Vendredi 22 novembre 2019

Les nommés du prix Duchamp 2013

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 976 mots

Alors que leurs propositions seront dévoilées lors de l’inauguration de la Fiac, le 23 octobre, les quatre candidats retenus pour le prix Marcel Duchamp attendront le 26 octobre pour la désignation.

FARAH ATASSI

Peinture - Ce sont des intérieurs qui l’ont révélée, des tableaux aux espaces étranges, sortes d’interstices migratoires à la dimension fonctionnelle évidente mais paraissant terriblement éloignés d’une forme d’humanité. En constant renouvellement, la peinture de Farah Atassi a récemment franchi une nouvelle étape pour aller regarder directement du côté du modernisme pictural.
Les trois nouvelles toiles présentées pour le prix Marcel Duchamp en attestent, qui s’inscrivent dans la continuité d’une série de travaux exposés (jusqu’au 26 octobre) à la Galerie Xippas, à Paris. Le modernisme donc, celui d’un tableau traité en « all over » pictural, d’une planéité au sein laquelle l’artiste parvient à introduire la perspective sans nuire à la lisibilité de l’ensemble. Jeux de plans et découpes de l’espace animent la surface, où la complexité de la construction s’accorde à la simplification des volumes, dans des œuvres toujours strictement conçues à partir d’une grille de Scotch.
Modernisme également des objets disposés çà et là, souvent maquettes ou jouets, retrouvés dans des archives du Bauhaus, qui parfois sont mis en regard avec des éléments ornementaux à la dimension folklorique évidente et assumée. De ces confrontations que d’aucuns pourraient juger contradictoires naissent des espaces toujours plus complexes dont on peine à percevoir les limites, où les effets de volumes et de distorsions savamment élaborés introduisent des ruptures qui maintiennent le tableau sous tension.


LATIFA ECHAKHCH


Installation -
  L’art de Latifa Echakhch, représentée par la galerie Kamel Mennour (Paris), est fait de récits tronqués, interrompus. Les espaces d’exposition sont marqués par des traces de passage, des restes de ce qui semble avoir été une action ou au contraire de ce qui paraît en annoncer une. De ces bribes de récits mystérieux, tels les fragments d’une fiction qui resterait à écrire, émergent des éléments qui dégagent une forme de poésie ouverte et mystérieuse, comme en suspens.
Pour le prix Marcel Duchamp, le projet de l’artiste s’inscrit dans la continuité des œuvres réalisées pour l’exposition « Goodbye Horses » présentée en début d’année au Kunsthaus Zurich, et dont quelques témoignages avaient également été donnés à voir dans la section « Unlimited » de la foire Art Basel en juin dernier.
S’y déployaient ce qui semblait être les restes d’un cirque abandonné, une tente partiellement effondrée, des fragments d’une scène, des costumes et des accessoires, des anneaux de feu éteints…
À travers cet univers, qui paraît comme hanté par la disparition, l’absence et l’oubli, où souvent pointe la nostalgie, l’artiste déploie un ensemble de formes soutenues par la sensation de « l’après », de ce qui potentiellement advient une fois achevés le spectacle ou l’événement. En portant de la sorte attention aux objets et à leur environnement culturel, elle procède à une sorte de décontextualisation des formes afin d’en proposer une autre lecture et tenter de leur offrir une nouvelle vie.


CLAIRE FONTAINE


Installation - « Claire doit survivre dans un monde hostile et veut préserver les quelques fragments de potentiel subversif que le hasard des choses a mis dans sa vie et sur son chemin. Pour cela elle pratique la création comme un processus collectif et essaie de produire des espaces mentaux et visuels à partager avec de possibles camarades que sans cela elle ne pourrait pas rencontrer. » Ainsi se présente Claire Fontaine, artiste fictive – en fait un duo formé en 2004 par James Thornhill et Fulvia Carnevale – renommée par le biais d’une célèbre marque française de papeterie et qui se déclare être « une artiste readymade ». Pour celle-ci, représentée par les galeries Air de Paris et Chantal Crousel (Paris), participer au prix Marcel Duchamp ne doit certainement pas manquer de saveur et sera abordé avec un certain sens de l’ironie. Car elle s’emploie dans un travail qualifié par ses soins de « néoconceptuel » à pointer nombre de dérives touchant tant au politique et au social qu’à l’art ; ainsi exhibe-t-elle en 2009 un grand néon porteur de la phrase « Capitalism Kills Love » (le capitalisme tue l’amour) lors de la foire Art Basel Miami Beach, temple marchand s’il en est. Cette ironie devrait probablement la conduire, dans un contexte qui pousse les artistes à accumuler les propositions emphatiques voire « surproduites », à s’exprimer d’une manière légère, voire minimale, et à laisser resurgir la filiation duchampienne.


RAPHAËL ZARKA

Sculpture - Investigateur de l’environnement quotidien, Raphaël Zarka, représenté par la galerie Michel Rein (Paris), cultive une attitude de grand collectionneur de formes. Des formes abstraites généralement, qu’il « capture » dans l’espace public, urbain le plus souvent, et dont il traque réminiscences, continuités historiques et glissements, autant qu’usages et potentialités. Il les utilise comme point de départ à ses propres réflexions sculpturales.
C’est un développement de sa série de sculptures en bois intitulée « Les Prismatiques » que propose l’artiste dans le cadre du prix Marcel Duchamp. Parti du motif d’une clé à châssis visible dans la célèbre Mélancolie de Dürer, l’artiste a réalisé une suite de dessins mais surtout de travaux modulaires en bois ou en béton où se multiplient et s’agencent ces volumes élémentaires que sont le carré, le triangle ou le cube. N’en ayant pas encore épuisé toutes les occurrences, ni les potentialités de combinaisons proposées par son outil informatique, Zarka remet ses « Prismatiques » à l’ouvrage en poussant un peu plus loin le principe. D’une sculpture isolée, il évolue vers une mise en dispositif dans lequel devraient s’insérer des encres qui permettant d’enclencher un jeu entre les deux et trois dimensions, le volume surtout n’y est plus entièrement autonome mais est relié à son contexte, avec une partie de l’espace d’exposition. Une expérience qui permet de prolonger la réflexion largement entamée sur la migration et la mutation des formes.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Les nommés du prix Duchamp 2013

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