L’estampe en sa demeure

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

De Paris à Bruxelles en passant par Bâle, tour d’horizon des lieux consacrés à cette technique. Â côté des collections patrimoniales, les institutions soutiennent les pratiques actuelles.

Procédé complexe et multiple (lire p. 19) magnifié par des artistes comme Rembrandt ou Dürer, l’estampe a très tôt intéressé les collectionneurs et amateurs d’art, ainsi que les musées européens. À l’exemple des collections d’arts graphiques du Musée du Louvre ou du Musée national d’art moderne, de nombreuses institutions conservent en leur sein d’incroyables ensembles de gravures, à commencer par la Bibliothèque nationale de France (BNF). Créé dès le XVIIe siècle, son cabinet d’estampes – compris aujourd’hui dans le vaste département des Estampes et de la photographie – renferme six millions de pièces. Parmi les fleurons de la collection figurent une série unique de coffrets de pèlerinage du XVe siècle contenant des xylographies (technique d’impression de texte), un millier d’estampes italiennes du Quattrocento, les plus anciennes gravures sur cuivre conservées à ce jour, ou encore des eaux-fortes réalisées par Rembrandt, que le public a pu récemment découvrir lors d’une exposition consacrée au maître hollandais à l’Institut néerlandais à Paris (lire le JdA n°246, 3 novembre 2006, p. 8). Le département publie également la revue bimestrielle du Comité national de la gravure française, Nouvelles de l’estampe, et remet tous les deux ans le Prix Lacourière à un jeune graveur en taille-douce. Rare institution à pouvoir rivaliser avec la BNF, l’Albertina, à Vienne, peut se targuer de posséder près d’un million d’estampes, de Dürer, Rembrandt, Le Lorrain, Cézanne ou Egon Schiele. Riche de 700 000 estampes, la Bibliothèque royale de Belgique possède elle aussi de très beaux ouvrages signés Dürer, Lucas van Leyden, Martin Schongauer, Pieter Bruegel, Jérôme Cock, Rubens, Van Dyck ou Jacques Callot. Citons encore le Cabinet des estampes des Musées d’art et d’histoire de Genève avec ses 300 000 œuvres qui permettent de retracer l’évolution de cette technique depuis sa création au XVe siècle jusqu’au XXe siècle. Des pièces signées Piranesi, Callot, Hogarth, Corot ou Redon comptent parmi ses œuvres maîtresses.

Le groupe des « Gravelines »
Avec sa collection de 8 000 estampes, le Musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines ne peut, certes, concurrencer ces mastodontes, mais, en France, il est le seul entièrement dédié au médium. Créé en 1982 par le « groupe de Gravelines », situé entre Dunkerque et Calais, il détient quelques belles œuvres telle L’Apocalypse de Dürer. Ses espaces permanents évoquent les différentes techniques de l’estampe et retracent l’histoire de la ville. Jusqu’au 27 mai, l’institution présente une exposition consacrée à Vauban, dans le cadre du tricentenaire de sa mort. Comprenant un fonds à peu près équivalent en nombre, mais essentiellement tourné vers l’art contemporain (après 1970), le Centre de la gravure et de l’image imprimée de la communauté française de Belgique, situé à La Louvière, s’intéresse à la création actuelle, à travers des expositions monographiques – comme les estampes et livres illustrés de Louise Bourgeois récemment présentés – et dévoile chaque année une partie de ses collections. En Belgique toujours, le Cabinet des estampes et des dessins de la Ville de Liège (CED Liège) renferme quelque 30 000 pièces (estampes et dessins), essentiellement des œuvres d’artistes liégeois, mais aussi quelques belles feuilles des écoles allemande, flamande ou française. Il s’est constitué à partir des collections de la Bibliothèque de l’Académie, du Musée des beaux-arts, du Musée d’Ansembourg et de la bibliothèque centrale de la ville. Parmi les musées dont les fonds d’estampes sont particulièrement riches, il faut évoquer également le Musée du Prado à Madrid, le Kunstmuseum de Bâle, le Musée des beaux-arts de Nancy ou encore le Musée Jenisch de Vevey en Suisse. Ce dernier est composé de deux institutions, d’une part, le Musée des beaux-arts et, d’autre part, le Cabinet cantonal des Estampes qui présente des artistes du XVe au XXIe siècles (Castiglione, Canaletto, Corot, Picasso, Lichtenstein, Tal-Coat…).

