Paris, Madrid

La justice confirme la décision de la Casa Velázquez de ne pas renouveler la résidence de 8 artistes

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 19 septembre 2012 - 677 mots

Le tribunal administratif a débouté début août huit artistes dont la résidence n’avait pas été renouvelée par l’école.

PARIS, MADRID - Le 17 septembre, l’Académie de France à Madrid accueillait ses nouveaux artistes membres pour l’année 2012-2013. Une rentrée comme une autre pour la Casa de Velázquez. Enfin presque puisqu’elle fut jusqu’à début août conditionnée à la décision du juge des référés du tribunal administratif de Paris de suspendre ou non la décision administrative prise le 25 mai par le conseil artistique de la Casa de Velázquez, qui n’a pas accordé à huit artistes sur les neuf postulants de l’année 2011-2012 leur renouvellement en deuxième année. Une situation inédite dans l’histoire des cinq écoles françaises à l’étranger placées sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et plus généralement dans l’histoire des résidences d’artiste, la Casa de Velázquez accueillant chaque année conjointement treize artites et treize chercheurs pour une durée d’un an renouvelable.

Dans leur lettre adressée le 8 juin à Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – lettre restée sans réponse –, les artistes déboutés de leur demande de renouvellement soulignaient que cette décision intervenait après des années de reconduction et en dépit de leurs projets et de leur développement. « De 1979 à 2011, seuls onze membres sur 205 n’ont pas été renouvelés », précisent-ils dans leur courrier tout en condamnant les procédures d’examen des demandes de renouvellement, jugées « opaques ». « Il est regrettable que seule la moitié du conseil artistique compétent ait pris la peine de rencontrer les membres artistes et de connaître le fruit de leur travail à la Casa de Velázquez », poursuivent-ils. « Alors qu’il aurait fallu la majorité des voix pour être renouvelé, seuls huit des seize membres de la commission se sont déplacés à Madrid pour l’inauguration de l’exposition annuelle […], et seuls quatre membres artistes ont été visités dans leur atelier […]. Que des personnes s’expriment de manière aussi radicale en notre défaveur en jugeant un travail dont ils n’ont pu véritablement appréhender la teneur et la progression remet réellement en cause le sérieux et du procédé et de la décision finale, sur un plan moral et éthique. »

« Faire profiter le plus grand nombre »

Interrogé sur ce recours au référé suspension et le caractère que l’on pourrait juger ingrat de la part de ces artistes accueillis pendant un an dans des conditions exceptionnelles, le directeur de la Casa de Velázquez, Jean-Pierre Étienvre, considère que « c’est de bonne guerre de la part des artistes. Ils ne sont pas ingrats. Il y avait une pratique. Cette pratique a changé au vu de la nouvelle politique de recrutement visant à faire profiter le plus grand nombre. Cette année nous avons eu plus de candidatures que les années précédentes, 120 contre 80 les années précédentes, et d’excellentes candidatures. Si tous les candidats avaient été renouvelés, nous n’aurions eu que quatre postes ». Et Jean-Pierre Étienvre de rappeler le texte qui mentionne la possibilité de renouvellement sans pour autant introduire un caractère obligatoire, mais aussi le traitement de 4 000 euros par mois versés aux artistes, aux deux tiers défiscalisés et ouvrant en fin de contrat à la prime pour l’emploi et à l’assurance chômage.

« On peut donc les comprendre. Deux années à 4 000 euros par mois, c’est mieux qu’une année »
, souligne-t-il. Parmi tous les artistes en résidence à l’étranger, ceux de la Casa de Velázquez apparaissent effectivement comme les plus privilégiés, que ce soit en termes de temps de séjour (un an renouvelable) ou de rémunération (l’allocation moyenne d’un pensionnaire à la Villa Médicis, à Rome, s’élève à 3 300 euros, celle d’un pensionnaire de la Villa Kujoyama, à Kyoto au Japon, à 2 600 euros). Néanmoins, cette affaire soulève plus généralement la question du suivi des projets sélectionnés et de l’attention portée aux travaux en cours des artistes en résidence. Un problème régulièrement soulevée par nombre de résidents et anciens résidents passés dans d’autres institutions et qui semble avoir du mal à être entendu.

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La Casa de Velázquez à Madrid - © Photo Dario Alvarez - 2011 - Licence CC BY 2.0 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°375 du 21 septembre 2012, avec le titre suivant : La justice confirme la décision de la Casa Velázquez de ne pas renouveler la résidence de 8 artistes

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