Mercredi 19 décembre 2018

Les dix personnalités de l’année 2005

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 janvier 2006 - 1961 mots

Antiquaires, dirigeants de maison de ventes aux enchères, collectionneurs, homme politique, notre sélection des acteurs qui ont fait bouger le marché de l’art.

 Grégoire Billault, spécialiste en art contemporain de Sotheby’s FRANCE
De Nicolas Poussin à l’art contemporain, il n’est parfois qu’un pas. Grégoire Billault l’a franchi après une maîtrise sur la représentation du verre dans la peinture française au XVIIe siècle. Préférant travailler avec son temps plutôt qu’avec l’histoire, il fait ses armes chez les galeristes parisiens Nathalie Obadia et Renos Xippas avant de migrer chez Faggionato à Londres. Arrivé en 2000 comme junior expert en art contemporain chez Sotheby’s à Paris, Grégoire Billault est promu en novembre 2004 « big cheese ». En d’autres termes, chef de département. On l’attendait pourtant au tournant avec le départ de Florence de Botton, maître d’œuvre de la vente Nahon. Il relève le gant en décrochant la collection de Liliane et Michel Durand-Dessert, dispersée le 6 octobre 2005. Sa méthode, proactive mais intellectuelle, paie. La vente génère même l’enchère la plus importante en art contemporain en France (796 000 euros), ce pour la Decapitazione della sculptura, de Pino Pascali. Dans le même temps, Grégoire Billault double le chiffre à l’export de son département. La question de son propre transfert à New York n’est toutefois pas d’actualité.
Roxana Azimi

Grégory Boutté, directeur de eBay France
Son nom est inconnu du grand public, mais la multinationale qu’il représente fait peur aux professionnels français du marché de l’art. Grégory Boutté, directeur général d’eBay France depuis 2001, gère plutôt bien le développement de la plate-forme française de vente en ligne (www.ebay.fr) : plus de 50 millions d’euros de biens culturels vendus sur le site français en 2004 (sur un volume total de 360 millions d’euros). Le chiffre avoisinerait les 60 millions d’euros pour l’année 2005. Certains secteurs du marché de l’art comme les livres anciens, la philatélie, les montres anciennes et la numismatique sont davantage touchés par cette concurrence. eBay, en tant que site de courtage aux enchères par voie électronique, est légalement exempt de toute contrainte réglementaire ou fiscale en France. Mais personne n’a encore porté plainte auprès du Conseil des ventes contre le site Internet. Pendant ce temps, Meg Withman, présidente de la société mère américaine www.ebay.com, fondée en 1995 et cotée en Bourse (au Nasdaq), poursuit ses actions de lobbying partout dans le monde, y compris en France où elle est reçue dans les ministères.
Armelle Malvoisin-Bianco

Camille Bürgi, antiquaire
À la fois attachant et exaspérant, doté d’une forte personnalité qui ne laisse personne indifférent, disant haut et fort ce que tout le monde pense tout bas, Camille Bürgi est un phénomène. Antiquaire malheureux depuis la chute de son chiffre d’affaires ces dernières années, il s’impose en 2005 comme le trublion du marché de l’art français. S’estimant victime d’une entente mafieuse entre antiquaires concurrents déterminés à l’écarter du métier, il attaque en justice le plus grand d’entre eux, Jacques Perrin. Il accuse celui-ci d’avoir rédigé un faux en écriture pour griller un meuble prestigieux qu’il exposait au Pavillon des antiquaires en 2001. La condamnation de Jacques Perrin par le tribunal de grande instance de Paris le 21 juin 2005 à un million d’euros de dommages-intérêts et l’interdiction d’exercer toute activité d’expertise privée ou judiciaire pendant cinq ans a agité toute la profession. L’affaire a été rejugée en appel le 10 janvier 2006 ; son arrêt sera rendu le 22 février. Mais le marchand ne s’arrête pas là et, le 24 juin 2005 à Drouot, crie au faux pour un bureau Boulle annoncé d’époque Louis XV. L’objet, toujours en cours d’expertise, est retiré de la vente.
A. M.-B.

