Le maire de New York prend conseil

La municipalité se dote d’une Commission de conseil pour les affaires culturelles

Le Journal des Arts

Le 18 avril 2003

Le maire de New York, Michael Bloomberg, vient d’instaurer une Commission de conseil pour les affaires culturelles de la Ville. Contrairement à la Commission de décence, imposée par l’ancien maire Rudolph Giuliani, ce nouveau groupe, formé de vingt et un mécènes, administrateurs et entrepreneurs, a pour but de venir en aide aux organisations à but non lucratif très actives à New York.

NEW YORK - Après l’annonce par Michael Bloomberg, maire de New York, de la création d’une Commission de conseil pour les affaires culturelles, les sirènes d’alarme n’ont pas tardé à retentir dans la ville. Ce nouvel organisme ne ressemble pourtant en rien à la fameuse Commission de décence, cheval de bataille de l’ancien maire Rudolph Giuliani, décriée comme un dangereux retour de la censure. En effet, en vertu d’une clause de la charte municipale, le maire a le pouvoir de nommer une commission qui, grâce à la coopération des organismes new-yorkais, permet de coordonner et promouvoir les activités culturelles de la ville.

Kate Levin, commissaire des Affaires culturelles et conseillère de Michael Bloomberg pour les nominations des membres du groupe, nous a confié qu’“en aucun cas la commission n’imposera de critères sur les arts et la culture dans la ville.” Pas plus qu’elle ne génèrera des fonds qui viendraient remplacer les financements publics des arts et de la culture, victimes d’une sérieuse baisse (lire le JdA n° 168, 4 avril 2003). En clair, cette commission assistera le département des Affaires culturelles de New York dans sa mission de soutien de la très importante communauté bénévole new-yorkaise.
Les vingt et un conseillers – hommes d’affaires, mécènes, artistes et administrateurs du monde des arts – officieront sur une période de trois ans et se rencontreront quatre fois par an,  à titre bénévole. À défaut d’endosser le rôle d’une brigade des mœurs de la culture, la Commission prodiguera ses conseils au niveau décisionnel, contribuera à la rédaction de rapports, et participera à la coordination des actions culturelles de la Ville, de l’État et des agences fédérales. Présidente émérite du Museum of Modern Art, Agnes Gund, parmi les plus importants mécènes de la ville, conduira ce nouveau groupe, qui, selon elle, “engendrera des collaborations, attirera des nouveaux publics et des soutiens, et aidera les écoliers à développer une relation à long terme avec les arts.”

Les inquiétudes liées au retour déguisé d’une commission de décence sont toutefois compréhensibles. Il y a quelques années, l’ancien maire, Rudolph Giuliani, avait ressuscité une commission chargée de préconiser le type de création artistique digne de l’aide financière de la municipalité. L’aversion de l’ancien maire face à certaines œuvres des poulains de Charles Saatchi, les “Young British Artists”, lors de l’exposition “Sensation” au Musée municipal de Brooklyn en 1998, l’avait même conduit à aborder cette question épineuse dans les débats précédant sa réélection, tout d’abord en menaçant de suspendre les subventions du musée et, par la suite, en nommant la susnommée Commission de décence. Selon lui, les impôts n’étaient pas destinés à financer des œuvres susceptibles de choquer ou de déplaire, notamment dans le domaine de la religion. Au final, la commission Giuliani a soumis quelques rapports qui n’ont jamais proprement abouti. Kate Levin soutient que “cette nouvelle commission n’a pas ce mandat”, en précisant que le maire n’a jamais fait de déclaration à propos de la bienséance, de la convenance, ou de quoi que ce soit concernant des critères à remplir pour obtenir des financements de la ville. “Le maire croit fermement au Premier Amendement”, ajoute-t-elle.

Au sujet des missions de la commission, Kate Levin explique qu’il y a manifestement “quatre secteurs dans lesquels ce groupe peut avoir une compétence : la gestion et le développement du conseil, l’enseignement des arts et de la culture, le marketing et le travail social et, pour finir, l’assistance en équipements [conseil technique pour des projets].” Les membres ont été choisis selon leur habilité à contribuer à ce programme préliminaire, et quatre sous-comités de cinq personnes se concentreront sur des secteurs en particulier. Selon Kate Levin, le groupe a pour but de concilier les intérêts individuels au sein du service public avec les organisations cherchant à recruter des membres pour leur conseil d’administration.

Par ailleurs, la commission a pour mission de réfléchir à une meilleure intégration des arts et de la culture au sein des programmes scolaires, de développer un plan marketing détaillé pour les organisations à but non lucratif de la ville, de dresser un modèle de comptabilité que les organisations utiliseraient pour présenter leurs comptes et, enfin, d’assister cent vingt groupes bénévoles actuellement engagés dans des projets. “Grâce aux grandes connaissances, à la vision et aux talents de ces membres, conclut le maire, la Ville va améliorer sa capacité à assister la communauté culturelle et plus particulièrement les organisations à but non lucratif.”

Les vingt et un conseillers du maire :

Eddy Bayardelle, directeur de Global Philanthropy, Merrill Lynch & Co. ; Charles C. Bergman, président de la Fondation Pollock-Krasner, superviseur au Harvard University Art Museums et membre du New York State Council on the Arts ; Laurie Blitzer, directrice exécutive des Affaires externes et non lucratives de McKinsey & Co ; Daniel Brodsky, directeur associé de l’Organisation Brodsky, projet de développement immobilier à Manhattan, et membre des conseils d’administration du Metropolitan Museum of Art et du New York City Ballet ; Amy Chin, directrice exécutive du New York Chinese Cultural Center ; Chuck Close, artiste, membre du conseil d’administration du Whitney Museum ; Vishakha N. Desai, vice-présidente senior de l’Asian Society de New York, directrice du musée et des programmes culturels de la société et membre du conseil d’administration de la Fondation Andy Warhol ; Evangeline Douris, cofondatrice du Hellenic American Neighborhood Action Committee ; Robert Esnard, président de la société immobilière Donald Zucker Company ; Dolores M. Fernandez, présidente de l’Hostos Community College de la City University of New York ; Alan H. Fishman, directeur général de l’Independence Community Bank et président de la Brooklyn Academy of Music ; Susan K. Freedman, présidente de l’association à but non lucratif du Public Art Fund, membre du conseil d’administration de la Municipal Arts Society ; Agnes Gund, présidente émérite du Museum of Modern Art (MoMA), membre affiliée du Wexner Center for the Arts, de l’American Academy à Rome, de la Fondation Romare Bearden, et du J. Paul Getty Trust ; Michael Lynne, coprésident et codirecteur général de New Line Cinema, membre du conseil d’administration du MoMA, du Drawing Center et de l’American Museum of the Moving Image ; Raymond J. McGuire, directeur général du département des Fusions et Acquisitions chez Morgan Stanley, président du Studio Museum à Harlem et membre du conseil d’administration du Whitney Museum ; Judith O. Rubin, président du théâtre Playwrights Horizons et membre du New York State Council on the Arts ; David M. Sable, président-directeur général de la société de communication Wunderman New York ; Robert Soros, fils du financier milliardaire George Soros, vice-président du Soros Fund ; Laurie Tisch Sussman, présidente du Center for Arts Education, présidente de sa propre fondation, membre du conseil d’administration du Whitney Museum et membre du New York State Council on the Arts ; Jeanette Sarkisian Wagner, vice-présidente émérite de Estee Lauder Companies ; Allan Weissglass, président du Magruder Color Co. et proche du Metropolitan Museum of Art.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°169 du 18 avril 2003, avec le titre suivant : Le maire de New York prend conseil

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