Lundi 24 septembre 2018

Région

Le FRAC Poitou-Charentes mis au vert ?

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 17 février 2006 - 730 mots

Ségolène Royal, présidente de Région, souhaiterait installer le Fonds régional d’art contemporain dans les bâtiments d’un ancien centre d’agritourisme, loin de toute ville.

ANGOULÊME - Cela pourrait ressembler à une plaisanterie. Il n’en est rien et, en apprenant l’affaire dans les colonnes du quotidien local La Charente libre, Philippe Mottet, le maire (UMP) d’Angoulême, avait tout sauf envie de rire. Profitant d’une visite au festival de la Bande dessinée, le 28 janvier, Ségolène Royal, présidente (PS) du conseil régional de Poitou-Charentes depuis 2004, a pris tout le monde de court. Elle a annoncé sa volonté de transférer le Fonds régional d’art contemporain (FRAC), historiquement implanté à Angoulême, dans les bâtiments du Centre international caprin de Linazay (Vienne), fermé depuis octobre 2004. Cette décision présente un double avantage pour le conseil régional : régler deux dossiers d’un seul coup, en liant l’avenir du FRAC, qui est au centre d’un projet d’agrandissement depuis plusieurs années, à celui de « Cabrilia », cette vitrine de la filière caprine créée en 2003 par le précédent conseil régional, alors présidé par la suppléante de Jean-Pierre Raffarin, Élisabeth Morin (UMP), et rapidement naufragé. Sur un parc de neuf hectares, les bâtiments flambant neufs, équipés d’un auditorium, de salles d’exposition et d’un restaurant sont inoccupés depuis plusieurs mois. Pourquoi donc ne pas y transférer le FRAC, trop à l’étroit dans les murs de l’hôtel Saint-Simon, au centre-ville d’Angoulême, s’est en substance demandé Ségolène Royal.
Si l’équation est simple, la décision est pourtant loin de faire l’unanimité. Parce qu’un autre projet pour le FRAC était déjà sur les rails. En 2003, un concours avait ainsi désigné l’architecte Jean-Marie Mandon pour la transformation d’un espace commercial de 2 000 m2, situé à l’étage d’un bâtiment angoumois, acheté par la ville en 2000 et transféré depuis à la Région.
Ce projet laissait enfin entrevoir un déménagement du FRAC, envisagé depuis 1996. « Le projet a été validé par le ministère de la Culture et le Conseil régional, et il était sur le point d’être réalisé juste avant les élections [NDLR : les régionales de 2004] », rappelle Philippe Mottet. L’alternance politique aurait ainsi provoqué une remise à plat du dossier, le site paraissant subitement inadapté, et l’addition de 2,5 millions d’euros, trop salée. Refusant d’apposer sa signature sur un projet amendé à sa demande, la Région a alors étudié la possibilité d’une installation sur un autre site. Pour finalement retenir Cabrilia, dont la construction avait coûté plus de 3 millions d’euros à la collectivité. « Ce n’est qu’un nouveau revirement, déplore Philippe Mottet. Ségolène Royal a changé cinq fois d’avis sur ce sujet. Mais c’est un mauvais coup porté à Angoulême. » Localisé en rase campagne, dans un bourg rural de 200 habitants, le centre international caprin se trouve en bordure de la RN10, à mi-chemin entre Poitiers, Angoulême et Niort, soit à plus de 45 minutes de ces trois métropoles régionales. « Le projet d’Angoulême ne nous convenait pas », rétorque Paul Fromenteil, vice-président de la Région et président de la commission « Vivre ensemble », qui regroupe culture, sport et lien social. « L’objet d’un FRAC n’est pas de faire venir le public, mais d’aller vers les publics grâce à sa politique de diffusion. »
Furieux de perdre la main, le maire d’Angoulême, qui fut aussi président du FRAC pendant six ans, a saisi le ministère de la Culture, cofinanceur du projet à plus de 50 %. « Il n’y aura pas d’arbitrage politique sur ce sujet », se défend-on d’emblée Rue de Valois, afin d’éviter toute polémique avec Ségolène Royal. « Mais nous rappelerons les règles de fonctionnement et la vocation d’un FRAC, qui n’est pas d’être situé en rase campagne. » La Région ne compte toutefois pas se laisser dicter sa conduite. « À notre arrivée, le FRAC était en crise, rappelle Paul Fromenteil. Ses sept cents œuvres étaient entassées dans un lieu inadapté et il n’y avait pas eu d’acquisitions depuis deux ans, le ministère de la Culture n’ayant pas versé sa contribution. Les locaux nous appartiennent et nous prendrons nos responsabilités, mais je ne vois pas pourquoi le ministère de la Culture refuserait cette perspective qui est marquée par une véritable ambition pour le FRAC. » Une mission d’étude a été commandée par la Région à Gildas Le Reste, directeur de l’École municipale d’arts plastiques de Châtellerault. Elle devrait être remise le 15 mars.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°231 du 17 février 2006, avec le titre suivant : Le FRAC Poitou-Charentes mis au vert ?

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