Dimanche 18 février 2018

Polémique

La Maison des Artistes avec Nicolas Sarkozy ?

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Le président de la Maison des Artistes, Rémy Aron, prend position en faveur du candidat de l’UMP au grand dam de nombreux artistes.

PARIS - Que le peintre Rémy Aron, adhérent à l’UMP, défende à titre personnel les positions sarkozystes, libre à lui. Mais rien ne l’autorisait à user de sa casquette de président de l’association de la Maison des Artistes (MDA) pour exprimer au nom des artistes son propre soutien à Nicolas Sarkozy. Invité le 12 avril à l’émission Focus, sur le site Internet du candidat UMP, Rémy Aron est allé jusqu’à remercier Nicolas Sarkozy d’avoir « réintroduit plusieurs notions qui nous motivent, notamment celle de la beauté, c’est-à-dire l’harmonie, l’unité, un idéal formidable et aussi l’idée de la hiérarchie des valeurs ». (Sic !) « L’antienne n’est pas nouvelle, c’est tradition, famille, patrie », grimace l’artiste Antoine Perrot, ancien président de la Fédération des réseaux et associations des artistes plasticiens (FRAAP). Dans la foulée des propos réactionnaires de Rémy Aron, François de Verdière, coordinateur de la commission des relations européennes et internationales de la MDA, ajoutait : « Depuis vingt-cinq ans, tout l’art moderne ne s’est basé que sur la transgression. Duchamp l’avait fait pour rigoler, le problème c’est que les gens l’ont pris au sérieux. » (reSic !) La politique culturelle initiée par la gauche voilà vingt ans en a aussi pris pour son grade. « On sent venir une exaspération générale des artistes que le discours de Nicolas Sarkozy peut relayer, poursuivait Rémy Aron. Les artistes ont le sentiment qu’il y a une politique culturelle qui les ignore, une politique faite de conformisme intellectuel, d’organisation pyramidale. Nous sommes 45 000 professionnels et les FRAC [Fonds régionaux d’art contemporain] et DRAC [Direction régionale des affaires culturelles] ne travaillent que pour une partie d’entre eux. » Seuls deux des souhaits évoqués au cours de l’émission échappent à ces relents populistes, à savoir une plus grande place accordée à l’histoire de l’art à l’école et la défiscalisation des achats d’œuvres d’artistes inscrits à la MDA.

Devoir de réserve
Les membres du Bureau de l’association n’ont pas vraiment apprécié l’initiative et le ton rétrograde de Rémy Aron. « Je tiens à m’élever fortement contre ce que je considère comme un manquement évident au devoir de réserve du président de la Maison des Artistes dans le cadre de la campagne présidentielle, a écrit le 23 avril le secrétaire général de la MDA, Alain Lovato, sur le blog de l’association. Car s’il est naturel que ceux qui sont en charge de la MDA soient représentatifs de la diversité des sensibilités des artistes, ils n’ont en revanche pas mandat pour prendre publiquement des positions politiques ou esthétiques en leurs noms. Son attitude est une initiative personnelle. Elle n’engage en rien les membres du bureau, donc la Maison des Artistes, elle est même en totale contradiction avec son esprit et ses missions. » Une position qui ne semble guère émouvoir Rémy Aron. « Il y a eu à peine une dizaine de réactions négatives. Je ne suis pas tenu au devoir de réserve d’un fonctionnaire, nous a déclaré ce dernier. Si j’avais été invité au PS ou au PC, j’y serais allé pour dire exactement la même chose. Le seul endroit où je n’aurais pas pu aller, c’est au Front National » Et de rajouter : « Je ne m’accroche pas à cette fonction. Si on veut que je m’en aille, je partirai demain, mais pas pour dix énervés. » Les énervés apprécieront.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : La Maison des Artistes avec Nicolas Sarkozy ?

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