Mardi 10 décembre 2019

L’architecture comme une icône

Expo.02 réunit des projets spectaculaires dans les musées

Le Journal des Arts

Le 14 juin 2002 - 784 mots

Au-delà des expositions, les créations architecturales sur les arteplages constituent le clou de l’Expo.02. Les organisateurs aiment d’ailleurs parler d’icônes.
À Bienne, trois tours argentées campent avec une certaine ironie le thème « Pouvoir et Liberté » ; à Morat, un mystérieux Monolithe flottant symbolise « Instant et Éternité » ; à Neuchâtel, les trois galets gonflables plantés dans un champ de roseaux artificiels illustrent le dilemme entre « Nature et Artifice ». Enfin, à Yverdon, un nuage artificiel propose d’expérimenter la notion de « Moi et l’Univers ».

Comme si pouvoir et liberté s’opposaient finalement radicalement, le site de Bienne est composé de deux entités séparées. D’une part, sur la rive, le Parc des expositions, aménagé sobrement par le bureau biennois Gebert Liechti Schmid Architectes SA, d’autre part, sur l’eau, le Forum de Coop Himmelb(l)au aux formes quelque peu mégalomaniaques. Reliées à la rive par une passerelle de 450 mètres de long, trois Tours de 40 mètres de haut se trouvent au bout d’une plate-forme dotée d’un immense toit. Construites à partir d’une structure métallique ultralégère enveloppée d’une bâche aux reflets métallisés, elles se reflètent en vain dans les eaux du lac de Bienne, éclairées par le plasticien français Yann Kersalé. Car bien que symboles faciles du pouvoir, elles sont pourtant occupées l’une par un ascenseur, l’autre par un escalier. L’effet immédiat est garanti, mais on peut se demander si un tel thème n’aurait pas pu être traité plus en finesse.

C’est justement la qualité majeure de l’intervention de Jean Nouvel à Morat. Séduit par l’imposante vieille ville médiévale, il a opté pour une intégration totale dans le paysage et l’histoire de la région. Accessible uniquement en bateau, son Monolithe – un cube de 134 mètres de côté à l’aspect rouillé – est ancré à quelques centaines de mètres du rivage. Étonnement, il s’inscrit dans le paysage comme un élément présent depuis longtemps, à l’image d’un château en ruine sur une île mystérieuse. L’ensemble de la ville fait office d’arteplage, semant la confusion dans l’esprit du visiteur car les expositions se tiennent dans une halle industrielle reconvertie, dans un jardin, dans un chantier naval ou encore sur les chemins de ronde de Morat. Des chaînes de bateau posées sur le sol guident le visiteur dans son parcours d’un lieu à l’autre.

À Neuchâtel, le groupe Multipack a imaginé trois Galets gonflables qui flottent au-dessus de la plate-forme lacustre où se tiennent la majorité des expositions. De taille différente, ils abritent chacun une métaphore d’un des éléments caractéristiques de la région : la ville, la montagne et le lac. L’une des spécificités de cet arteplage est la confrontation du travail de différents architectes. L’architecture de chaque pavillon reflète son contenu, sans pour autant qu’intérieur et extérieur aient été conçus par les mêmes auteurs. Pour la direction artistique, la confrontation s’est souvent révélée très fructueuse. Ainsi, Luigi Snozzi a imaginé la colline de l’intelligence artificielle, une structure en bois clair aux formes arrondies rappelant le Jura, occupé par deux expositions illustrant les rapports de l’homme et la machine aménagées par Fischteich & Partner. Sous un autre Galet, c’est un paysage urbain qui a été reconstitué avec notamment un très beau pavillon en cuivre oxydable qui abrite l’exposition sur la transformation de l’énergie.

Puzzle de disciplines
Le collectif Extasia – qui rassemble les architectes zurichois Vehovar & Jauslin, les scénographes de Morphing System à Zurich, les paysagistes hollandais de West 8, etc. – est à l’origine de l’aménagement de l’arteplage d’Yverdon situé en bordure de ville, sur un ancien hippodrome. C’est avant tout le résultat d’un fructueux “puzzle” de disciplines qui donne un parc aux dimensions très humaines et qui invite à la balade. Les parties construites sont très discrètes, avec une seule zone de pavillons regroupés sous une structure en acier et fibre de verre de trois couleurs. Les autres lieux d’animations sont enterrés sous des collines tapissées de fleurs multicolores qui répondent aux dessins du gravier bicolore. “L’attraction principale” du site réside dans le Nuage artificiel de 100 mètres de diamètre (des architectes new-yorkais Diller & Scofidio) qui flotte au-dessus du lac et dans lequel le visiteur peut circuler. Une structure métallique parcourue d’un réseau de 33 000 buses projette des gouttelettes d’eau. Plus qu’un nuage, “c’est la sensation d’instabilité qui prime, l’idée étant de produire un espace instable sans utilisation de matérialité”, selon Markus Röthlisberger.

Ces constructions éphémères doivent-elles disparaître ? Le débat est déjà ouvert, certaines communes ont d’ailleurs annoncé leur souhait de conserver le mobilier urbain créé pour l’occasion. Mais pour Armin Heusser, il n’y a pas de débat possible : “les structures doivent être démontées comme prévu pour maintenir la magie. Elles disparaîtront comme un rêve afin de graver les mémoires”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°151 du 14 juin 2002, avec le titre suivant : L’architecture comme une icône

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque