Dimanche 23 février 2020

Denis Pietton, président de l’Institut français

Le devoir de soutien de la France aux Rencontres de Bamako

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 17 novembre 2015 - 652 mots

Né en 1956, Denis Pietton a occupé diverses fonctions au ministère des Affaires étrangères avant sa nomination à la présidence de l’Institut français. Il a été notamment ambassadeur à Pretoria (2006-2009), à Beyrouth (2009-2012) et au Brésil (2013-2015). De 2012 à 2013, il fut le directeur de cabinet de Laurent Fabius.

L’Œil Après deux ans d’interruption liée aux différents événements au Mali, Les Rencontres de Bamako, biennale africaine de photographie, se déroulent à nouveau dans la capitale malienne jusqu’au 31 décembre 2015. Dès sa création en 1994, l’Institut français en a été le coproducteur avec le ministère de la Culture du Mali. Pourquoi vous êtes-vous engagés à nouveau dans ce festival ?
Denis Pietton Car nous tenons à cette biennale qui a fait émerger un grand nombre de photographes africains. Nous y tenons d’autant plus que le gouvernement malien y tient légitimement. Ces Rencontres sont un signe important de résistance qui se passe au Mali et dans cette région du monde.

C’est aussi un signe d’un retour à la vie normale et un signal fort de soutien que la France apporte au Mali. Bamako et ses environs sont pourtant placés par le ministère des Affaires étrangères en zone orange, c’est-à-dire « en zone déconseillée sauf raisons impératives », la grande partie du pays étant formellement déconseillée. Faut-il passer outre ces conseils et s’y rendre ?
Il faut y aller. Tout est fait au niveau de la sécurité pour que cela se passe aussi bien que possible. Notre ambassadeur sur place est mobilisé et la sécurité malienne est engagée dans la protection des sites et les déplacements. En ce qui nous concerne, nous sommes évidemment en relation avec le centre de crise du Quai d’Orsay. On ne s’aventure pas sur ce terrain sans prendre toutes les précautions.

Vous avez pris vos fonctions à la tête de l’Institut français en juillet 2015. La décision de soutenir l’organisation de la biennale était déjà prise. Auriez-vous examiné autrement cet engagement ?
Honnêtement, je ne crois pas. L’intervention militaire qui a permis de sauvegarder l’unité du Mali date de 2012 ; j’étais à Paris à ce moment-là. Depuis, beaucoup de temps a passé. Des visites permanentes sont organisées et notre ambassadeur est formel : il y a à Bamako même les moyens de protéger un tel événement. Et puis des visiteurs, des journalistes, il y en a quotidiennement à Bamako. Ma femme est libanaise, elle est élue à Byblos [Ndlr, Najwa Bassil Pietton est adjointe au maire de Jbeil/Byblos]. Lorsqu’il y a eu des problèmes liés à Daesh, des exécutions, des décapitations, un tas de missions ont été annulées. Vous ne pouvez pas savoir comment ces annulations ont été mal prises par des personnes comme ma femme. Car quand on s’implique dans un partenariat on s’engage à l’accompagner jusqu’au bout d’autant que toutes les garanties
de sécurité étaient données par l’ambassade à Beyrouth. L’exécution de notre compatriote en Algérie n’avait rien à voir avec la situation à Byblos.

C’est donc pour vous un devoir d’être aux côtés des organisateurs de la Biennale photo de Bamako ?
Oui. C’est montrer ce que peut représenter la solidarité. On ne peut pas parler de rayonnement et d’influence de la France si l’on n’accepte pas d’accompagner nos amis quand ils traversent des moments difficiles. Nous avons une responsabilité vis-à-vis des Maliens mais aussi vis-à-vis des Africains en général et des créateurs.

Les Rencontres de Bamako
La Biennale est née en 1994 d’une initiative des photographes Françoise Huguier et Bernard Descamps passionnés par le travail des photographes africains.

120 000 €
C’est la somme engagée par l’Institut français dans la Biennale, cofinancée avec le gouvernement malien et des partenaires privés.

Telling Me
Pour la dixième édition du festival, sa nouvelle directrice artistique, Bisi Silva, a choisi le thème de la narration du temps. Manière de créer pour elle « un lien entre le passé, le présent et le futur du continent africain ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°685 du 1 décembre 2015, avec le titre suivant : Le devoir de soutien de la France aux Rencontres de Bamako

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