Dimanche 18 février 2018

Le MoMA rouvre la succession Malevitch

Le Journal des Arts

Le 3 juillet 2008

En restituant une œuvre majeure de Malevitch à ses héritiers et en leur versant une somme équivalant à 31 millions de francs à titre de dédommagement, le MoMA apporte un éclairage involontaire sur la succession de l’artiste. Depuis 1935, le musée avait en sa possession un groupe d’œuvres « abandonnées » à Berlin par le fondateur du Suprématisme.

NEW YORK - À la suite d’un procès intenté par les héritiers de Kasimir Malevitch, le Musée d’art moderne de New York (MoMA) a décidé de restituer aux ayants droit du peintre russe Composition suprématiste (1920-1925), et de leur verser une compensation financière pour les œuvres qu’il garde en sa possession – la somme serait de 5 millions de dollars, environ 31 millions de francs. Si ces peintures figurent dans les collections du musée depuis 1935, leur arrivée en Occident remonte à 1927, lors du seul séjour de Malevitch à l’étranger, un voyage de trois mois en Pologne et en Allemagne. Il s’était rendu à Berlin pour organiser une exposition monographique d’une trentaine de ses peintures et dessins. Rappelé d’urgence en Union soviétique, il avait été obligé de les laisser à des proches, la famille Van Riesen et Hugo Häring. Pour Aleksandra Satskich, expert russe du fondateur du Suprématisme, il avait l’intention de vendre ces œuvres : “Il avait laissé à ses amis des dispositions précises à ce sujet. De plus, son frère vivait alors en Pologne, et Malevitch aurait très bien pu faire revenir les œuvres par son intermédiaire, après la fermeture de l’exposition”. Mais elles furent confiées à Alexander Dorner, conservateur du musée de Hanovre, avant d’être cachées pour échapper au sort funeste promis par les nazis à l’“art dégénéré”. En 1935, Alfred Barr, conservateur au MoMA, récupère une partie des œuvres et parvient à les exporter illégalement. Elles seront d’ailleurs montrées à New York dès 1936, dans l’exposition “Cubisme et art abstrait”, et constitueront longtemps une des seules traces d’un travail volontairement occulté par l’URSS. Le MoMA n’est pas le seul musée concerné par cet épisode ; le Stedelijk Museum d’Amsterdam a acquis en 1958 des archives restées à Berlin, en même temps qu’un des plus importants ensembles d’œuvres de Malevitch.

Par l’intermédiaire de leur avocat, les trente et un ayants droit se sont félicités d’une solution qui “reconnaît l’importance de l’héritage de l’artiste”. À sa mort, en 1935, ses trois héritiers – sa mère, sa veuve et sa fille – avaient remis au Musée russe les œuvres en leur possession, et celui-ci les a cachées jusqu’à l’intervention du nouveau directeur, Vasilij Puskarev, en 1977. Le ministère de la Culture s’était alors décidé à payer une somme dérisoire pour cet ensemble extraordinaire. Œuvres passées clandestinement à l’Ouest, expropriations par l’État  soviétique, l’“affaire Malevitch” pourrait en entraîner d’autres. Aleksandra Satskich cite notamment le cas de la collection de Sergueï
Chtchoukine, commanditaire de La Danse de Matisse dont les œuvres voyagent actuellement dans le monde entier, sous l’étiquette du Musée de l’Ermitage ou du Musée Pouchkine. La fille du collectionneur demande simplement qu’elles soient au moins rassemblées dans un musée portant le nom de son père, dans son ancienne villa de Moscou.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°88 du 10 septembre 1999, avec le titre suivant : Le MoMA rouvre la succession Malevitch

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