Mardi 10 décembre 2019

Design

La petite reine

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2002 - 745 mots

La bicyclette a encore de beaux jours devant elle. Du vélo électrique pliable à la remorque pour enfants carénée, en passant par les inévitables prototypes, une exposition actuellement proposée à la Maison du Danemark, à Paris, et intitulée \"L’air des cycles\", montre les dernières avancées danoises dans le design \"cycliste\". Revue de détail.

Il fallait s’y attendre. La Journée européenne “En ville sans ma voiture” du 22 septembre a, à Paris, été éclipsée dès le week-end suivant par l’éloge appuyé du Mondial de l’Automobile envers la belle carrosserie. L’objectif était cependant louable : “montrer l’intérêt en milieu urbain des modes de déplacements alternatifs à l’automobile particulière”, principale cause de pollution atmosphérique. Or les périmètres “sans voitures” étaient ridicules... et si peu respectés. La démonstration reste à faire. D’ailleurs, lorsque la Ville lumière se targue d’offrir deux cent vingt kilomètres de “pistes cyclables” (dépliant Paris à vélo, avril 2002), elle oublie de préciser qu’une bonne partie est empruntée par les bus et autres camions de livraison.

En Europe, deux grandes métropoles ont pris une sérieuse avance sur la capitale française : Amsterdam et Copenhague. Pionnières du genre, elles ont élaboré des réseaux spécifiques pour les deux-roues, parfaitement étanches aux autres flots de circulation. Pas étonnant donc si un pays comme le Danemark, où 65 % des petites reines vendues sont des vélos de ville, se retrouve à la pointe du design de cycles. À preuve : cette bicyclette, baptisée “Pingo” – c’est aussi le surnom du prince héritier Frédéric –, dessinée par Sebastian Morch et Peter Eriksen, de l’agence Tangram (www.tangram.dk). Son originalité : un compartiment pour mettre les courses, logé entre le cadre et la roue arrière, ce qui ne remet pas en cause le centre de gravité de l’engin et évite les déséquilibres provoqués par les surcharges mal placées, comme sur le guidon ou sur le porte-bagages. Pingo n’est pas encore édité, mais ses concepteurs visent un prix de vente de 700 euros. Créée en 1998, l’entreprise Biomega (1) s’est, elle, en peu de temps, hissée sur le devant de la scène. Pour l’esthétique, Jens Martin Skibsted, son co-fondateur et également designer – on lui doit le nouveau CPH, vélo ultraléger en aluminium –, ne voulait pas faire appel à des créateurs du monde du cycle, jugés “trop conventionnels”, mais à des designers produit, comme cela se pratique actuellement dans l’automobile (lire le JdA n° 155, 27 septembre 2002). Une coloriste renommée, Beatrice Santiccioli, qui a notamment travaillé sur les couleurs du I-Mac d’Apple, a même élaboré un nuancier propre à Biomega. Quant à la technologie, elle est indubitablement de haute volée, avec tous les équipements intégrés, des freins à disques au traitement phosphorescent du cadre… pour être vu la nuit.

À l’Australien Marc Newson, Skibsted propose “d’explorer les limites du design de vélo”. Celui-ci propose Extravaganza, un vélo à la structure révolutionnaire qui rend d’un coup obsolètes les traditionnelles tubulures. Son cadre, en forme de “S”, est constitué de deux coques extra-fines en aluminium moulées à haute température et soudées à la résine époxy, celles-là même utilisée pour fixer le moteur de la Thrust SSC, voiture supersonique qui, en 1997, bâtit le record du monde de vitesse terrestre.

Dans un autre registre, le Gallois Ross Lovegrove a lui surfé sur la vague écologique version high-tech avec le Biolove, un vélo toujours en phase de développement dont le cadre est... en bambou. Les projets sont légion : Marc Newson a signé pour un nouveau deux-roues, Lovegrove réfléchit à un vélo en kit et à un autre en plastique, et la firme danoise est en pourparlers avec Jasper Morrison. Pour l’heure, le design siglé Biomega est plutôt dispendieux. L’Extravaganza de Marc Newson coûte 5 500 euros. D’où ces deux modèles de rattrapage : le Bonanza à 3 500 euros et le Relampago à 2 500 euros. Que dire alors de ce rêve fou de Crater Cruiser, un vélo pour circuler... sur la Lune. “Un projet à long terme”, selon Skibsted. Le cahier des charges est draconien : les pneus ne doivent ni être remplis d’air, ni s’enfoncer dans le sable. Sans atmosphère, les lubrifiants s’évaporent, tous les équipements doivent donc être internes. Enfin, en vue du transport, le vélo lunaire doit être ultraléger. Gros inconvénient, on ne pourrait l’utiliser ici-bas : l’attraction terrestre, six fois plus importante que sur la lune, l’écraserait...

- Maison du Danemark, 142 avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris, tél. : 01 44 31 21 21, du 13 octobre au 3 novembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°156 du 11 octobre 2002, avec le titre suivant : La petite reine

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