Patrimoine

PATRIMOINE GÉOLOGIQUE

Les Carrières de Meudon bientôt comblées

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 15 avril 2022 - 792 mots

MEUDON

À la suite d’une étude de risques, la Ville de Meudon a pris la décision de combler ses carrières de craie. Riverains, architectes et géologues se mobilisent pour préserver ce patrimoine historique et scientifique.

Carrières de Meudon. © Nicolas Dudot
Carrières de Meudon.
© Nicolas Dudot

Meudon (Hauts-de-Seine). Après les polémiques sur la villa napoléonienne Charles Schacher, les débats sur l’aménagement de l’île Seguin, c’est un patrimoine invisible qui mobilise les habitants de Meudon en ce début de printemps. En hauteur des berges de la Seine, la colline des Brillants abrite dans son sous-sol un « quadruple trésor : géologique, historique, scientifique, esthétique », comme le qualifie le critique d’architecture Jean-François Pousse. Les carrières Arnaudet, exploitées au XIXe siècle pour leur « blanc de Meudon », devront pourtant être comblées à 45 % de leur surface, comme l’exige une étude de risques menée en 2017 par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) face à la menace d’un effondrement généralisé des galeries. Commandée par un expert judiciaire, cette étude et la solution du comblement qu’elle préconise est cependant contestée par un collectif de riverains et défenseurs du patrimoine géologique.

Ces derniers avaient remporté une victoire judiciaire en octobre 2020, avec l’annulation de l’autorisation spéciale de travaux sur ce site classé. « L’Inspection générale des carrières et la commission régionale du patrimoine géologique avaient exprimé les plus grandes réserves quant à la compatibilité du projet avec le classement des carrières », signalait alors le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Mais en juillet 2021, la commune de Meudon gagne le procès en appel de cette décision devant la cour administrative de Versailles : la création d’un parc sur la colline et d’un parcours muséal dans les galeries non comblées est cette fois acceptée comme mesure compensatoire satisfaisant aux pertes patrimoniales causées par le comblement.

« C’est comme si on souhaitait combler les grottes de Lascaux et qu’en compensation on faisait un chemin de grande randonnée au-dessus ! », s’insurge Magdaleyna Labbé. Pour cette Meudonnaise engagée dans la préservation des carrières, c’est la volonté d’aménager ce rare secteur laissé en friche dans la ville qui motive les travaux : « Depuis quarante ans, il y a des velléités de construction autour de la carrière. Pour construire sur la colline, il fallait détruire le site classé : ça n’a jamais marché, il y a eu des dizaines de procès qui ont toujours été gagnés. Le dernier projet de 2017 ne vise plus à construire au-dessus, mais autour. »

Le confortement des piliers privilégié par les riverains

Les défenseurs du patrimoine contestent le degré de simplification utilisé par l’Ineris dans son étude de risques, dont le résultat exige la stabilisation de la moitié des piliers des galeries. « L’étude a été faite sérieusement, estime Étienne Tricaud, architecte et ingénieur diplômé de polytechnique, fondateur de l’agence internationale Arep et riverain des carrières. Mais notre conviction est que, si elle était plus détaillée, en modélisant mieux les voûtes, en prenant en compte les propriétés mécaniques différenciées selon les zones de la carrière, on cernerait mieux les zones de risques réelles. » En dernier recours, les riverains souhaiteraient profiter des travaux préparatoires au chantier commencés ce mois d’avril pour affiner l’étude, et privilégier une solution de confortement des piliers.

Car l’option du comblement pour sécuriser la carrière est également contestée. « On ne peut également que constater que la solution du confortement des piliers, moins perturbatrice d’équilibres naturels fragiles, a été écartée pour des motifs financiers non assortis de chiffrages précis et ne prenant nullement en cause les potentialités de valorisation des carrières. Une solution mixte aurait également pu être envisagée », écrivait Denys Millet, vice-président du Comité de sauvegarde des sites de Meudon en 2019.

Le maire de Meudon, Denis Larghero, présente de son côté les travaux comme un sauvetage et une mise en valeur du site, s’appuyant sur l’expertise des instances ayant validé le comblement (Ineris, DRIEAT [direction régionale et interdépartementale de l’Environnement, de l’Aménagement et des Transports], Commission de sauvegarde des sites) : « Il y a un rapporteur public qui a bien synthétisé la question devant les tribunaux, se souvient-il. Pour lui, ce qui met en péril le classement de la carrière, ce ne sont pas les travaux mais l’absence de travaux et la menace d’effondrement. » Du site inaccessible frappé d’un arrêté de péril, l’édile souhaite faire un lieu valorisé et visitable : « il restera 55 % de la carrière, avec tous les points d’intérêts patrimoniaux de la galerie », soutient-il. Et pour financer cet aménagement des carrières, il entend s’adosser au projet de développement d’une friche industrielle voisine, qui pourrait bénéficier du troisième appel à projets « Inventons la Métropole du Grand Paris ». Un développement qui nécessite, comme le rappelle le fondateur d’Arep, quelques garanties : « Ces projets immobiliers sont plus restreints que ceux d’autrefois, projetés sur la colline, mais même pour construire autour, les promoteurs s’assureront à juste titre de la stabilité du site. »

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°587 du 15 avril 2022, avec le titre suivant : Les Carrières de Meudon bientôt comblées

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