Jean-Marcel Camard, président du directoire de camard & associés
Avec huit enchères millionnaires records sur les douze enregistrées à Drouot en 2005, la maison de ventes familiale Camard et associés, dont les rênes sont tenues par Jean-Marcel Camard, le président du directoire, est aujourd’hui un poids lourd en France dans le secteur des arts décoratifs du XXe siècle. Le 1er juin 2005, les Camard ont mis en vente six fauteuils « à la sirène » d’Eileen Gray, adjugés de 1,1 à 1,7 million d’euros pièce. Dans la même vacation, un bronze de 1927 du sculpteur Miklos s’est envolé à 1,6 million d’euros. Le vendeur du vase de Dunand, cédé pour un peu plus d’un million d’euros le 21 novembre 2005 à Drouot, n’a même pas pris la peine de consulter la concurrence. Notons que Drouot n’a pas toujours déroulé le tapis rouge à cette SVV concurrente créée de toutes pièces en 2002. Aujourd’hui, la maison Camard constitue un très bon atout pour l’hôtel des ventes parisien qui ne disposait pas de part de marché significative dans cette importante spécialité. Une collection et une vente de prestige déjà bien remplie sont programmées pour le premier semestre 2006.
A. M.-B.

Waring Hopkins et Stéphane Custot, marchands d’art moderne
Dans les périodes difficiles, certains marchands font le dos rond. D’autres prennent le taureau par les cornes. C’est le cas de Waring Hopkins et Stéphane Custot. Spécialisés dans les Nabis et l’art moderne, les duettistes ont bien compris l’évolution du goût – et du marché – vers l’art contemporain. Pour ne pas louper le coche, ils ont peaufiné une stratégie en trois temps. Première étape, l’installation de Stéphane Custot en septembre à Londres, prélude à l’ouverture d’ici un ou deux ans d’un espace dédié au moderne et contemporain. Puis la galerie accélère sa participation aux foires les plus convoitées. Après avoir ouvert le feu en décembre avec Art Basel Miami Beach, à la suite du désistement de l’Américain Achim Moeller, elle poursuit le grand chelem en 2006 avec Tefaf Maastricht, Art Basel et la Biennale des antiquaires. Last but not least, la galerie créera la surprise en avril avec une exposition de peintures et de sculptures du « Young British Artist » Marc Quinn. L’aventure du duo avec l’art actuel n’en est qu’à ses prémices.
R. A.

Guillaume Houzé, collectionneur
Dans un contexte de morosité ambiante, l’exposition « Antidote » organisée en octobre aux Galeries Lafayette, boulevard Haussmann à Paris, porte bien son nom. Alors que chaque mètre carré d’un grand magasin est voué à la rentabilité, en dédier 300 à dix artistes contemporains français relève de la gageure ! L’initiative naît de la complicité entre une grand-mère, Ginette Moulin, présidente du conseil de surveillance des Galeries, et son petit-fils de 25 ans, Guillaume Houzé, amateur d’art depuis son plus jeune âge. Monté en six mois, le projet « Antidote » n’est ni un one shot, ni un caprice de « fils du patron ». L’ensemble des œuvres présentées a été acheté à titre privé par Guillaume Houzé et sa grand-mère, prélude vraisemblable à une future collection d’entreprise. La prochaine injection de cet « Antidote » aura lieu en octobre, lors de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC). Guillaume Houzé espère faire voyager l’exposition dans un grand magasin new-yorkais au moment de l’Armory Show en 2007. Rappelons que les Galeries Lafayette avaient déjà organisé, en 1978, une exposition d’artistes, baptisée « La France a du talent ». Question d’atavisme ?
R. A.


Jean-Pierre Osenat, commissaire-priseur
Commissaire-priseur à Fontainebleau, Jean-Pierre Osenat a pris ses fonctions de président du Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires) en 2003. Homme de consensus, dynamique et jovial, un pied dans la capitale, l’autre en Seine-et-Marne, il a su gagner la confiance de ses confrères parisiens comme de ses collègues dispersés sur l’ensemble du territoire français. Réélu à la tête du Symev en septembre 2005, il a organisé les Premières Journées nationales des ventes aux enchères les 19 et 20 novembre 2005, avec le parrainage du ministère de la Culture et de la Communication. L’opération, très animée et réussie, a contribué à redonner une image positive des salles de ventes en France. Elle sera désormais pérennisée. Afin de se concentrer sur le développement de sa société de ventes (10 millions de chiffre d’affaires en 2005), il a cédé sa place de président du Symev le 12 janvier. Avec les ventes napoléoniennes, les voitures de collection, la peinture de l’école de Barbizon, il entend, à 60 ans, donner un nouveau coup de fouet à son activité, grâce notamment aux arts décoratifs du XXe siècle.
A. M.-B.

