Samedi 7 décembre 2019

Le luxueux mobilier des paquebots

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 6 septembre 2011 - 788 mots

Les objets issus des paquebots des années 1930 sont très appréciés outre-Atlantique. Ils sont cependant loin d’atteindre les cotes habituelles de l’Art déco.

Véritables condensés des prouesses techniques d’une époque, les paquebots comme le France (1912), l’Île-de-France (1927) ou le Normandie (1935) ont aussi abrité l’esprit créatif du moment. « Le paquebot, c’est l’apogée du savoir-vivre et du savoir-faire français, c’est la concentration de toutes les nouvelles technologies et de tous les plus grands artistes, souligne l’expert Jacques Dworczak. C’est un peu la Rolls des mers, qui fait voyager et rêver les gens. C’est un morceau de patrimoine. »
Lancé au Havre par la Compagnie générale transatlantique, le Normandie occupe une place à part dans l’histoire de la marine marchande. Considéré en 1935 comme le navire le plus rapide, permettant de rejoindre New York en cinq jours, il fut aussi le plus luxueux. René Lalique y a réalisé douze piliers en cristal, trente-huit colonnes lumineuses et deux chandeliers monumentaux éclairant l’immense salle à manger des premières classes, dessinée et décorée par Pierre Patout et Henri Pacon. De son côté, Jean Dupas a signé les grands panneaux en verre églomisé du salon. Raymond Subes a réalisé les portes monumentales de la salle à manger. Réquisitionné par les Américains en 1941 et rebaptisé USS Lafayette avant d’être ravagé par un incendie en 1942 dans le port de New York, le Normandie garde une aura mythique. « Le marché, pour le Normandie, est principalement américain et basé à New York. Des pièces arrivent en vente assez fréquemment parce qu’il y a eu une production assez massive. 50 % des collectionneurs sont obsédés par les paquebots, et 50 % sont des amateurs d’Art déco », observe James Zemaitis, senior business developer chez Sotheby’s pour l’Amérique du Nord.

En décembre 2009 à New York, chez Sotheby’s, dix panneaux de Jean Dupas représentant le Triomphe de Vénus, issus du grand salon du Normandie ont été adjugés 512 500 dollars (350 000 euros), un record pour un objet issu d’un paquebot. Plus modestement, en juin dernier, toujours à New York, l’auctioneer a vendu 18 750 dollars (13 000 euros) un set complet d’éléments en verre de Lalique pour les suites de luxe du bateau. D’après James Zemaitis, 95 % du marché des objets issus des paquebots sont alimentés par les reliques du Normandie, les 5 % restant provenant principalement de l’Île-de-France. Christie’s a cédé, pour 157 000 euros à Paris, en février 2009, une vasque éclairante de Ruhlmann créée pour ce paquebot. Si les objets de décoration tiennent le haut du pavé, certaines pièces relevant des memorabilia sont aussi prisées. Ainsi, en mai 2010 chez Artcurial, à Paris, un menu datant de l’inauguration du Normandie a-t-il été adjugé 830 euros. 

Un marché américain
Les prix des objets issus des paquebots ne rivalisent toutefois pas avec ceux des fleurons de l’Art déco. En juin 2001, à New York, Christie’s a cédé une paire de fauteuils créée pour la salle à manger des premières classes du Normandie pour seulement 14 100 dollars (16 000 euros). « La date d’exécution des pièces les place en dehors de la période considérée comme l’apogée de l’Art déco, souligne James Zemaitis. Il y a aussi un manque d’acheteurs européens. Ces derniers n’ont pas la même vision romantique du Normandie que peuvent en avoir les Américains. » « Il y avait une vraie qualité dans la réalisation des intérieurs des paquebots, avec l’intervention de Ruhlmann ou Leleu. Mais il n’y avait pas d’ébène de Macassar ou de marqueterie, ne serait-ce que pour des problèmes d’hygrométrie. Il y a moins de préciosité dans les placages, la solidité étant privilégiée face à l’afflux des voyageurs », renchérit Sonja Ganne, spécialiste chez Christie’s.

Si la « normandomania » a encore de beaux jours devant elle outre-Atlantique, elle reste plus modérée en France. « Il n’y a pas assez d’objets qui circulent, admet Jacques Dworczak. Nous avons tous les ans une trentaine de pièces et très peu de meubles. On trouve le plus souvent des sièges de pont, assez convoités, mais le mobilier intérieur est rare. » La première vente consacrée au paquebot France, chez Artcurial à Paris, en février 2009, a déjoué les pronostics, certains objets ayant été adjugés dix fois leurs estimations. La deuxième vacation thématique, orchestrée en 2010 par la maison de ventes, a toutefois suivi les estimations. Faute de matériel, Jacques Dworczak n’envisage d’ailleurs pas de nouvelle dispersion. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°352 du 9 septembre 2011, avec le titre suivant : Le luxueux mobilier des paquebots

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