D’autres lieux se consacrent exclusivement à la création contemporaine, assurant à la gravure un bel avenir. Créé il y a une dizaine d’années à Chatou, le Centre national de l’estampe et de l’art imprimé (Cneai) est à la fois un centre de création, d’exposition et de formation. L’hiver dernier, il a inauguré sa résidence d’artiste, une « Maison flottante »  réalisée par les frères Bouroullec amarrée sur la Seine (lire le JdA n°247, 17 novembre 2006 p. 5). Autre espace dévolu à la création d’aujourd’hui, le centre genevois de gravure contemporaine a été inauguré en 1966 dans le parc de Malagnou en Suisse. Il expose et édite un nombre important d’artistes qui remettent au goût du jour ce médium particulier et s’interrogent sur des notions essentielles comme le statut de l’œuvre d’art, la production en série, la diffusion et l’éphémère.

Informations pratiques :

- Bibliothèque nationale de France – site Richelieu, 58, rue de Richelieu, 75002 Paris, tél. 01 53 79 37 29/59 59, www.bnf.fr, tlj sauf dimanche 9h-18h, samedi 9h-17h.

- Musée de l’Albertina, Albertinaplatz 1, Vienne, tél. 43 1 534 83-0, tlj 10h-18h et mercredi 18h-21h.

- Bibliothèque royale de Belgique, boulevard de l’Empereur 4, Bruxelles, tél. 32 2 519 53 11 tlj sauf dimanche 9h-13h et 14h-17h.

- Cabinet des Estampes, Promenade du Pin 5, Genève, tél. 41 22 418 27 70, tlj sauf lundi 10h-12h et 14h-18h.

- Musée du dessin et de l’estampe originale, Château – Arsenal, 59820 Gravelines, tél. 03 28 51 81 00, tlj sauf mardi 14h-18h, week-end et jours fériés 10h-12h/15h-18h. Jusqu’au 27 mai « Vauban et Gravelines – Le vécu de la guerre à la paix ».

- Centre de la Gravure et de l’Image imprimée de la Communauté française de Belgique, 10, rue des Amours, La Louvière, tlj sauf lundi, tél. 32 64 27 87 27, 11h-18h.

- Cabinet des estampes et des dessins (CED) de la Ville de Liège, Parc de la Boverie 3, Liège, tél. 32 43 42 39 23, tlj sauf lundi, 13h-18h et 11h-16h30 le dimanche.

- Musée Jenisch (Cabinet cantonal des estampes), Avenue de la Gare 2, Vevey, tél. 41 21 921 29 50, tlj sauf lundi, 11h-17h30.

- Centre national de l’estampe et de l’art imprimé (Cneai), Île des Impressionnistes, 78400 Chatou, tél. 01 39 52 45 33, www.cneai.com, tlj sauf lundi et mardi 10h-18h, samedi et dimanche 12h-18h.

- Centre genevois de gravure contemporaine, 17, route de Malagnou, Genève, tél. 41 22 735 12 60, tlj sauf week-end, 11h-13h et 14h-18h, entrée libre.


La gravure aux couleurs de l’Afrique

Organisée au Domaine et à l’Orangerie de Madame Élisabeth, à Versailles, la Biennale internationale de la gravure d’Île-de-France réunit jusqu’au 24 juin pour sa 6e édition 68 artistes et expose 150 gravures. À l’honneur cette année, la gravure africaine contemporaine avec la présence de 18 pays du continent : la Tunisie, le Maroc, l’Égypte, la Sierra Leone, le Cameroun, le Soudan, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, la Namibie… Deux sections spéciales sont consacrées à l’art bushman d’Afrique du Sud et à l’art Kuru du Botswana. Lancé début mars, l’événement a inauguré « l’Année de l’Afrique en Yvelines ».
6e Biennale internationale de la gravure d’Île-de-France, Domaine et Orangerie de Madame Elisabeth, 73, avenue de Paris ; 26, rue Champ Lagarde, tél. 01 39 07 71 39, tlj sauf lundi, 13h-18h, entrée libre. Jusqu’au 24 juin.
À noter également La Biennale de l’estampe de Saint-Maur, Musée de Saint-Maur-des-Fossés – Villa Médicis, Carré Médicis, 5, rue Saint-Hilaire, 94210 La Varenne Saint-Hilaire, tél. 01 48 86 33 28, www.saint-maur.com/musée, tlj sauf lundi, 10h-12h et 14h-18h, le dimanche 11h-13h et 14h-19h, entrée libre. Du 12 mai au 16 septembre.

Lire les autres articles du dossier Estampe du Journal des Arts 258 (27 avril au 10 mai 2007) :

- Un travail de construction-destruction

- L’estampe fait salon

- Une multitude de techniques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : L’estampe en sa demeure

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