La Cour des comptes a l’œil sur la culture

Le réalisme de la Cour des comptes

Les magistrats livrent un audit très mesuré et pragmatique du réseau culturel de la France à l’étranger

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 29 octobre 2013 - 750 mots

En cette rentrée 2013, la culture fait l’objet de deux rapports. Celui de la Chambre régionale des comptes, sur l’activité des musées parisiens entre 2007 et 2011, conforte la création de Paris Musées. Celui de la Cour des comptes, commandé par Claude Bartolone, sur le réseau culturel de la France à l’étranger formule des recommandations pragmatiques.

PARIS - D’habitude plus catégorique, la Cour des comptes a remis en septembre 2013 au président de l’Assemblée nationale, son commanditaire, un rapport fort prudent et pragmatique sur le réseau culturel de la France à l’étranger. Il faut dire que la quatrième chambre présidée par Jean-Pierre Bayle n’a disposé que de quelques mois pour procéder à l’audit d’un réseau particulièrement complexe et par nature couvrant le monde entier. Il y a en fait deux réseaux, celui des Instituts français et celui des Alliances françaises. Depuis la réorganisation de 2009, 145 des 161 services de coopération et d’action culturelle qui dépendent du ministère des Affaires étrangères portent le nom d’Institut français. À côté, les 812 Alliances françaises, dont 482 subventionnées par le ministère, sont des associations de droit local. Le réseau français est ainsi le plus étendu, très loin devant les 149 Goethe Institut et les 191 British Councils. Deux opérateurs ont été créés en2010, l’Institut français, un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui a succédé à CulturesFrance et Campus France, chargé d’assurer la promotion des études en France. Malgré la similitude du nom, l’Institut français, n’a pas la tutelle sur les Instituts français.


Une expérimentation peu concluante


Leur rattachement à l’établissement dirigé par Xavier Darcos, plusieurs fois suggéré par les parlementaires, fait actuellement l’objet d’une expérimentation de trois ans portant sur douze bureaux. L’expérience n’est pas terminée, mais d’ores et déjà compte tenu des conditions mêmes du test, la Cour considère que les résultats ne sont pas interprétables et laisse entrevoir qu’il n’y aura pas de rattachement à court terme des 145 «postes», comme la Cour nomme ces centres culturels. Réalistes, les magistrats recommandent en revanche que l’Institut français joue un rôle d’intermédiation entre les opérateurs du ministère de la Culture et les postes, voire l’autorise à s’appuyer sur le réseau pour mener des actions communes. Au passage, ils soulignent la faiblesse de la coopération des opérateurs culturels présents à l’étranger, par exemple les 70 missions du Louvre avec les Instituts français. D’ailleurs de manière générale le ministère de la Culture est peu présent dans le rapport, à proportion de sa participation financière dans l’action culturelle extérieure.
Tout aussi pragmatiques, les magistrats de la Rue Cambon, n’évoquent même pas l’idée d’une fusion, parfois proposée, entre Instituts et Alliances, vantant la souplesse et l’intégration locale des seconds. Ils admettent même que malgré les apparences et parfois une certaine concurrence sur le marché de l’enseignement et la certification du français, l’articulation entre les deux réseaux est loin d’être calamiteuse.

Après le mécano structurel, la Cour s’intéresse naturellement aux chiffres. Là aussi, sans doute influencés par le dialogue direct avec les acteurs sur le terrain, à travers questionnaires et tables rondes, les magistrats, d’habitude si prompts à réclamer des baisses budgétaires, soulignent cette fois les conséquences négatives des diminutions de crédit et d’effectifs. L’État a versé en 2013, 1,3 milliard d’euros à l’action culturelle extérieure au sens large: réseau, enseignement, audiovisuel. Le réseau, lui ne bénéficie que de 186 millions d’euros, dont  72 % de dépenses de personnel, une somme qui diminue d’année en année. Mais si la Cour regrette cette baisse, c’est pour mieux rappeler l’effet de levier de l’argent public sur la recherche de cofinancements, devenue indispensable mais encore gérée de façon trop artisanale. Alors que le rapport ne porte en théorie que sur l’outil et pas sur le contenu de la politique extérieure culturelle de la France, il est bien difficile aux magistrats de faire abstraction du second. Ils regrettent ainsi l’absence «d’une stratégie suffisamment claire, tant sectorielle que géographique, qui soit étayée sur des analyses pertinentes des situations régionales et locales ou qui ait défini les objectifs et les impacts recherchés». Ils soulignent par exemple, que la France s’appuie encore trop sur sa culture historique («passéiste») sans rechercher assez de synergie avec l’économie et l’industrie. Ils appellent également à un redéploiement des moyens vers les pays émergents (à quoi servent les dix personnes et les 280 000 euros en Belgique, spontanément exposée à la culture française?). Comme souvent dans les rapports de la Cour, le plus intéressant n’est pas toujours dans le résumé, mais dans les observations qui nourrissent l’analyse.

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L'institut français de New Delhi. © Institut Français en Inde.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°400 du 1 novembre 2013, avec le titre suivant : Le réalisme de la Cour des comptes

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