La Fondation Pinault tarde à s’arrimer sur l’île Seguin

Les travaux pourraient débuter au printemps 2004 pour une ouverture du musée prévue début 2007

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 juin 2003

Depuis septembre 2000, date à laquelle François Pinault a officialisé sa volonté d’ériger une fondation dédiée à l’art contemporain sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), l’homme d’affaires s’est montré réservé sur son programme et ses collections. Tout juste a-t-on vu la maquette du projet conçu par l’architecte japonais Tadao Ando (lire le JdA n° 136, 9 novembre 2001). Quand la Fondation Pinault verra-t-elle le jour ? Les rumeurs vont bon train avec la fragilisation de l’empire Pinault depuis son virage onéreux vers le luxe. Les proches de l’homme d’affaires sont toutefois sereins, assurant une ouverture en 2007.

PARIS - Quand la Fondation François Pinault verra-t-elle le jour ? Les problèmes économiques du groupe Pinault-Printemps-La Redoute, liés à son orientation stratégique vers le luxe, entretiennent l’incertitude. La dispersion en mai chez Christie’s de plusieurs œuvres de la collection de l’homme d’affaires a aussi attisé les interrogations. Que le milliardaire cède la Petite danseuse de quatorze ans, un grand bronze de Degas, n’a rien de surprenant pour un collectionneur de plus en plus attaché à l’art contemporain. Mais la vente d’un Relief éponge d’Yves Klein et d’une grande toile de Mark Rothko, œuvres postérieures à 1945 – date fatidique à partir de laquelle commencerait la future collection de la fondation –, ont échauffé les esprits. “Il fait, comme tout collectionneur, un arbitrage de sa collection. Il ne veut pas des échantillons, mais des ensembles cohérents d’œuvres absentes du paysage muséal français”, assure l’un de ses proches. Soit, mais les achats dans le domaine de la vidéo, orchestrés par l’ancienne galeriste Caroline Bourgeois, sont aussi en suspens depuis le 11 Septembre 2001. D’après elle, cette collection est aujourd’hui colossale et il n’est pas exclu que les achats reprennent dans un avenir proche. Balayant cette vague de scepticisme, François Barré, chargé de mission de François Pinault pour la fondation, reste catégorique : “Ce projet de fondation est l’ambition de sa vie. Il n’y a pas un seul signe qui ressemblerait à un retrait.” D’autant plus que, depuis la passation récente de pouvoir à son fils François-Henri, l’homme d’affaires dispose de plus de temps pour se consacrer à son projet.
Adopté le 15 mai au terme de longs pourparlers entre la Ville de Boulogne-Billancourt et Renault, le nouveau plan local d’urbanisme (PLU) devrait par ailleurs permettre l’accélération du chantier de la Fondation Pinault. Reste à régler la question épineuse de la dépollution du site. L’arrêté préfectoral la concernant, datant de 1995, est jugé insuffisant, car la création d’un établissement accueillant du public n’était pas à l’ordre du jour à cette époque. La mise en œuvre de la dépollution ne semble elle-même pas aisée. “Sur l’île, où il reste une petite surface à traiter, la coordination des différents acteurs est indispensable, car la complexité des tâches est réelle. Dans un premier temps, avant de démolir, d’analyser le sous-sol et de le dépolluer, il est impératif de renforcer les berges. Vient ensuite le transport des résidus polluants. Et cette dernière phase s’annonce délicate. L’évacuation de la terre, qui pourrait se faire par voie fluviale – hautement contrôlée dès qu’il s’agit du transport de matériaux pollués – nécessite de réserver longtemps à l’avance des barges spéciales, assez rares en Europe”, déclarait Paul de Backer, directeur de DBF Consulting, société d’ingénierie de l’environnement, dans un entretien accordé au mensuel municipal de Boulogne-Billancourt et publié en mai.

Recherche d’un statut adapté
La dépollution n’étant pas achevée, François Pinault n’a pas encore acheté à Renault les parcelles de l’île supposées accueillir la fondation. “De notre côté, la phase d’architecture et d’études est arrivée à son terme. Nous avons un avant-projet détaillé. En guise de dernières garanties, nous demandons la dépollution parfaite et l’établissement d’un calendrier des tâches”, explique Nasenin Ravaï, chargée de mission du groupe Artémis. Pour éviter d’essuyer un refus du permis de construire, comme ce fut le cas en mai pour le Centre d’art - Donation Jean-Hamon à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le groupe entretient le dialogue avec les associations locales. Autre exemple, la Maison Rouge, fondation du collectionneur Antoine de Galbert, située dans le 12e arrondissement de Paris, n’a obtenu son permis qu’au bout d’un an et demi alors que le délai normal pour l’enquête publique est de trois mois. “On préfère attendre un ou deux mois supplémentaires pour déposer le projet dans des conditions sûres”, insiste Nasenin Ravaï. Selon les prévisions, la demande de permis de construire devrait être déposée en septembre, les travaux débutant au printemps 2004 pour une ouverture début 2007. Le chantier entamé, la fondation se doterait dans la foulée d’un statut. À défaut d’être inscrite dans la pierre, elle n’existe toujours pas sur le plan juridique, et ce deux ans après l’annonce de sa création. Aucune des possibilités de fondation offertes à ce jour n’est du goût du milliardaire. Est-ce dans l’attente des mesures annoncées par le gouvernement que François Pinault a tardé à en définir la structure ? Si le projet gouvernemental prévoit une simplification des procédures de création, il ne propose toutefois pas d’alternatives aux modèles existants. Les juristes maison continuent donc de plancher.

Un environnement propice
Des inconnues demeurent enfin quant à l’environnement immédiat de la Fondation. Le projet de Cité des arts et des sciences, envisagée par la municipalité de Boulogne, est toujours dans les limbes. “Dès l’annonce de la fondation, François Pinault a déclaré qu’il souhaitait un voisinage de qualité. L’offre culturelle étant abondante à Paris, il est nécessaire que le site de l’île Seguin soit suffisamment attrayant pour que les visiteurs se déplacent. On sera donc vigilant sur l’environnement immédiat, mais tout se déroule en concertation parfaite avec la ville de Boulogne-Billancourt”, assure Nasenin Ravaï. François Barré estime que le rachat récent par la Ville des deux tiers restants de l’île Seguin – “le point le plus positif survenu depuis longtemps” – promet un environnement des plus propices. Le lancement récent d’une seconde passerelle, dont la construction est confiée à l’architecte Marc Barani, conforte aussi l’accessibilité de la fondation. Les équipements culturels, galeries et autres commerces candidats attendront sans doute les débuts de la construction de la fondation avant de s’engager. Qui voudrait s’isoler sur l’île Seguin sans l’assurance d’y voir la Fondation Pinault, attraction majeure du site ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°174 du 27 juin 2003, avec le titre suivant : La Fondation Pinault tarde à s’arrimer sur l’île Seguin

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