Samedi 5 décembre 2020

Art ancien

Extension

Le Louvre lève le voile sur les arts de l’Islam

Le musée universel vient d’inaugurer les nouveaux espaces de son huitième département. Un geste architectural spectaculaire signé Mario Bellini et Rudy Ricciotti.

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 18 septembre 2012 - 846 mots

PARIS

Le Musée du Louvre vient d’inaugurer les espaces de son huitième département, consacré aux arts de l’Islam. Signée des architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti, coiffée d’une verrière de maille conçue tout en ouvertures, la nouvelle structure s’est posée au cœur de la cour Visconti et se prolonge en sous-sol. Quelque trois mille œuvres, parmi les dix-huit mille que conserve l’institution, retracent au total mille deux cents ans de l’histoire d’un territoire qui couvre trois continents et s’étend de l’Espagne à l’Inde.

PARIS - « La cour Visconti tient dans sa main ce gioiello [bijou]. On a fait ça : une espèce de souffle, de voile… On peut dire tout ce qui est interdit de dire : une tente bédouine, un foulard islamique ou plus simplement une plume qui flotte dans l’air. » C’est en ces termes que Mario Bellini décrivait la verrière tissée de maille, élément architectural majeur venu coiffer les nouveaux espaces du huitième département du musée, consacré aux arts de l’Islam, à la veille de son inauguration par le président de la République.

Conçu dans les années 1990 par Michel Laclotte, ancien directeur de l’institution, et Marthe Bernus-Taylor, conservatrice de ce qui n’était alors qu’une section d’arts islamiques au sein du département des Antiquités orientales, le chantier a été lancé en grande pompe par le président Jacques Chirac en 2002. Il aura nécessité un budget de 100 millions d’euros, dont 31 millions provenant de l’État. La cellule mécénat du Louvre a fonctionné à plein régime pour réunir les 70 millions d’euros restants, faisant largement appel à la générosité des pays de la péninsule Arabique. Henri Loyrette souligne l’importance de ce mécénat « non défiscalisé » : « Il faut rappeler par les temps qui courent que l’opération n’a pas coûté cher à l’État. » Peu avant l’ouverture, il manquait encore 10 millions d’euros, que le Louvre a finalement décidé de prendre sur ses fonds propres.

Imaginée par Bellini et Rudy Ricciotti avec le concours de l’architecte ingénieur Renaud Piérard, la nouvelle structure de l’établissement public s’inscrit au cœur de la cour Visconti, écrivant une nouvelle page de l’histoire du Grand Louvre. Écartant les préconisations des services de l’État, qui suggéraient de couvrir la cour à l’aide d’une grande verrière, sous laquelle se seraient déployés plusieurs étages en mezzanine les architectes ont préféré creuser en sous-sol un parcours conçu tout en ouvertures. Rudy Ricciotti a rappelé la volonté de « ne pas enfermer les arts de l’Islam » et de « ne pas mettre les dispositifs muséaux sous un couvercle ».

Les deux niveaux – le premier couvre la période allant de 632 à l’an mil, le second, du XIe au XIXe siècle – sont ouverts l’un sur l’autre et multiplient les points de vue. En dépit d’agencements spectaculaires des plus réussis, comme ces immenses mosaïques restaurées de Qabr Hiram installées au sous-sol et visibles depuis le rez-de-chaussée, la scénographie pèche parfois par son manque de relief. Le parti pris muséographique, avant tout pédagogique, confine à l’accumulation des objets dans des vitrines thématiques, au risque d’une certaine monotonie. En refusant de hiérarchiser les œuvres et de distinguer les grands chapitres de l’histoire, le parcours frôle parfois l’étalage, comme s’il manquait à la présentation une cheville ouvrière, celle de la scénographie.

Diversité des créations
Les panneaux introductifs, qui s’appuient sur des cartes géographiques spécialement conçues pour l’occasion par Sciences Po, et les cartels des œuvres permettent au plus grand nombre d’appréhender ce qui se cache derrière cette vaste dénomination d’« arts de l’Islam ». À la tête du nouveau département, Sophie Makariou a réussi à évoquer « la diversité des créations artistiques issues de mille deux cents ans d’histoire et d’un territoire déployé sur trois continents ». Une véritable gageure au vu des quelque 18 000 numéros que compte la collection du Louvre (dont 3 400 dépôts venus des Arts déco).

Après avoir trop longtemps sommeillé dans les réserves des deux institutions, près de 3 000 pièces sont aujourd’hui dévoilées au public, à l’exemple de la Pyxide d’al-Mughira, sculptée en ivoire à la cour umayyade d’Espagne ; du Baptistère de Saint Louis, bassin mamlouk (début XIVe siècle) qui a vu défiler les petits rois de France, ou du mur de carreaux ottomans reconstitué sur douze mètres de long. Citons aussi le porche égyptien du XVe siècle, remonté pour la première fois depuis son arrivée par bateau au Havre pour l’Exposition universelle de 1889.

Dans l’ombre de cette inauguration très attendue, de nouvelles salles consacrées à l’Orient méditerranéen dans l’Empire romain ouvrent également leurs portes au public (lire l’encadré). Mais le Grand Louvre n’a pas fini son expansion et, d’ici à 2015-2016, il s’offrira un neuvième département, consacré cette fois aux arts des chrétientés d’Orient, des empires byzantins et slaves, en lieu et place des espaces laissés vacants par les arts de l’Islam dans l’aile Sully.

LES ARTS DE L’ISLAM

- Superficie : 2 800 m2

- Budget : 100 millions d’euros

- Nombre d’œuvres : 3 000

- Directrice du département : Sophie Makariou

- Architectes : Mario Bellini, Rudy Ricciotti et Renaud Piérard
 

Le Proche-Orient à l’heure romaine

Dispersées entre les trois départements antiques du Musée du Louvre, les collections romaines du Proche-Orient et de l’Egypte sont enfin réunies dans un même espace. Conçues par François Pin, architecte muséographe, Mario Bellini et Rudy Ricciotti, ces nouvelles salles sont adjacentes au département des Arts de l’Islam. Issues des anciennes provinces orientales de l’Empire romain – qui correspond aux territoires actuels de la Turquie, la Syrie, le Liban, la Palestine, Israël, la Jordanie et l’Égypte –, les œuvres présentées évoquent la vie culturelle et religieuse des populations de ces provinces romaines. Le portrait de femme dite L’Européenne peint sur bois en Égypte au IIe siècle côtoie désormais l’ensemble des sculptures du mithraeum (grotte, crypte) de Sidon (Liban) et La Coupe de Césarée originaire de Palestine (IVe siècle).

Légende Photo :
Le musée du Louvre - Paris - © photo Ludosane - 2012

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°375 du 21 septembre 2012, avec le titre suivant : Le Louvre lève le voile sur les arts de l’Islam

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