Dimanche 22 juillet 2018

Le retour des Français sur la scène internationale ?

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 1 mai 2006 - 1138 mots

Cinq ans après le rapport Quemin, peu flatteur pour les artistes contemporains français, qu’en est-il aujourd’hui de la place de ces créateurs sur la scène internationale ? Un bilan contrasté, et pas simplement du point de vue du marché, que l’on interprètera en fonction de son état d’esprit.

On ne touche pas à l’image de la France. Lorsqu’en juin 2001, le sociologue et universitaire Alain Quemin met en lumière la perte d’influence des artistes contemporains français, les réactions sont brutales. C’est que ce rapport commandé par le ministère des Affaires étrangères dit tout haut ce que tous les acteurs du marché savent parfaitement mais ne veulent pas admettre ou publiciser. L’honneur national est d’autant plus mis à mal que le rapport Quemin souligne que non seulement la France a dû céder la première place aux États-Unis, mais qu’elle se retrouve au quatrième rang derrière l’Allemagne et la Grande-Bretagne.
Certes, dans un monde de plus en plus métissé et globalisé, la nationalité des artistes fait débat. Quand tant de créateurs sont itinérants, le passeport a-t-il encore un sens ? On remarque cependant que les « Young British Artists » arborent fièrement leur drapeau et que la jeune peinture de Leipzig s’affiche en tant que telle. À ces réserves près, cinq ans plus tard, quelle est la place des
artistes français à l’étranger ?

« La situation n’a pas changé »
Alain Quemin est tout aussi pessimiste en 2006 qu’il l’était en 2000. « Objectivement, la situation n’a pas changé » affirme-t-il. Et force est de constater que certains indicateurs restent désespé­rément dans le rouge.
Le Kunst Kompass, un classement établi chaque année par le magazine allemand Capital, classe les cent premiers artistes contemporains vivants en fonction de la présence de leurs œuvres dans les musées, foires et salons.
Un classement contestable et contesté car il donne la part belle aux manifestations… allemandes. Et de fait on retrouve trente et un artistes allemands dans les cent premiers dont quatre dans le top dix. Reste que ce classement, certes biaisé, fournit des tendances. Il y avait quatre artistes français en 2000, et il y en a toujours quatre en 2005 : Christian Boltanski, Pierre Huyghe, Daniel Buren et Sophie Calle. Tout au plus, on peut noter une légère amélioration si l’on prend en compte leur nombre de points rapporté au total : 3,9 % au lieu de 3,7 % en 2000. Mais pas de quoi crier victoire.
La sanction du marché est tout aussi révélatrice. Selon le classement annuel Artprice des cent premiers artistes vivants, établi à partir du produit des ventes aux enchères de leurs œuvres, on trouve moins d’artistes français en 2005 (six) qu’en 2000 (sept). Et encore. Notons que parmi les six classés en 2005, deux sont d’origine étrangère (Zao Wou-Ki et Simon Hantaï) et une artiste Pop Art, Marisol Escobar, a fait toute sa carrière aux États-Unis. Ajoutons que les trois autres sont d’une génération plus ancienne. Alors que 43 % des artistes du classement sont nés après 1945, Mathieu est né en 1921, Soulages en 1919 et le sculpteur François-Xavier Lalanne en 1924.
Un simple coup d’œil dans le catalogue des grandes ventes d’automne new-yorkaises donnait déjà tendance. En  2000, il n’y avait qu’un seul Français (Yves Klein, décédé en 1962 !) dans la vente du soir, la plus prestigieuse, de Sotheby’s. En novem­bre 2005, parmi les trente-quatre artistes, il n’y avait cette fois, plus aucun français. Il fallait aller dans les ventes du matin et de l’après-midi pour trouver quelques frenchies. Encore et toujours Yves Klein, mais aussi Jean Dubuffet, Victor Vasarely et Zao Wou-Ki. Mais plus encourageant pour la création plus récente, des œuvres d’Yves Clerc et d’Annette Messager figuraient au catalogue.

Quelques signes prometteurs
Messager, justement, signera-t-elle le réveil de l’art contemporain français ? La Biennale de Venise décernait en 2005 un Lion d’or au Pavillon français entièrement signé par l’artiste. Le Lion d’or du Pavillon ce n’est pas le grand prix mais enfin c’est déjà cela. « Cessons de nous auto-fustiger, le passé est le passé, relevons les signes positifs », disait en substance dans une tribune publiée dans Le Monde, Olivier Poivre d’Arvor le bouillonnant directeur de l’AFAA.
Du côté d’Art Basel, la première grande foire d’art contemporain, les choses semblent bouger aussi. Si le pourcentage de galeries françaises reste toujours le même à 11 %, le nombre d’artistes français exposés dans les galeries étrangères, a légèrement augmenté, passant de vingt-cinq à vingt-huit. Les « historiques » y étaient évidemment toujours bien représentés. À commencer par Daniel Buren (né en 1938) qui bénéficiait peu de temps auparavant d’une grande exposition au Guggenheim de New York. Du coup, il n’y avait pas moins de cinq galeries étrangères qui présentaient des œuvres de Buren. Il n’y en avait qu’une, cinq ans auparavant. Encore plus significatif : la présence, toujours dans les galeries étrangères, de jeunes artistes français. Stéphane Couturier (né en 1957), Dominique Gonzalez-Foerster (née en 1965), Mathieu Mercier (né en 1970) sont parmi ceux-là.
« La reconnaissance de nos artistes à l’étranger passe par les galeristes. Et de ce point de vue, des gens comme Emmanuel Perrotin ou Nathalie Obadia montrent le chemin » affirme Patrick Bongers, président du comité des galeries . Et d’ajouter : « c’est une génération née de la crise du début des années 1990, ils n’hésitent pas à investir les foires étrangères, voire à s’installer aux USA, ils sont sur le terrain et ils parlent l’anglais ! ».
Et de fait Patrick Bongers met le doigt sur un problème tout bête déjà mis en évidence par Alain Quemin. Tout comme les Français en général, les galeristes et les artistes parlent mal l’anglais. Handicapés dans un marché de l’art devenu anglo-saxon, ils hésitent à aller vers les collectionneurs et conservateurs, s’isolant dans une attitude qui peut paraître être de l’arrogance.
Mais l’anglais n’est que l’une des raisons de la faiblesse des exportations des artistes français. On peut aussi citer pêle-mêle : le soutien intérieur public qui découragerait les artistes de se battre, le chauvinisme des États-Unis, une création trop intellectuelle, un marché intérieur trop étroit. Sur ce dernier point, à lire l’enquête du comité des galeries (L’œil n° 579), les affaires semblent aller beaucoup mieux ces temps-çi. Un signe optimiste de plus. Comme cette Triennale du Grand Palais qui « devrait montrer la vitalité du tissu créatif français » (P. Bongers). Regardons la moitié pleine du verre.

Autour de l’exposition

Informations pratiques
« La force de l’art » se déroulera du 9 mai au 25 juin 2006, tous les jours, sauf le mardi, de 12 h à 20 h. Tarifs : 7 € et 5 €, le billet est valable pour deux visites. L’exposition est gratuite pour les jeunes de moins de 18 ans. Sous la nef du Grand Palais, entrée par l’avenue Winston Churchill – Paris VIIIe. www.culture.fr ou www.rmn.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°580 du 1 mai 2006, avec le titre suivant : Le retour des Français sur la scène internationale ?

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