Economie - Monument

OPÉRATEUR CULTUREL

La RMN-Grand Palais en équilibre instable

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 29 juin 2023 - 653 mots

PARIS

La fermeture du Grand Palais pénalise l’opérateur qui annonce une perte de 7,9 millions d’euros en 2022.

Christophe Chauffour, directeur général et président par intérim de la RMN-GP. © MCC.
Christophe Chauffour, directeur général et président par intérim de la RMN-GP.
© MCC.

Paris. Les comptes de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais (RMN-Grand Palais) sont à nouveau déficitaires en 2022, et c’était attendu. Après avoir dégagé un résultat bénéficiaire de 5,3 millions d’euros en 2021, une année Covid, l’établissement public a perdu 7,9 millions d’euros en 2022. Deux facteurs expliquent ces résultats.

Le premier est une baisse de son chiffre d’affaires par rapport à 2019, de l’ordre de 24 millions d’euros pour s’établir à 80 millions d’euros. Une grande partie de cette baisse est liée à la fermeture du Grand Palais et l’absence d’expositions dans les Galeries nationales. Et ce ne sont pas les expositions au Musée du Luxembourg (« Pionnières », puis « Miroir du monde. Les chefs-d’œuvre du Cabinet d’art de Dresde » avec seulement 50 000 visiteurs pour cette dernière) qui ont compensé la perte de recettes. Encore moins le nouveau lieu immersif ouvert à l’Opéra Bastille, dont la première exposition n’a attiré que 99 000 visiteurs, bien loin du million de visiteurs des Ateliers Lumières de Culturespace. « On ne court pas après “l’effet waouh” comme nos concurrents », explique Christophe Chauffour, le directeur général de la RMN-GP et également président par intérim depuis le départ récent de Chris Dercon ; il revendique des expositions immersives « à contenu ». « Si “Venise” a été en deçà de nos attentes, “Mucha” accueille en revanche 1 000 visiteurs par jour », ajoute-t-il.

Le GP éphémère est moins rémunérateur que le GP

L’autre cause de la baisse du chiffre d’affaires est l’événementiel. Les surfaces du Grand Palais éphémère sont moindres que celles du Grand Palais entraînant une baisse de l’ordre de 6 millions d’euros par rapport à une année normale. Et l’absence des expositions des Galeries nationales fait aussi perdre des recettes de privatisation.

Christophe Chauffour, en revanche, se félicite de la bonne tenue de l’activité des trente-quatre librairies-boutiques gérées par l’opérateur. Le chiffre d’affaires se maintient autour de 52 millions d’euros, malgré la fermeture de la boutique du Grand Palais. Un travail approfondi sur l’assortiment a permis d’augmenter le panier moyen d’achat. Une nouvelle positive pour l’opérateur, pour qui cette activité représente une bonne moitié de ses recettes, mais qui va devoir batailler pour garder la concession des boutiques du Louvre et de Versailles bientôt remises en concurrence.

Le déficit aurait pu être plus important encore si l’État n’avait pas significativement augmenté sa subvention. Car ses charges, elles, n’ont pas diminué (141 M€), se situant dans son étiage habituel. Le loyer versé à GL Events qui a construit le bâtiment face à l’École Militaire, en assure la maintenance et doit le détruire après les Jeux olympiques compensant les coûts d’exploitation du Grand Palais. Alors que la subvention de l’État se situait autour de 20 millions d’euros avant la pandémie, celle-ci avait fortement augmenté en 2021 (63 M€ permettant de dégager un résultat bénéficiaire) et est restée élevée en 2022 (31,7 M€).

Incertitude sur le modèle économique de la RMN-GP

Au vu de ces résultats et ceux des années précédentes, la question qui se pose est de savoir si l’opérateur sera rentable quand il reviendra au Grand Palais. En toute logique, le chiffre d’affaires des activités culturelles (expositions dans les Galeries nationales, Musée du Luxembourg et Grand Palais immersif) et événementielles (location de la nef) devrait être supérieur à celui de 2019 (40 M€ en 2019), d’autant que la RMN-GP a singulièrement augmenté ses tarifs. Mais cette augmentation sera-t-elle suffisante pour couvrir les 10 millions d’euros des annuités d’emprunt pour les travaux de restauration ?

La RMN-GP ne pourra pas compter sur les revenus de la gestion du Musée Jacquemart-André. L’Institut, propriétaire du musée, avait en effet organisé un appel d’offres pour le renouvellement de la concession de Culturespaces. La RMN-GP avait candidaté en faisant tandem avec le Centre des monuments nationaux (CMN), face à Kleber Rossillon, Edéis et bien sûr Culturespaces. C’est finalement cette dernière qui a remporté l’appel d’offres se succédant à elle-même.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°614 du 23 juin 2023, avec le titre suivant : La RMN-Grand Palais en équilibre instable

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