Mercredi 14 novembre 2018

Directeur du Lieu unique à Nantes

L’actualité vue par Jean Blaise

Le Journal des Arts

Le 12 mai 2000 - 972 mots

Créateur des festivals pluridisciplinaires les « Allumés » en 1990 et « Fin de siècle » en 1997 avec le CRDC (Centre de recherche pour le développement culturel) de Nantes, Jean Blaise a été nommé à la tête du Lieu unique en janvier 2000. Installée dans l’ancienne usine LU, la nouvelle scène nationale de Nantes accueillera les 12, 13 et 14 mai la première fête du livre d’art. De retour du festival Hué 2000 dont il était le directeur artistique, Jean Blaise commente l’actualité.

Avec cette nouvelle manifestation, Nantes ambitionne-t-elle d’être au livre d’art ce qu’Angoulême est à la bande dessinée ?
Non. Nous avons été sollicités par le Syndicat national de l’édition, qui souhaitait créer en province, dans une ville active, un Salon du livre d’art qui n’existait pas encore en France. Nous avons seulement l’ambition de créer un événement pérenne qui profite au livre d’art et qui soit reconnu nationalement d’ici deux ou trois ans. De là à imaginer que cet événement ait un jour la notoriété du Salon de la bande dessinée à Angoulême… La manifestation évoluera sûrement au fil du temps, aussi bien dans sa forme que dans sa durée, mais toujours à Nantes.

“Le livre et l’art”, le Club des cinq, la Folle journée, les Festivals des trois continents, d’été, de danse, de l’Erdre… les manifestations culturelles et artistiques se multiplient à Nantes. N’y a-t-il pas un risque de saturation ?
C’est vrai que l’on parle beaucoup de Nantes, et pas seulement de ses festivals ou de ses troupes, comme Royal de Luxe. Ainsi, l’École des Beaux-arts et celle d’Architecture jouissent d’une réputation flatteuse. Il y a une mode nantaise aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard : la politique culturelle de la Ville est volontariste depuis une dizaine d’années. Mais on pourrait faire encore mieux ! En intégrant par exemple le Lieu unique dans un réseau européen.

Comme la Friche de la Belle de Mai à Marseille, Transpalettes à Bourges ou la Laiterie à Strasbourg, le Lieu Unique est un espace transdisciplinaire, voué au spectacle vivant, aux arts plastiques, à la musique… N’assiste-t-on pas au come-back des maisons de la Culture ?
Non, au contraire. Les maisons de la Culture n’ont jamais vraiment été transdisciplinaires. Elles étaient dirigées par des hommes de théâtre et donc vouées en grande partie au théâtre. Elles faisaient souvent semblant d’avoir une politique dans le domaine des arts plastiques, en accrochant des expositions dans les couloirs, un peu de musique classique par-ci, un peu de variétés par là, un peu de danse. On peut reprocher aux maisons de la Culture, et aux scènes nationales aujourd’hui, leur côté touche-à-tout, hormis dans le domaine du théâtre.

À l’instar de la Tate Modern à Londres, ces nouvelles scènes se sont installées dans d’anciens bâtiments industriels. Pourquoi ?
C’est moins cher que de construire ! Un lieu qui existe déjà impose sa forme, ses espaces. Notre projet est véritablement parti de l’ancienne fabrique LU : le parti pris esthétique a rejoint un parti pris économique évident. Il faut comparer les 60 millions de francs de travaux d’installation du Lieu unique aux 100 millions que coûte la moindre construction d’une maison de la Culture.

Face aux protestations, UGC a suspendu la vente de la carte d’abonnement permettant un accès illimité à toutes ses salles. Êtes-vous favorable à une telle “carte orange” ?
Je trouve cette idée très bonne, pourquoi l’interdire ? Mais il serait bon que d’autres distributeurs proposent cette excellente formule. Ils auraient même dû y penser avant.

Votre point de vue sur le divorce entre Benetton et Oliviero Toscani ?
J’ai toujours été choqué par ce qu’ils faisaient ensemble, notamment par les photographies sur les malades du Sida. J’apprécierais sans doute le travail ce photographe dans un autre contexte, mais je déteste Benetton et je boycotte ses magasins.
Que pensez-vous de la réorganisation de l’AFAA (Association française d’action artistique), un des partenaires de Hué 2000, qui laisse augurer d’une plus étroite collaboration entre les ministères des Affaires étrangères et de la Culture ?
C’est évidemment une bonne chose. Une politique culturelle internationale ne peut se concevoir qu’en “aller-retour”. Il est tout aussi important pour l’image de la France et son rayonnement d’être un pays d’accueil des artistes étrangers que “d’exporter” les artistes français. L’idée d’aller au-delà de la simple diffusion de spectacles et de penser plutôt l’influence de la France en termes de coopération me paraît juste aujourd’hui. Montrer le travail de Philippe Decouflé ou de Régine Chopinot au Viêt-nam ne suffit pas. Nous avons donc également apporté notre savoir-faire à l’occasion de Hué 2000 afin d’aider les Vietnamiens à progresser en matière d’ingénierie culturelle. Je souhaite que ce festival puisse devenir une biennale : l’année “creuse” pourrait permettre d’engager des actions de formation avec l’envoi de techniciens français en résidence. Les Vietnamiens ont investi une somme valorisée à 5 millions de francs ; de son côté, la France a octroyé un budget de 8 millions : il faut continuer. Je compte d’ailleurs inviter au Lieu unique des artistes vietnamiens vus à Hué 2000.

La création d’un secrétariat d’État au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle vous semble-t-elle une bonne chose ?
Les scènes nationales et les maisons de la Culture ont toujours défendu le fait que nous dépendons d’une direction centrale du ministère de la Culture et non pas des Drac. On peut craindre en effet que celles-ci n’aient pas la même indépendance qu’une direction centrale… Très franchement, je ne comprends pas très bien le rôle de ce secrétariat d’État à la décentralisation culturelle, ni quelles sont ses attributions, puisqu’aujourd’hui tout est déjà décentralisé. Un peu trop à mon goût…

Des expositions vous ont-elles particulièrement intéressé récemment ?
Non. J’attends avec impatience les expositions estivales d’Avignon : je trouve que c’est une très belle idée d’organiser une exposition sur le thème de la Beauté… un sujet absolument impossible à traiter !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°105 du 12 mai 2000, avec le titre suivant : L’actualité vue par Jean Blaise

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