ENSPV - Fermeture d’antenne

L’école de paysage de Versailles ferme son campus de Marseille

Malgré une certaine reconnaissance, le site marseillais de l’École de paysage de Versailles devrait fermer.

MARSEILLE - L’École nationale supérieure de paysage de Versailles (ENSPV) forme une centaine de paysagistes diplômé par le gouvernement (DPLG) chaque année, répartis entre les campus de Versailles (à deux pas du Potager du Roi, site touristique dont l’école a la charge) et Marseille, dans des locaux loués par la ville. Depuis son implantation en 1992, le campus délocalisé fait débat. Après plusieurs rapports pointant les insuffisances financières et pédagogiques de l’antenne marseillaise, le ministère de l’Agriculture, tutelle de l’établissement, a exigé sa fermeture effective en novembre dernier. Tombant à point nommé, le récent rapport annuel de la Cour des comptes mentionne dans son chapitre consacré à la gestion de l’enseignement supérieur agricole : « L’ENSPV n’a pas rapatrié à Versailles son antenne de Marseille qui forme peu d’étudiants pour un coût élevé et dont la Cour a recommandé la fermeture. » Pour les magistrats de la rue Cambon, « le faible effectif étudiant de l’ENSPV (305 hors formation continue) réparti entre deux sites éloignés fragilise l’équilibre économique de l’école ». Les économies induites par le regroupement doivent permettre de financer des travaux attendus sur le site de Versailles. Côté pédagogique, le dernier rapport du Haut conseil pour l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES, ex-AERES) daté d’octobre 2014 est également sévère avec l’école. Il préconise une spécialisation par site pour mieux positionner les deux campus, et les préparer du même coup à la réforme LMD (licence, master, doctorat). Il attend aussi de l’établissement une insertion post-diplôme plus rapide.

Bonne intégration locale
Pourtant, le regroupement s’inscrirait à rebours des logiques de décentralisation, et alors que l’évolution pédagogique récente plaiderait pour un sursis. En effet, le rapport du HCERES est plus élogieux sur l’intégration à la vie locale, notant « les nombreux partenariats engagés avec les collectivités, notamment dans le cadre des ateliers pédagogiques régionaux (APR) de quatrième année, qui contribuent à des recettes complémentaires pour l’école ». Le rapport note que l’école jouit d’une « réelle reconnaissance par les acteurs de l’aménagement du paysage à l’échelle nationale », et ce particulièrement en région PACA, qui concentre près de la moitié des emplois APR noués (soit plus qu’en Île-de-France). Comme le souligne Guerric Peré, professeur à l’ENSPV, c’est surtout « la spécificité du paysage provençal, terrain de jeu varié avec notamment de grands enjeux de fertilisation », qui légitime la présence du campus dans la cité phocéenne. Ce que confirme Jean-Marc Zuretti, directeur de l’ École nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Marseille, qui remarque que « les collectivités territoriales font beaucoup travailler l’ENSP sur les problématiques de paysages méditerranéens ». Un argument qui s’ajoute à la question de l’équilibre territorial, puisque les deux autres écoles du concours commun de paysagisme sont à Bordeaux et Lille.

Chez les collectivités territoriales, on soutient l’école, mais sans passion : Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille s’est fendu d’un petit mot dans la presse locale, mais Laure-Agnès Caradec, adjointe en charge de l’urbanisme et vice-présidente de la métropole, n’a pas souhaité répondre au Journal des Arts. À la région, les subventions fluctuent, passent d’une sous-direction à une autre, rendant la stratégie peu lisible. Pourtant, en 2021, un nouveau campus situé porte d’Aix est censé abriter le regroupement de l’ENSPV, de l’ENSA de Marseille et l’Institut d’urbanisme et d’aménagement régional (IUAR). Le projet est même inscrit dans les deux précédents contrats de projets État région (CEPR). Compte tenu de ces multiples enjeux, une réunion de concertation doit avoir lieu ces jours-ci au ministère de la Culture, médiateur désigné.

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Panorama, TPFE de F. David, Formation de Paysagiste DPLG, promotion 2009 © Ecole Nationale supérieure de Paysage - Versailles et Marseille

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°452 du 4 mars 2016, avec le titre suivant : L’école de paysage de Versailles ferme son campus de Marseille

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