Dimanche 26 janvier 2020

Justice

La famille Maeght doit rendre des Calder

La famicelle Maeght doit restituer sept pièces à la succession du sculpteur

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 décembre 2010 - 666 mots

La cour d’appel de Paris vient d’ordonner la restitution à la succession d’Alexander Calder de sept pièces de l’artiste, aujourd’hui en possession de la famille Maeght. Cette dernière dispose de quatre mois pour remettre le mobile suspendu et les six maquettes du sculpteur actuellement en dépôt à la Fondation Maeght, à Saint-Paul de Vence.

PARIS - Après huit ans de procédure, la cour d’appel de Paris a ordonné par un arrêt du 26 novembre à la succession d’Aimé Maeght de restituer à la succession d’Alexander Calder sept pièces du sculpteur américain que la première avait en sa possession. Cette décision infirme un précédent jugement rendu le 3 septembre 2008 par le tribunal de grande instance de Paris, qui avait alors jugé irrecevable la demande de la famille Calder. En 2007, cette dernière avait déjà obtenu le retour de trois autres œuvres détenues par les Maeght. Le litige sur la propriété des œuvres est ancien. « Nous nous sommes rendu compte que la famille Maeght avait des pièces appartenant à notre famille lorsqu’ils ont proposé à la vente des sculptures de Calder qui se trouvaient dans la Fondation. Mon grand-père avait mis en dépôt des œuvres pour la vente auprès de son galeriste Aimé Maeght ; après sa mort, ces œuvres ne nous ont pas été restituées. Il n’y a aucune trace indiquant que celles-ci auraient été payées à mon grand-père », nous a confié Sandy Rower, petit-fils du sculpteur. Et d’ajouter : « Jusqu’à cette histoire, nous avions des relations cordiales avec les petites-filles d’Aimé Maeght. Mais nous n’avions pas de relation commerciale. » 

En 1986, une transaction née d’une première contestation entre la succession Calder et celle d’Aimé Maeght avait été signée. La famille Calder avait estimé que sept œuvres avaient été vendues sans que la succession ne perçoive sa rétribution. Après avoir reconnu qu’ils avaient cédé ces pièces, les Maeght remettent alors la somme forfaitaire d’un million de francs à la famille Calder. Celle-ci a, quelques années plus tard, engagé une action auprès du tribunal de grande instance de Paris, revendiquant la propriété de sept autres œuvres d’art encore en possession des Maeght. 

D’après la succession de l’artiste, la relation unissant Calder et son marchand était celle d’un contrat de dépôt. Aimé Maeght assurait la vente des œuvres et remettait au sculpteur le prix de la vente minoré de la commission lui revenant. Tel n’est pas le point de vue de la famille Maeght, laquelle argue que la relation entre les deux reposait sur un mécanisme d’avance de sommes d’argent en contrepartie de la cession d’œuvres d’art au marchand, à charge pour ce dernier de les vendre ou de les conserver dans le cadre d’un compte soldé en fin d’année. Or, selon la famille Calder, aucun document ne vient corroborer cette thèse, d’autant plus que des bulletins de prêt, non signés mais portant l’adresse de la Fondation Maeght, constituent selon eux un commencement de preuve par écrit. Les arguments de la succession Calder ont fait mouche, puisque la famille Maeght doit leur retourner les œuvres suivantes, estimées autour de 6,5 millions de dollars (4,9 millions d’euros) : Araignée, Bobine, Cactus provisoire, Pointes et courbes, Tamanoir, Trois Bollards, Un verre et deux cuillères. Seule cette dernière pièce est un mobile suspendu, les six autres titres correspondent à des maquettes de sculptures.

Les Maeght sont tenus de les restituer dans les quatre mois suivant la signification de la décision de justice, sous astreinte d’une somme de 500 euros par œuvre et jour de retard passé ce délai. « La dernière fois, ils ont mis du temps à rendre les œuvres. Ils étaient arrogants.Je ne pense pas qu’ils commettent deux fois la même erreur », précise Sandy Rower. La succession Calder est encore en procès avec la famille Maeght au sujet de trois autres sculptures (Bourges, Poissonagerie et Toile d’araignée), lesquelles vaudraient autour de 20 millions d’euros selon Sandy Rower. La petite-fille du marchand, Yoyo Maeght, n’a pas répondu à nos multiples appels pour commenter le jugement.

Légende photo

Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence (2010) - Photographe ModulorCarvin - Licence CC BY SA 3.0

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°337 du 16 décembre 2010, avec le titre suivant : La famille Maeght doit rendre des Calder

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