernard Masset. Présidé par Daniel Percheron, Euralens labellise des projets et les soutient financièrement, pour que « l’arrivée du Louvre-Lens, ce choc, se transforme en dynamique », continue Bernard Masset.

Voies d’accès facilitées
Sans communauté urbaine comme Lille, les structures politiques sont diverses et non-hiérarchisées. Il a fallu débattre des priorités à court et moyen terme pour être prêt le jour de l’inauguration. Le premier grand projet public a été l’accessibilité du Louvre-Lens. Si la ville est très bien desservie par les réseaux autoroutiers, il a fallu créer deux nouveaux parkings pour accueillir l’afflux futur de visiteurs, venus de Lille, Bruxelles ou Paris. La gare TGV (à 1H10 de Paris, 7 trains par jour), sur le parcours Paris-Dunkerque, a été un des déclencheurs du choix de Lens pour le musée. Mais cette ligne représente un déficit de près de 80 millions d’euros pour la SNCF, qui souhaiterait réduire la voilure : le maintien des trains est donc une volonté politique, soutenue ardemment par la région et le département.

Séparé du centre-ville par un réseau de voies ferrées, le site du Louvre-Lens se situe à 30 minutes à pied de la gare. L’année 2012 a été consacrée à l’aménagement des abords et des accès du musée : pistes cyclables, passerelles, voies piétonnes paysagères… Sous la houlette du tandem Michel Desvigne et Christian Porzamparc, la « trame verte » se dessine dans Lens. Pour Euralens, il s’agit de « diversifier le territoire minier en préservant la particularité de sa structure végétale et de passer d’un archipel noir à un archipel vert ». Une navette de la gare au musée sera mise en place à raison de trois rotations horaires et des vélos seront mis à disposition des usagers.

Lens en quête d’étoiles
Tout est prêt pour l’arrivée des visiteurs. Il faut maintenant les faire rester dans le territoire pour créer une vraie économie touristique autour du lieu. La nomination du bassin minier à l’Unesco en juin 2012 est une formidable aubaine pour élaborer une programmation culturelle et des itinéraires autour de l’identité minière de la région : « il y a dorénavant une vraie crédibilité à découvrir le territoire, avec les terrils, les sites miniers et les sites des deux dernières guerres mondiales », explique Norbert Crozier responsable de la mission Louvre-Lens tourisme, portée par la région Nord-Pas-de-Calais. Cette mission a pour but de créer la destination touristique. Mais aller plus loin que la visite du Louvre-Lens dépend de la qualité d’infrastructures d’hébergement et de restauration qui, pour l’instant, font défaut au territoire. À Lens, il n’y a pas d’hôtel 3 étoiles, ni de restaurant gastronomique.

Une étude d’impact commandée en 2009 par la chambre de commerce et d’Industrie d’Artois sur le secteur hôtelier table sur 60 000 visiteurs qui seraient susceptibles d’être hébergés sur le territoire, avec un manque évalué à 300 chambres d’hôtel. À ce jour, deux grands projets sont en passe d’obtenir un permis de construire : le projet « Apollon-Lens », à proximité de la gare, devrait transformer un ancien cinéma en hôtel 3 étoiles (80 chambres), en hébergement et en commerces. Sur l’emplacement d’une ancienne usine en prolongement du parc du Louvre-Lens, le projet « Garin-Zins » verrait se créer un hôtel de luxe 4 étoiles (100 chambres) et des espaces dédiés à l’artisanat d’art sur 3 ha. De quoi pallier les faiblesses existantes à moyen terme. D’autres projets, encore au stade de préfiguration, devraient mettre l’accent sur l’hébergement en cité minière. De quoi doubler la capacité hôtelière de Lens d’ici 2014-2015.

L’évolution en marche
Selon une étude publiée par l’Insee en septembre 2012, certains indicateurs sur le territoire du Louvre-Lens montrent un développement économique déjà enclenché, avec une « progression des activités tertiaires traduisant une nouvelle dynamique du territoire ». Mais cette dynamique semble se caractériser par « un déphasage entre développement économique et développement humain », une manière de dire que l’insertion professionnelle et la formation restent des problématiques majeures. L’arrivée du Louvre-Lens pourrait aussi être l’opportunité d’accélérer la mutation du territoire.

Un grand projet d’éco-quartier, sur 17 ha, est à l’étude à Liévin pour fournir des logements, des équipements éducatifs et sportifs et des activités tertiaires. De quoi revitaliser un quartier de friches, de zones agricoles et d’habitats miniers délabrés pour inverser la tendance migratoire déficitaire et donner plus d’attractivité résidentielle au secteur. « Phase d’expérimentation », « attente », « étude-test » : les trois prochaines années seront décisives pour commencer à chiffrer l’impact économique réel de l’arrivée du Louvre à Lens. Il ne faut cependant pas tomber dans une vision trop angélique. Dans un rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) rendu en 2011 sur la valorisation du patrimoine culturel, les économistes Françoise Benhamou et David Thesmar pointent des « externalités négatives » aux retombées touristiques : inflation des loyers, du niveau de vie, augmentation des coûts d’entretien des infrastructures routières. L’impact en terme de sociologie des villes et de déplacement de population doit également être pris en compte.

Environ 50 millions d’euros des deniers publics ont d’ores et déjà été investis dans les projets d’aménagement du Louvre-Lens. Pour Euralens, la tâche s’annonce complexe pour homogénéiser le développement de la région. L’absence de hiérarchie entre les différents « archipels » communaux pourrait alors devenir un atout pour une répartition juste des retombées économiques et sociales, au-delà de l’effet d’aubaine.

Lens et sa région

Population de Lens : 35 830 habitants environ (recensement 2009)

Population du territoire d’Euralens : 576 500 habitants

Fréquentation attendue du Louvre-Lens : 550 000 visiteurs/an

Fréquentation du patrimoine minier et industriel : le parcours « Chaîne des Terrils » (23 000 visiteurs/an)

Fréquentation des lieux du tourisme de mémoire : sur les deux guerres mondiales, les sites de Vimy (110 000 visiteurs/an), Notre-Dame-de-Lorette (180 000 visiteurs/an)

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Légende Photo :
Vue aérienne de l'implantation du musée du Louvre-Lens. © Kazuyo Sejima Ryue Nishizawa / SANAA, Tim Culbert Celia Imrey / IMREY CULBERT, Catherine Mosbach.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°380 du 30 novembre 2012, avec le titre suivant : Louvre-Lens : des enjeux régionaux élevés

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