François Pinault, collectionneur
« Je renonce » ! Cette phrase, qui porte tacitement en elle un « J’accuse… ! », aura fait couler beaucoup d’encre en mai. Invoquant les lenteurs administratives de la municipalité de Boulogne-Billancourt, l’homme d’affaires François Pinault abandonne la perspective d’une fondation sur l’île Seguin. Une semaine avant que le projet ne capote, il rachète pour 29 millions d’euros le Palazzo Grassi (Venise), où il présentera au printemps un premier aperçu de sa collection. Ni le procès Executive Life, ni les affres de l’île Seguin n’ont toutefois entamé l’appétit du collectionneur. Côté achats, on relève notamment, en juin, le spectaculaire damier de Carl Andre, ou encore Pink Curtain, de Mike Kelley, qui était visible en novembre chez Gagosian à New York. Les reventes effectuées en 2005 par l’homme d’affaires se sont révélées à forte valeur ajoutée. En juin, il cède pour 35 millions de dollars (29,4 millions d’euros) le Rébus de Robert Rauschenberg au Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Il l’aurait acheté dix ans auparavant pour moins de 7 millions de dollars au collectionneur Charles Saatchi. Outre ses bénéfices personnels, François Pinault peut s’enorgueillir du bilan de sa maison de ventes, Christie’s. Celle-ci maintient son leadership sur la place parisienne avec un chiffre d’affaires en France de 115 millions d’euros, leadership qu’elle détient aussi sur le plan mondial.
R. A.

François Tajan, commissaire-priseur
Transfuge de l’année 2005, François Tajan a quitté en début d’année 2005 la maison de ventes Tajan SA fondée par son père et rachetée fin 2003 par la femme d’affaires américaine d’origine roumaine Rodica Seward. Il a rejoint l’équipe concurrente d’Artcurial en avril en tant que coprésident du groupe. Ce salarié est également en charge du développement des ventes Art déco, dont il s’est fait une spécialité, avec l’assistance de l’expert Félix Marcilhac. Il apporte, de plus, sa contribution aux départements d’art moderne, d’art contemporain et de design, dont il a eu la responsabilité chez Tajan SA. Il continue d’assurer la direction d’un certain nombre de ventes, telle la collection Heytens décrochée à son arrivée chez Artcurial et dispersée sous son marteau le 18 octobre, rapportant une dot de 2,4 millions d’euros dans la corbeille de mariage d’Artcurial. Son action se poursuit désormais en principauté de Monaco avec l’inauguration le 18 janvier dernier d’un bureau de représentation d’Artcurial et l’organisation, dès l’été, sur place, d’une vente de bijoux et d’art du XXe siècle.
A. M.-B.

Dominique de Villepin, Premier ministre
On le connaissait amateur de poésie, taquinant de la plume à ses heures. On l’a découvert héraut de la création contemporaine lors d’une allocution sur la FIAC le 10 octobre. Un discours de présidentiable en campagne, dans lequel les projets flous de grands chantiers côtoyaient de vraies mesures fiscales : abattement pour les artistes de 50 % sur leurs ventes d’œuvres sur les cinq premières années d’exercice en France, extension de la possibilité de dation aux œuvres des artistes vivants, nouveau régime de TVA sur les vidéos. De leur côté, les entreprises n’auront plus à présenter à un large public les œuvres acquises dans le cadre de la loi sur le mécénat.
Effets de manche ? Pas vraiment. Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a confirmé l’instruction de ces mesures lors du Conseil des ministres du 7 décembre. Le même mois, le Sénat a voté dans son projet de loi de finances rectificative (PLFR 2005) l’abattement pour les artistes, plafonné à 50 000 euros par an, et la suppression de l’obligation d’exposition pour les entreprises. Une fois n’est pas coutume, les actes accompagnent les paroles !
R. A

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°229 du 20 janvier 2006, avec le titre suivant : Les dix personnalités de l’année 2005

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