Mercredi 11 décembre 2019

Paris

Le « Nouvel Orsay »

Au bout d’une semaine de fermeture, à la suite d’un mouvement de grève, le Nouvel Orsay a enfin ouvert ses portes au public

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2011 - 782 mots

Un appel à la grève des syndicats a retardé d’une semaine l’ouverture du Nouvel Orsay. Le 27 octobre, les visiteurs ont pu découvrir un parcours revu et agrandi, avec la création du pavillon Amont consacré aux arts décoratifs, et un Café de l’Horloge signé des frères Campana. L’accrochage, en particulier celui de la collection impressionniste, a été dépoussiéré avec élégance et sobriété.

PARIS - Aux États-Unis, la coutume veut que le nouveau directeur d’un musée soit recruté sur sa capacité à mener à bien le réaménagement des collections, voire l’extension d’un bâtiment. Il faut croire que le séjour nord-américain de Guy Cogeval à la tête du Musée des beaux-arts de Montréal lui a donné des idées, car sa candidature à la présidence d’Orsay incluait la plus grande transformation que le musée ait connue depuis sa création en 1986. Deux ans de travaux ont été nécessaires au « Nouvel Orsay », que le public aurait dû découvrir le 20 octobre, une semaine après son inauguration officielle par le Premier ministre François Fillon (lire l’encadré). Le coût total de l’opération s’est élevé à 20 millions, dont les deux tiers ont été pris sur les fonds propres du musée – qui a fait voyager ses collections à travers le monde, dans le cadre d’expositions clés en main rémunérées.

Réalisée avec l’accord de Gae Aulenti, à qui l’on doit l’aménagement de la gare en musée dans les années 1980, cette transfiguration signe une première étape vers le renouveau complet de l’institution prévu pour 2015. Parallèlement à la création de salles dans le pavillon Amont, dont le cabinet d’architectes l’Atelier de l’île (Dominique Brard, lire p. 15) a talentueusement recomposé le volume industriel en plusieurs étages accueillant les collections d’arts décoratifs, la réécriture du musée s’est faite en révisant le circuit des collections et en jouant sur la couleur : « Le blanc tue toute peinture, en dehors de l’art du XXe siècle et de l’art contemporain », explique Guy Cogeval. Les grands formats de Courbet (Un enterrement à Ornans, L’Atelier du peintre…) sont enfin correctement éclairés sur fond violet, tandis que le bleu pétrole fait ressortir le soleil des toiles de Van Gogh dans la galerie Françoise-Cachin consacrée au postimpressionnisme.

Plus radical est le noir graphite des salles impressionnistes du cinquième étage, repensées avec Jean-Michel Wilmotte. Rarement Le Déjeuner sur l’herbe de Manet, visible depuis la salle de l’Horloge, a-t-il paru plus imposant. Dans cette atmosphère aussi luxueuse que sobre, l’accrochage est dense et les œuvres très présentes – au point qu’il est difficile de s’attarder sur une en particulier. Ce dépoussiérage prend parfois des tours surprenants, comme ce face-à-face entre les nus tardifs de Renoir et la côte accidentée de Belle-Île de Monet, qui décline les contrastes : le doux et le revêche, le vaporeux et le dense, l’animal et le minéral, le sucre et le sel… L’expérience est si intense que l’irruption, en fin de parcours, dans les éclats dorés et bleutés du Café de l’Horloge, transfiguré par les frères Campana, donne l’impression de débarquer dans la salle du trésor d’une pyramide ! Une parenthèse miroitante pour reprendre son souffle avant de retrouver la sobriété de la salle des colonnes (disparues) très agréablement réhabilitée, et du cabinet des arts graphiques.

Avec le recul, le projet de Gae Aulenti, tout de pierre vêtu, s’inscrit dans l’esthétique des gares historiques, comme la Grand Central Station à New York. Au XXIe siècle, la gare d’Orsay poursuit sa mue, perd son profil « hall de gare » et gagne en élégance. Un virage déjà amorcé en 2009, avec les salles dévolues à la collection Philippe Meyer, qui devrait inspirer les mécènes et les donateurs pour enrichir les collections.

La fin de la grève votée à l’unanimité

Le 20 octobre, à la suite d’un appel à la grève du personnel des syndicats CGT, CFDT et Sud du Musée d’Orsay, le public venu découvrir le Nouvel Orsay a trouvé portes closes. Et ce pendant six jours (si l’on exclut la fermeture hebdomadaire). Les syndicats réclamaient la création d’une vingtaine de postes d’agents de surveillance, revendication motivée par les 2 000 mètres carrés d’espaces d’exposition additionnels du pavillon Amont. Dans le cadre d’une réduction des effectifs prévue par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), le musée a perdu 34 postes depuis deux ans. Reçus une seconde fois par le ministère de la Culture le 26 octobre, les syndicats ont obtenu « quinze postes avec le déplacement du calendrier », et la promesse de l‘ouverture de négociations avec le Musée d’Orsay sur les conditions de travail. Le lendemain, la réouverture du musée a été votée à l’unanimité. Le coût économique de cette grève est estimé à 200 000 euros par la direction.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°356 du 4 novembre 2011, avec le titre suivant : Le « Nouvel Orsay »

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